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« The One » de James Wong

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« THE ONE » VS PROCRASTINATION

Lorsque Star Wars sort en 1977, la guerre dont il est question ne s’est pas seulement déroulée entre les soldats rebelles et l’empire, mais aussi entre les studios de cinéma. Synthèse cohérente d’une multitude de courants artistiques allant du western, aux films de samouraï en passant bien sûr par le space opera, l’oeuvre de George Lucas suscite autant les convoitises que les démarches pour lui intenter des procès en justice. Si l’on peut considérer que ce monument de la science-fiction aura eu un avant et un après dans l’histoire du cinéma, c’est également le cas pour les oeuvres antérieures dont Star Wars s’est inspiré, mais aussi celles qu’il a inspirées par la suite.

L’année 77 est donc le moment idéal pour se laisser aller au jeu des sept différences. Ceux qui y participent, comme le créateur de Valérian, ne vont pas jusqu’au bout des démarches procédurales et quelque part, sont même un peu flattés d’avoir pu servir d’exemple. Eux-mêmes ayant puisé leur inspiration dans d’autres matériaux, ils n’estiment pas que George Lucas leur soit redevable d’une manière financière. Par contre, ce dernier est beaucoup moins laxiste lorsqu’il s’agit de défendre son travail, ce qui est un comble. Dans son viseur se trouve Battlestar Galactica qu’il estime être un plagiat avant que le tribunal ne tranche en faveur des accusés.

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Le studio Universal, derrière cette série, aurait pourtant eu toute la légitimité pour contre-attaquer l’empire Lucasfilms en l’accusant à son tour de plagiat. En effet, avant de se lancer dans l’aventure Star Wars, Lucas avait cherché à adapter Flash Gordon pour le cinéma et dont les droits appartiennent à Universal. Le projet ne verra jamais le jour, mais le cinéaste recyclera une grande partie de la mythologie de cet univers pour nourrir sa guerre des étoiles. Vendu comme un scénario original à la 20th Century Fox, on y retrouve pourtant beaucoup de l’esprit de ce serial des années 50, mais aussi des éléments en commun assez flagrants.

L’ouverture avec le texte déroulant est la première chose qui saute aux yeux puis les similitudes s’accumulent: l’infiltration de deux héros dans une base spatiale, une princesse, un compagnon à fourrure, des monstres dans une arène, un brigand charmeur qui réside dans une cité au-dessus des nuages… George Lucas n’a rien inventé qui n’existait pas déjà et n’est pas très joueur lorsqu’il s’agit de prêter à son tour ses jouets. C’est d’ailleurs vers cet axe qu’il orientera son business durant la première trilogie avant d’en mettre en chantier une seconde deux décennies plus tard. Précisément en 1999, soit 22 ans après Un nouvel espoir, le créateur de cette franchise semble avoir une prédilection pour les doubles chiffres.

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Entre-temps, il y a eu toute une émulation de film du même style jusqu’à ce que le filon s’épuise. Chacun mêlant la science-fiction à la Fantasy pour se faire une part du gâteau. Attendu comme le messie, ce premier épisode d’une préquelle était sensé venir reprendre ce qu’il lui revenait de droit. Sauf qu’un film que personne n’attendait est venu rafler le Box Office pour s’imposer comme le nouveau Star Wars de sa génération. Succès surprise, Matrix adopte pourtant la même formule que celle utilisée par Lucas, à savoir un regroupement de plusieurs oeuvres pour former un tout cohérent à l’écran.

Et les inspirations sont tout aussi visibles dès les premières secondes. En lieu et place du texte déroulant pompé sur Flash Gordon, on a ici une typographie verte rappelant fortement Ghost in The Shell. D’autres éléments et thèmes de cet animé sont également présents pour se voir mêler au cinéma de John Woo, Philip K. Dick pour la littérature tandis que le tout est saupoudré de spiritualité et de religions. Détrôné par Matrix dans le coeur des spectateurs, Star Wars voit sa malédiction se reporter sur cette nouvelle franchise qui engendrera toute une vague d’imitateurs. Qu’ils soient parodiques ou se réclamant d’un héritage plus direct, la Matrix mania est lancée.

