« UN JOUR SANS FIN » VS PROCRASTINATION
Pendant longtemps, Harold Rammis a été pour moi l’un des acteurs du quatuor de SOS Fantômes. Ce n’est qu’à l’annonce de son décès que je me suis penché sur sa filmographie et j’ai ainsi pu découvrir que non seulement il avait joué dans le diptyque d’Ivan Reitman mais qu’il en avait aussi signé les scénarios. Un homme aux multiples talents: acteur, scénariste et… réalisateur donc. En effet, par la même occasion j’ai également découvert qu’il était à l’origine de l’une de mes comédies préférées en tant que metteur en scène sur « Un jour sans fin » où il y dirige son partenaire de Ghostbuster. Des retrouvailles entre les deux acteurs qui sonnent comme un retour au source puisque c’est lui qui révéla Bill Murray au grand public et paradoxalement c’est ce long-métrage qui marquera leur dernière collaboration. La boucle est ainsi bouclée.
Et quel meilleur film pour illustrer ce principe temporel que celui-ci même si à l’époque ils ignoraient l’un et l’autre qu’il s’agirait de la dernière itération de leur travail ensemble. Les années passant, ces Beatles du paranormal que sont Bill Murray, Harold Rammis, Dan Aykroyd et Ernis Hudson ont suivi le même chemin que ce groupe de légende en se séparant petit à petit. Mais bon nul doute qu’en tant qu’experts en parapsychologie, ils pourront mettre leurs savoirs et leur ressources à profit pour communiquer depuis l’au-delà avec leur ami. Car finalement ce film qu’il a réalisé est un peu une histoire de fantôme, celui du personnage de Phil Connors qui est condamné à hanter la journée du 2 février jusqu’à rompre la malédiction.
Ce personnage auquel Bill Murray prête ses traits et insuffle sa mauvaise humeur est un présentateur météo tout ce qu’il y a de plus détestable. En clair, le temps c’est son métier et son humeur est souvent orageuse. Mais il va vite faire l’expérience d’un autre aspect du temps, qu’il pense pouvoir prédire en tant que phénomène météorologique, pour se confronter à un phénomène quantique. Il est loin de se douter que le jour de la marmotte, un événement dans une petite bourgade perdue qu’il couvre tout les ans, avec un reportage sur le terrain avec sa productrice et un cameraman, va lui faire changer sa vie. Bloqué sur place à cause des intempéries, il est obligé de rester plus longtemps que prévu mais les jours se ressemblent inlassablement, lui faisant revivre en boucle cette journée.
Ce film a permis de populariser ce procéder venu tout droit de la littérature de SF dont « Replay » en est l’exemple le plus significatif. Certes le roman de Ken Griwood se déroule à une toute autre échelle, à tel point que l’on pourrait le sous-titré par « une vie sans fin », mais c’est finalement les séries télévisées qui tireront le plus profit de ce concept. Stargate, Buffy ou encore X-files se serviront de ce point de départ pour leurs épisodes en standalone, un prétexte pour gagner du temps avant que l’intrigue principale ne reprenne son cours. Pourtant le format télévisuel parait le plus adapté au rythme d’un épisode par « boucle » mais heureusement Harold Rammis nous épargne une intrigue qui pourrait s’étirer sur de multiples saisons pour nous raconter l’essentiel.
En ça le montage est efficace, on n’est pas obligé d’assister à l’ensemble d’une journée ou même un résumé de celle-ci avant de revenir au début. Afin d’illustrer la répétition l’histoire pose des éléments récurrents tel que le réveil à 6h, le discours à la radio, une dame qui lui demande si il a bien dormi, un autre qui pense le reconnaitre, le reportage sur la marmotte, le retour sur la route, le blizzard,… Même si c’est toujours la même journée qui se répète le film n’est jamais répétitif puisque Phil s’emploi à faire que chaque jour soit différent du précédant. Peu importe que rien ne change autour de lui il s’applique à ne pas prendre la même trajectoire. D’abord sarcastique et irritant, Phil n’accepte pas la situation jusqu’à remarquer enfin tous les avantages que cela lui procure.