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Comme pour George Lucas, les Wachowski trouveront sur leur route des artistes qui crieront au plagiat tandis que d’autres se contenteront de boucler cette boucle en les plagiant à leur tour. Visuellement ou sur le plan thématique, on dénombre ainsi une quantité impressionnante de productions qui utilisent le bullet time à la moindre occasion comme Scary Movie ou encore Charlie’s Angel 1 & 2 qui sont parmi les premiers à s’y essayer. Sorti de nulle part alors que personne n’aurait misé dessus, pas même la Warner qui l’a produit, ces enfants illégitimes sont sorties assez tardivement puisque la technique révolutionnaire, mais encore balbutiante, du bullet time nécessitait alors de l’expertise.

Pour certains, il leur faudra trois ans le temps de rattraper leur retard quand d’autres choisiront de surfer sur la mode du cyberpunk ou en jouant sur la notion de futur totalitaire. Suivant l’exemple comme bien d’autres à l’époque, Equilibrium récupère à son compte les silhouettes stylisées des personnages au long manteau et les gunfights pour illustrer son histoire. Outre ce mélange des genres, Matrix a surtout importé le cinéma hongkongais aux États-Unis, à travers des chorégraphies d’arts martiaux accompagnées de tout un réseau de câbles, et c’est l’un de ses plus illustres représentants qui en fera une démonstration de ses talents dans The One: Jet Li.

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Avant même d’en visionner les premières images, le titre emprunte déjà au vocabulaire utilisé par Morpheus pour décrire Néo. Mais au-delà dudit film, c’est aussi un titre honorifique que Jet Li tente de s’accaparer à travers le personnage de Yu Law. Évoluant dans un multivers, il traque ses doubles afin d’en récupérer leur énergie vitale une fois éliminée. Pour autant, il n’est pas le seul bénéficiaire de cette puissance puisque celle-ci est redistribuée à parts égales aux survivants qui eux aussi gagnent en force. Mais une police spéciale, dont il a jadis été membre, veille à ce qu’un équilibre soit respecté et tente donc de l’arrêter de terre parallèle en terre parallèle.

Pour le coup, cette structure du maintien de l’ordre, connu sous le nom de Multiverse Authority, est loin de s’inspirer de la réalité en matière d’imposture. Et c’est le moins que l’on puisse dire puisque contrairement aux plaintes pour plagiat que j’ai pu mentionner à propos de Matrix et Star Wars, le rôle de cette police fictive est de faire en sorte que ces copies (humaines et non artistiques pour le coup) co-existent envers et contre tout. Soit totalement l’inverse de notre système juridique vis-à-vis du plagiat et visant à réprimander les contrevenants à la moindre similitude, même minime. 

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Derrière cet aspect méta, on peut y voir une mise en abime de tous ces doubles de Matrix qui ont vu le jour. Sauf que là, plus il y en a et mieux c’est puisque la fonction de cette police est de voir ces copies perdurer à travers le multivers. Dans le cas contraire, si une personne était amenée à devenir unique en tuant ses autres incarnations, elle deviendrait alors un dieu. Ou ferait imploser le continuum espace / temps. Dans les coulisses de l’industrie du cinéma telle que décrite plus haut, cela pourrait se traduire par avoir le monopole sur un genre et en interdisant aux autres d’en reproduire les caractéristiques telles que le bullet time, les combats, les balles aux ralentis… En somme, tout ce que l’on retrouve dans The One.

Heureusement, cette production a pour elle un concept qui s’éloigne suffisamment du film culte des Wachowski pour susciter l’intérêt. Et si elle avait bénéficié d’un peu plus de savoir-faire, de budgets et d’un cinéaste avec une véritable vision, cela aurait pu être une excellente surprise à l’image de Matrix. Et si… C’est un peu ce qui compose la mythologie de The One. Des mondes multiples où chacun a pris un chemin de vie différent donnant lieu à autant d’univers parallèles. Un concept expliqué par une voix off dont on aurait bien pu se passer. Même Matrix n’en avait pas fait usage pour expliquer une histoire complexe que l’on découvrait au fur et à mesure. 

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The One aurait grandement gagné à laisser se dérouler son intrigue plutôt que d’en expliquer les tenants et aboutissants dès les premières secondes. Dark City de Alex Proyas avait souffert du même type d’ouverture, sous couvert de narration explicative, et avait rectifié le tir en supprimant ces lignes de la version Director’s cut. C’est à cela que l’on reconnait les intentions d’un producteur qui souhaite faire du divertissement pur et dur. À l’image d’un jeu, certains veulent en connaitre les règles avant même de commencer une partie. Le plaisir du spectateur, et la surprise qui en découle, se retrouvent alors totalement réduits à néant.

Qu’il aurait été plaisant de découvrir cette mythologie assez riche par moi-même. Assisté à la scène d’ouverture sans la moindre explication pour ne pas me gâcher la surprise de revoir cette même scène, mais sous un angle différent. Je n’ose même pas imaginer ce qu’aurait donné Matrix avec une voix off explicative ou un texte exposant les enjeux. The One n’a tellement pas confiance en lui qu’il use des deux et c’est une partie du plaisir de la découverte qui s’envole. A contrario, Matrix n’avait pas eu besoin d’un mode d’emploi pour se faire comprendre puisque le film entier était une notice explicative pour comprendre les deux opus suivants.

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Ce semblant d’introduction spoilant le reste de l’histoire aurait donc gagné à être coupée au montage, à défaut il faudra se contenter d’avancer le film à la scène suivante. Nous sommes donc dans le cas typique d’une bonne histoire, mais mal racontée. Derrière la caméra, c’est James Wong qui est chargé de mettre en scène un scénario qu’il a co-écrit avec Glen Morgan. Et à bien y regarder, ce duo avait déjà exploré le concept des univers parallèles, mais d’une manière bien plus subtile, et sous couvert de slasher, avec le premier Destination finale. Ce premier film de James Wong, après avoir fait ses armes sur un épisode de X-Files, n’a rien d’un récit de science-fiction et pourtant.

En effet, les visions du héros participaient à entrevoir une réalité dans laquelle il passait de vie à trépas lors du vol d’un avion à destination de Paris. Fort de cette capacité, il pouvait ainsi déjouer la Mort en personne en prenant un autre chemin de vie et entrainant certains de ses camarades dans son sillage. C’est donc une thématique que les deux co-scénaristes semblent avoir en commun et l’on pourrait vite s’imaginer que ces deux productions se déroulent dans le même univers. Enfin, le même multivers plutôt. Mais ici, les morts sont loins d’être sous la forme d’un effet domino afin de faire passer cela pour un accident et c’est bien dommage.

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Là où il y avait un schéma caché dans l’ordre des personnages destinés à être rattrapés par la Mort (selon l’ordre dans lequel ils étaient positionnés dans l’avion), ici le badguy fait preuve de moins de jugeote. Pourtant, il n’arrête pas de clamer qu’il devient plus fort et plus intelligent à mesure qu’il récupère l’énergie vitale de ses doubles. Ces derniers auraient pu faire l’objet d’une stratégie dans leur élimination. Comme une sorte de partie d’échecs afin de faire en sorte que le dernier de la liste de doppelgangers à abattre ne se termine pas par un représentant des forces de l’ordre. Cette impression de coïncidence prive instantanément le film d’un niveau de lecture supplémentaire. 

Bien sûr, cela aurait enlevé toute saveur à leur affrontement, surtout quand on a un aperçu de ses autres itérations, loin d’être des combattants hors pair… Mais une précision sur le caractère aléatoire des exécutions ou sur celui de la formation des boyaux (passage d’un univers à un autre) aurait été plus que bienvenue. Au moins pour éviter de démontrer d’une manière aussi simple que le cheminement du méchant aurait pu être réalisé sans que l’on ne lui oppose de résistance. Le prétexte à des bastons spectaculaires étant posé, elles ont au moins le mérite d’avoir été réfléchies par le chorégraphe Corey Yuen pour refléter la personnalité et la philosophie de leur combattant respectif.