Parfaite illustration d’une routine quotidienne du levé au couché, ou à la mort selon l’humeur du jour, on a littéralement affaire à un film de développement personnel sous couvert de comédie. Dans un premier temps donc on assiste à sa morning routine avec sa journée d’origine puis sa reproduction et ainsi de suite. Il profite du retour en arrière pour boire plus que de raison, commettre des infractions, manger à l’excès, fumer sans conséquence, draguer tout ce qui bouge,… Des années plus tard « Amour et amnésie » reprendra le même principe en nous permettant d’assister à la phase de séduction d’un prétendant utilisant à chaque fois le même mode opératoire. Il récolte des informations et les applique le lendemain pour se faire un best-of de la journée idéale à passer en compagnie de celle qu’il aime.
Coté coeur, il se trouve que Bill Murray était en plein divorce à l’époque du tournage. Son amour de l’improvisation a donc du fortement influencer l’ambiance de certaines séquences et notamment la quantité impressionnante de refus à ses avances. Pour autant, l’histoire ne perd pas en cohérence d’une scène à une autre et au contraire trouve même un niveau de lecture supplémentaire qui donne à réfléchir. Au fil de mes multiples visionnages je n’ai pas pu m’empêcher de trouver un élément qui n’est pas si anodin et m’a permis d’ébaucher une petite théorie sur un élément en arrière plan. Le film en lui-même ne se prête pas à ce genre d’exercice mais ce détail de l’intrigue est justement à mettre en corrélation avec la façon dont Phil Connors aborde la gente féminine.
Son plan se déroule toujours selon le même schéma à savoir un recueillement d’informations auprès de sa future conquête. Lui demandant son nom ainsi que d’autres renseignements, il l’aborde le lendemain en assurant la connaitre, l’appelant par son nom et lui débitant toute les informations qu’il avait récolté les fois précédentes. Jusque là rien d’extraordinaire sauf que si l’on met en corrélation cette séquence avec l’élément récurrent du vendeur d’assurance qui prétend connaitre Phil en utilisant la même technique, alors cela prend tout son sens. Est-il lui aussi prisonnier d’une bulle temporelle? Phil prétend connaitre cette femme dans l’optique de la draguer mais cet homme que l’on voit de façon épisodique utilise cette technique pour quelle raison?
Le fait que ce soit un vendeur d’assurance vie rend le tout encore plus mystérieux et absurde vue le statut d’immorel du présentateur météo. A ce propos, Bill Murray a bien retenu la leçon de SOS fantômes car lorsqu’on lui demande si il est un dieu, il répond « oui! ». En effet, il en vient à penser qu’il est devenu un être supérieur grâce à sa capacité à ne pas mourir, ou en tout cas à renaitre le lendemain matin au réveil. Pourtant ce n’est pas faute d’essayer de se suicider par tous les moyens possibles: avec un appareil électrique dans une baignoire, en se jetant du haut d’un immeuble,… Il se croit immortel, un dieu et il essaye de convaincre celle qu’il aime de sa nouvelle condition en lui prédisant tous les événements à venir auxquels il a déjà assisté.
Finalement c’est la vérité qui va les rapprocher et il va s’employer à faire de cette journée celle des bonnes actions et non celle de la marmotte. Phil va essayer de sauver tout le monde sur son passage, ce faisant un itinéraire lui permettant d’être au rendez-vous de chaque accident pour l’empêcher. Il devient le super-héros d’une journée. L’histoire ne s’embarrasse pas d’une quelconque explication scientifique ou mystique pour justifier cette boucle temporelle, elle disparait comme elle est venue et tout revient à la normale. Le film est donc constant, toujours sur le fil de la comédie tantôt sur le comique de situation tantôt sur le terrain de la comédie romantique. Un chef d’oeuvre à ranger à coté de « Big » avec qui il partage ce même esprit de liberté, de rédemption, d’apprentissage le tout en jouant avec la thématique du temps.
Le temps étant ce qu’il est et par nature imprévisible sur le long terme, le métier de présentateur météo n’est pas très présent au cinéma mais « The Weather Man » avec Nicolas Cage en est assez représentatif. Il est celui qui annonce les mauvaises nouvelles sans pour autant avoir un quelconque pouvoir de décision sur celle-ci. C’est une autre facette de la profession car à la différence du Weather Man de Gore Verbinski qui adore son job mais est détesté de ses concitoyens, Phil Connors est aimé du public mais déteste son job. En tant que spectateur je verrais bien Nicolas Cage dans un remake même si le film n’en a pas besoin tant il a très bien vieilli, boucle temporelle oblige. Et puis de toute façon chaque scène du film est un remake de la précédente faisant du film un gigantesque remake.
« UN JOUR SANS FIN » WINS!