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D’un côté, on a le Pa Qua qui est un art martial dont la particularité est d’être accès sur la figure du cercle. Toujours en quête d’un centre de gravité dans sa vie, symbolisé par sa femme, c’est Gabe Law qui en est le pratiquant. Face à lui, on retrouve donc Yu Law, bien décidé à le tuer pour s’emparer de son essence spirituelle et croitre en puissance. Pour se faire, il utilise la technique du Tsing Yi qui est en accord avec son comportement fonceur puisqu’elle implique des mouvements en ligne droite. En cela, ils sont donc complémentaires. Comme le Yin et le Yang de la culture qu’ils représentent, grâce à la nationalité de Jet Li, mais aussi binaire.

En informatique, il s’agit d’une suite de 0 et de 1 servant à définir des probabilités. Dans le cadre d’une histoire de mondes parallèles, ça colle plutôt bien avec le domaine de la physique quantique même si ce n’est jamais vraiment abordé clairement. Pour cela, il faudra regarder du coté de l’affiche du film (copiée sur celle du X-men de Bryan Singer) qui illustre plutôt bien cette dualité à travers un cercle coupé par une ligne droite dans le sens de la longueur. Dans son prolongement la lettre N du titre se voit également diviser en deux pour dédoubler le chiffre 1 de manière inversée. Le 0 étant quant à lui présent dans la lettre O du titre. 

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C’est le genre de petit détail qui fait plaisir à voir même si le reste est loin d’être du même niveau. Non seulement on voit à l’avance les grosses ficelles du scénario, mais l’on voit aussi celles qui permettent à Jet Li d’accomplir des prouesses extraordinaires. Même s’ils ont été effacés en postproduction, on sent dans chaque saut l’usage de câbles dans les chorégraphies. C’est vraiment dommage car ces dernières sont plutôt bien rythmées et efficaces, sauf dans leur accomplissement. Les enchainements se font alors beaucoup trop rigides lorsque les personnages se mettent à défier la pesanteur.

À ces prouesses physiques, il faut ajouter une force surhumaine digne de Hulk leur permettant de saisir deux motos à mains nues pour écraser un policier avec ou encore d’arracher une portière. Pour rendre cela visuellement crédible, les effets spéciaux sont malheureusement à la traine. Tellement qu’ils ont du mal à rendre l’impression de vitesse lorsque le personnage sprint pour échapper à ses poursuivants. On se retrouve avec un effet de flou bâclé pour simuler le fait qu’il aille plus vite que la normale. Pire encore, pour ce qui est de la répartition d’énergie censée se produire lorsque Yulaw élimine l’un des siens, aucun artifice ne viendra amplifier ce moment.

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La comparaison avec Highlander est inévitable compte tenu du concept de l’histoire et ainsi, quand Connor Macleod coupe une tête, une tornade d’éclairs se manifeste autour de lui pour immortaliser cet instant. Là, il n’y a rien qu’un Jet Li grimaçant de douleur et un spectateur qui en fait tout autant devant ce côté anti-spectaculaire. Peut-être s’agit-il d’un parti pris volontaire dans la sobriété pour se démarquer de l’évidente connexion avec la saga où il ne doit en rester « qu’un ». Par contre, des efforts seront faits lorsqu’il s’agira de transporter les personnages d’une dimension à une autre par l’intermédiaire de tunnels, sorte de ponts arc-en-ciel comme on peut le voir dans Thor.

Une référence loin d’être gratuite puisque chaque univers se voit affubler du nom d’un dieu (Anubis, Hadès,…) et tout ceci n’est pas sans rappeler le folklore de la mythologie Stargate. Dans la série, chaque destination de la porte des étoiles avait une dénomination bien précise et si The One avait rencontré du succès, il aurait tout aussi bien pu suivre le même chemin que le film de Roland Emmerich pour s’adapter à ce format épisodique. En effet, le thème des mondes alternatifs se révèle idéal dans le cadre d’un épisode = une réalité parallèle, à l’image de la série Sliders qui l’exploitait elle aussi. Avec 123 univers recensés, il y avait de quoi faire pour alimenter des saisons entières.

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Il n’en a pas fallu autant à la série Fringe pour exploiter ce concept de mondes multiples avec brio. Sachant que James Wong venait du milieu de la télévision avec X-files et y étant retourné après s’être ridiculisé avec Dragon Ball Évolution, il y avait peut-être cette ambition derrière. Quoi qu’il en soit, la priorité semble avoir été donnée à la principale attraction du film qui est de voir Jet Li se confronter à lui-même. Un choix judicieux puisque les plans où les deux protagonistes apparaissent ensemble sont plutôt réussis. Évidemment la technique du champ / contre champ est beaucoup utilisée pour maintenir cette illusion et se donner la réplique sans avoir à utiliser de CGI.

Et puisqu’il partage les mêmes traits physiques, il était très tentant de perdre le spectateur, pour mieux le surprendre, en faisant inverser les rôles aux deux ennemis. Hélas, les échanges d’identités au cours du film, même s’ils sont peu nombreux, n’arrivent jamais à créer la surprise. Sans compter que le genre du film d’art martiaux ne fait que renforcer cette impression d’être devant une production de Jean-Claude Van Damme, un mixte entre Double impact et Time Cop pour cette police qui régit le multivers. Et puisque l’on parle du plus américain des Belges, le cinéaste qui lui a donné son meilleur film avec Chasse à l’homme, aurait été tout à fait adapté pour réaliser cette rencontre.

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En effet, tout le cinéma de John Woo est ici présent entre les combats, les gunfights et donc les changements d’identités dont il s’est fait une spécialité avec Volte / Face et Mission impossible 2. Lui-même étant cité comme une source d’inspiration pour les Wachowski, il fait pour la première fois son passage à la science-fiction avec Paycheck. Mais en adaptant cette nouvelle de Philip K. Dick, autre auteur de référence de Matrix, le réalisateur peine à imposer sa personnalité là où The One aurait pu être une parfaite porte d’entrée. Même l’histoire d’amour est dans la lignée de celles qu’il se plait à mettre en scène avec ce côté tragique du couple et parfois niais en ce qui concerne la femme. 

L’interprétation de Carla Guguino, en tant que love interest de service, entre parfaitement dans cette case et il ne manquait plus que des vols de colombes pour donner le change. Mais bon, comme on a pu le voir précédemment, il n’y a pas que le cinéma de John Woo qui a servi d’inspirations. Outre Matrix, avec la reprise d’un saut d’un point à un autre sur une grande distance, on reconnait évidemment un schéma à la Terminator. Yulaw y est une sorte de machine inarrêtable qui tente de tuer par tous les moyens son double tandis que celui-ci est en fuite jusqu’à se retrouver dans une usine, comme dans le premier opus de Cameron. 

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Du côté de l’imagerie on lorgne plutôt vers un Starship Troopers, notamment dans les uniformes, pour certains très connotés seconde guerre mondiale, et l’architecture plutôt pauvre. Qu’il s’agisse du centre de commande de cette police ou de l’environnement général, aucun n’effort n’a été fait pour insuffler un semblant de vie. Même d’un point de vue strictement littéral, on ne voit qu’à de très rares occasions des passants ou des personnes vaquant à leurs occupations dans un coin du décor. Qu’il s’agisse d’une circulation de voitures en pleine ville ou d’une foule de badauds fuyant le chaos, on a l’impression d’être devant du vide. Ce qui est tout de même un peu embarrassant lorsque l’on traite d’un multivers grouillant de vie en de multiples exemplaires.

Même l’agence qui est censée régir et réglementer ces univers alternatifs ne semble pas plus animer. Men in black, sortie 1998, était un sacré bon exemple à suivre d’une organisation dont les agissements dépassent le cadre de nos institutions trop terre à terre. Ce type d’ambiance aurait à coup sûr était un plus non négligeable en termes de direction artistique. Pourtant malgré toute ces fautes de gout, ces références peu subtiles, une réalisation approximative, une direction artistique à côté de la plaque et un budget loin d’être aussi ambitieux que l’histoire, The One reste quand même très divertissant.

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Une prouesse rendue possible grâce à un univers unique et un concept fort. On sent le potentiel derrière cette histoire de jumeaux astraux que tout oppose, mais qui sont pourtant complémentaires. Il y a de quoi s’interroger sur les motivations du méchant ainsi que son mode opératoire consistant à assassiner ses autres versions. Cela relève d’une forme de suicide tout en donnant raison à l’adage qui veut que ce qui ne nous tue pas nous rende plus forts. De plus, lorsque l’on découvre son tableau de chasse par l’intermédiaire d’un tribunal visant à le condamner, on se rend compte que ses victimes ont toutes le mot Law dans leur nom.

On sent alors l’envie de la part des scénaristes d’étoffer le background des personnages à travers cette traduction de Loi en anglais. Il s’agit là d’une liaison intéressante entre toutes ces versions dont la dernière en date à avoir été tué est Lawless. Pour Yu Law, il ne reste plus qu’à en finir avec Gabe Law avant de pouvoir accomplir son destin et devenir un dieu, selon sa théorie. Une notion toute relative que le duo de policiers spéciaux sur son chemin ne partagera pas. Eux aussi on bénéficiait d’un développement un peu plus poussé que la moyenne et il est possible de ressentir leur passif ou leur connexion juste à travers quelques répliques sans pour autant qu’elles ne soient explicitées.

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Le personnage de Jason Statham vient ainsi d’un monde en guerre laissé à l’imagination du spectateur tandis que son partenaire et supérieur, Harry Roedecker, à eu un autre équipier avant lui et qui n’est autre que le badguy en personne. Cela rajoute de la complexité dans les rapports entre les personnages même si cette logique n’est jamais poussée jusqu’au bout. En effet, il est fait mention d’une sorte de dilemme par le fait que si Yu Law est tué, alors ces policiers devront en faire autant avec Gabe Law pour éviter qu’il soit lui aussi unique en son genre. Il s’agit là d’un avertissement qui ne sera vraiment abordé qu’au détour d’une scène avant d’être abandonné, car trop complexe à gérer au sein de l’histoire. 

Dommage, cela aurait pu rajouter un semblant de tragédie à leur existence commune, ou à défaut une tension tout au long du film jusqu’à son dénouement. Lorsque celui-ci survient, on se retrouve sur une sorte de statu quo fort en symbolique. En effet, en étant enfermé dans la dimension Hadès, une planète pénitencier, Yu Law devient une sorte de maitre des enfers. Un diable qui fait de Gabe Law une sorte de dieu en guise de contre-pouvoir. Malheureusement, le sort de ce héros va être saboté par une happy ending de rigueur là où le personnage était tout désigné pour prendre la relève en guise de membre de cette police du multivers.

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Cela aurait permis de boucler la boucle sachant que Yu Law en avait été membre lui aussi avant de mal tourner. En lieu et place, il est donc envoyé par Jason Statham dans une dimension où il peut retrouver une autre version de sa femme après que la sienne ait été tuée par son ennemi. Cela va contre la logique et le développement qui nous avait été fait jusque là, à savoir sa fonction de policier, sans compter que la manière dont cette scène est amenée peut faire penser qu’il s’agit plus d’un voyage dans le passé que d’une réalité parallèle. De plus, en l’emmenant dans cette supposée terre idyllique, le personnage de Funsch dépasse les compétences qui lui ont été attribuées. 

C’est lui qui décide d’envoyer Gabe là-bas en pianotant sur un ordinateur alors que jusque là il jouait le bourrin de service. Quoi qu’il en soit, ce happy end aurait pu être abordé en respectant la trajectoire du personnage de Gabe. L’intégrer dans cette police, en réussissant là où son double a échoué en étant un flic modèle, l’aurait amené à naviguer dans le multivers et à rencontrer une nouvelle version de sa femme. Sous la forme d’une fin ouverte l’amenant à croiser son âme soeur, il y avait là matière à susciter l’envie pour une suite, ou en tout cas imaginer son potentiel, tout en étant en accord avec la psychologie dont il a fait preuve depuis le début.

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Au contraire, Yu Law est lui parfaitement à sa place dans cet épilogue qui le voit dans un monde cauchemardesque dont on découvre l’étendu par le biais d’un long travelling arrière. Une signature qui n’est pas sans rappeler celle de Resident Evil premier du nom qui se clôturait de la même manière pour susciter l’envie d’en voir plus. Ainsi on retrouve ce méchant au sommet d’une structure pyramidale tandis qu’il se débarrasse des vagues successives de co-détenus visant à le destituer. La photographie y est plus travaillée, les décors démesurés, ça grouille de vie, il y a une vraie proposition d’ambiance, les voix qui résonnent donnent de l’ampleur à la scène dans un esprit très Mortal Kombat,… 

Bref, tout ce que l’on aurait aimé voir durant l’heure et demie qui vient de s’écouler. Ou de s’écrouler, selon comment l’on décide de voir ces défauts. Pour ma part, ce ne sont même pas les pires et je crois que le film a commencé à mal tourner lorsqu’une souris, sortie du talon d’une chaussure et sur laquelle a été greffée une bombe, a été utilisée pour empêcher Yu Law d’atterrir dans cette fameuse colonie pénitentiaire. C’est vraiment à partir de là, avec l’utilisation d’un rongeur kamikaze en guise de raccourci scénaristique tenant plus du cartoon, que le film a fait preuve de mauvais gout. À cela, il faut aussi ajouter tout un florilège de musiques rock inhérent aux productions du début des années 2000.

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Encore une fois, Matrix a contribué à installer dans le paysage cinématographique ce type de musique énervée avec Rage Against The Machine. Le titre Wake up n’était alors là que pour lancer l’épilogue et accompagner le générique, mais des producteurs ont cru bon d’y voir là une marque de fabrique à réutiliser. C’est notamment flagrant dans nombre de films du nouveau millénaire et qui atteindra son paroxysme avec le Daredevil de Mark Steven Johnson. Cette bande sonore et quasi omniprésente et va même jusqu’à s’inscrire dans la narration de manière intradiégétique. Cela s’illustre notamment lors d’une scène où Yu Law cherche une station de radio qui lui convienne jusqu’à tomber sur des riffs de guitare et se complaire dessus.

Une bande-son qui fait un peu tache en étalant la playlist des groupes de rock en vogue comme s’il s’agissait d’une compilation d’ado prépubère. Bonjour la crédibilité pour le méchant de service. Cette partition musicale était à l’image des groupes qui y figuraient, c’est à dire éphémère, et ce faisant n’était pas destinée à survivre au-delà de la sortie vidéo. Par contre je pense que cela devait être tout à fait approprié du temps où c’était The Rock qui devait jouer le double rôle principal. En effet, l’ancien catcheur, connu sous le nom de Dwayne Johnson, était à l’origine du projet pour lancer sa carrière au cinéma. On peut notamment voir des vestiges de son implication sur les animatiques afin de prévisualiser les séquences de combat. 

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Ces dernières ont été planifiées avec beaucoup de soin et ont dû faire preuve d’ingéniosité pour illustrer les pouvoirs grandissants de cette dyade. Notamment les rushs de la scène d’introduction où l’on peut voir Jet Li frapper dans des balles vertes avant que celles-ci ne soient remplacées par des doublures numériques de ses adversaires. Le résultat final est plutôt réussi et permet de donner une bonne impression de décalage dans ce combat à deux vitesses. Et compte tenu de la carrière de The Rock à la WWE, nul doute que le style de combat aurait été très différent. Pour un film qui l’aurait été surement tout autant.

Si l’on applique le concept du film au pied de la lettre dans notre réalité, alors il se trouve surement quelque part, sur une autre terre parallèle, une version du film où Dawyne Johnson y est la tête d’affiche. Dans ce cas, les combats seraient passés de gracieux et aériens à frontaux et bourrins. Cela aurait été aussi sa première rencontre avec Jason Statham puisqu’ils étaient voués à se rencontrer dans le septième opus de Fast and Furious puis à faire équipe dans le spin-off Hobbs et Shaw. Mais The Rock ayant préféré tourner dans Le roi scorpion, lui aussi un spin-off mais cette fois-ci du Retour de la momie, cette collaboration entre les deux hommes d’action aura été remise à plus tard.

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Entre temps, Jason Statham aura suivi le même chemin que Jet Li en passant par l’écurie de Luc Besson. Mais là où Le baiser mortel du dragon n’aurait fait que précipiter la carrière de l’acteur d’origine chinoise vers des abysses sans nom, la trilogie du Transporteur aura eu un impact tout autre sur Statham. En plus de montrer une prédisposition pour les voitures histoire de capitaliser sur la mode lancée par… Fast and Furious. Si l’on pousse un peu plus ce raisonnement, on peut supposer que dans une autre réalité The One est un véritable chef d’oeuvre, dans un autre c’est un navet et ainsi de suite. 

Une qualité qui augmente et qui décline selon les réalités alternatives et leurs particularités qu’elles proposent, allant de l’interprète principal ou le choix du réalisateur, sont autant de variables que de possibilités. Une carrière est jalonnée de choix et lors de son arrivée sur le sol américain, Jet Li n’a pas toujours fait les bons. Ainsi pour la première fois il a accepté de jouer un méchant dans l’Arme fatale 4 et il a remis le couvert ici même alors qu’une offre plus alléchante lui avait été faite. En effet, dans une autre réalité non seulement The Rock a accepté ce rôle dans The One, mais de son côté Jet Li a accepté de jouer dans Matrix Reloaded.

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Cette occasion se présentait sous la forme d’un rôle spécialement écrit pour lui par les Wachowski et qu’il a refusé pour plusieurs raisons. La première étant qu’il aurait dû réduire drastiquement son salaire, la deuxième est qu’il s’agissait d’un second rôle et enfin la dernière était plus d’ordre personnel. Selon ses dires, il aurait eu des réticences à voir ses mouvements copiés numériquement pour les besoins du film et ne plus en avoir les droits par la suite. Ironique, sachant que cela ne l’a pas gêné de prendre part à la copie de Matrix qu’est The One.

Mais bon, il n’a peut-être pas incarné Séraphin, le protecteur de l’Oracle, mais il fait désormais partie des rares acteurs à avoir pu s’affronter eux-mêmes. Même The Rock n’en a pas encore eu l’occasion contrairement à Arnold Schwarzenegger dans les différents opus de Terminator ou dans à l’aube du 6ème jour, Will Smith dans Gemini Man, Tom Cruise dans Oblivion, Jake Gyllenhall dans Enemy, Hugh Jackman dans Logan et j’en passe. Il entre donc dans ce cercle très fermé même si cela aurait pu être fait d’une manière bien plus méta que ce qui nous a été présenté. 

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En effet, toutes ces parodies de Jet Li que l’on voit défiler (tous des stéréotypes ambulants allant du rasta au gay en passant par le mafieux) prêtent plus à sourire qu’autre chose. Pire, ils font sortir le spectateur du film (pour ceux qui se sont donnés la peine d’y rentrer). À la place, j’aurais bien vu un florilège des anciens rôles de Jet Li pour faire une mise en abime sur sa carrière. Ou alors de seulement des personnages qu’il n’a pas aimé incarné ou qui ont résulté de mauvais choix de carrière au point de leur offrir une mort symbolique lors du défilement des chefs d’accusation dans la scène du jugement. 

Quoi qu’il en soit, je ne serais pas aussi sévère dans mon verdict avec ce film là où d’autres se sont empressés de le juger pour ce qu’il n’était pas. Derrière ce plagiat évident des effets de Matrix se cache un concept qui mérite d’être développé et dont le potentiel n’a été qu’à peine effleuré. Il y avait la matière à une mythologie des plus complexes comme en atteste le site web fictif, depuis supprimé, qui développait les grandes lignes de ce que l’on a vu. Et j’ai tendance à me dire que l’on ne se donne pas cette peine lorsque l’on n’a pas la prétention de voir son récit grandir. 

« THE ONE » WINS!

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