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« Green Lantern » de Martin Campbell

« GREEN LANTERN » VS PROCRASTINATION

La première fois, c’était dans Deadpool. Alors qu’il est sur un brancard l’amenant vers une salle d’opération, Wade Wilson ne cesse de geindre malgré les atrocités qu’il s’apprête à subir. Il demande alors explicitement à ses bourreaux de ne pas faire de lui un super héros avec un costume vert, ou en image de synthèse. Des propos incohérents pour les antagonistes du film, mais complètement méta pour le public qui peut y voir un rapport avec la filmographie de son interprète: Ryan Reynolds. Deadpool a la capacité de briser le quatrième mur, et il ne se gêne pour faire passer quelques messages.

La seconde fois, c’était dans la scène post-générique de Deadpool 2. À l’issue, de celui-ci, le mercenaire se retrouve en possession de la machine temporelle de Cable. Il décide alors de faire quelques ajustements dans la chronologie déjà bordélique des mutants. Son premier arrêt le mène donc juste avant le climax de X-men Origins: Wolverine, où il flingue la première incarnation de son propre personnage. Une sentence bien méritée doublée d’une justification à tous les paradoxes temporels qu’accumule la franchise. Ensuite, il ira encore plus loin dans la mise en abime en quittant Marvel pour DC comics. 

Des allusions avaient déjà été faites à la firme aux deux initiales durant cette suite avec un Deadpool s’identifiant comme étant Batman, ou pour qualifier Cable de trop Dark, et donc issue de la Distinguée Concurrence. Là, il va beaucoup plus loin en s’attaquant directement à la filmographie de celui qui lui prête ses traits. Ou en tout cas sa voix et sa gestuelle derrière le masque. L’acteur a fait certains choix de carrière discutables, et bien que très loquace, Deadpool ne semble pas prêt à négocier en ce qui concerne la participation de son alter ego à Green Lantern

Mais cette fois-ci, pour des raisons évidentes de droits, il ne s’infiltrera pas dans le troisième acte pour le parasiter de l’intérieur. Sa rancoeur est tellement profonde qu’il ira plutôt rendre une petite visite à Ryan Reynolds avant même le tournage de l’adaptation de ce comics. Une détonation plus tard, le visage satisfait de l’acteur restera alors figer par un headshot, perforant et éclaboussant au passage le script consacré au chevalier d’émeraude. Un scénario qu’il qualifiait quelques secondes plutôt comme étant ce qu’il ait pu lire de plus beau.

Il faut dire aussi que jusque là, la carrière de l’acteur est loin d’être parsemé de chef d’oeuvre. À vrai dire, il n’y en a pas, à l’exception de Buried qui est véritable tour de force. C’est d’ailleurs ce film qui lui donnera une légitimité dans le registre dramatique, et qui lui fera accéder à un rôle de premier plan dans un comic book movie. Une consécration en quelque sorte dans le milieu hollywoodien. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est que lorsque c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est faux. Lors d’une interview, Ryan Reynolds a fini par révéler que le studio n’avait même pas de script.

Green Lantern se résumait alors à une affiche et une date de sortie. L’émotivité de l’acteur face à ce script fictif est donc légèrement disproportionnée. Malgré tout, lors de cet entretien, il révélera également qu’il s’agissait là de l’occasion d’une vie et que si c’était à refaire, il ferait exactement la même chose. Impossible de lui faire entendre raison donc, ce qui explique la sentence de Deadpool. Rares sont les acteurs à être aussi critique envers leur propre film, et encore moins à s’en moquer ouvertement dans une production concurrente.

Une autodérision que pratique également Jack Black qui a longtemps été associé à cette adaptation. Et qui aurait pu être bien pire que le film de 2011. Ce projet était alors taillé sur-mesure pour l’humoriste qui aurait incarné un candidat de télé-réalité entrant en possession de la fameuse bague. On a donc échappé au désastre grâce à la mobilisation des fans. Mais il y avait surement mieux dans les intentions de départ. En effet, parmi les potentiels profils envisagés pour interpréter Hal Jordan, avant que Ryan Reynolds ne décroche le titre, se trouvait le nom de Chris Pine.

Révéler grâce au reboot de Star Trek, dans lequel il incarnait le célèbre James T. Kirk, il y a là dans cette réalisation de JJ Abrams tout ce qu’aurait dû être Green Lantern. À savoir un jeune pilote impétueux dont le père, lui aussi pilote, est mort dans l’exercice de ses fonctions. Un traumatisme qui le poussera à suivre les pas de son paternel et à s’enrôler dans une organisation visant au maintien de la paix dans la galaxie. Mais pour cela, il devra surmonter sa peur, à travers le test du Kobayashi Maru, puis sur le terrain avec l’aide de ses nouveaux amis et coéquipiers.

Un pitch qui ressemble de manière assez troublante à l’origine de la tête brulée qu’est Hal Jordan dans les comics. Tellement qu’un crossover entre ces deux univers a même eu lieu en bande-dessinée. Il était donc permis d’espérer que l’espace, frontière de l’infini, se transforme en imagination, frontière de l’infini. Car c’est sur ce concept que repose le personnage, et celle des fans dont je fais partie s’est un peu emballée à cette idée. Il faut dire aussi que le film était alors vendu comme un space opera ambitieux capable de rivaliser avec les plus grandes franchises du genre.

Les éléments de langage qui reviennent le plus souvent faisaient alors état d’un croisement entre Top Gun et Star Wars. Plus précisément, d’un Star Wars dans lequel Han Solo serait au centre de l’intrigue, et non Luke Skywalker. Voilà qui était prometteur. Mais qui rappelle surtout une déclaration de Chris Pine révélant s’être inspiré de Tom Cruise et d’Harrison Ford pour son personnage de Kirk. Ryan Reynolds n’en fera pas autant, préférant rester égale à lui-même et à la quasi-totalité des rôles qu’il a interprétés par le passé. C’est-à-dire avec la même nonchalance et un détachement total presque méprisant.

De quoi se demander s’il n’a pas été choisi sur ces critères. Car dans le cadre de l’histoire, c’est l’anneau qui choisit son porteur en fonction de sa capacité à surmonter la peur. Ryan Reynolds en est assurément capable, de surmonter la peur du ridicule. Rien ne semble l’atteindre. C’est déjà ça, mais je doute que ça soit suffisant pour en faire un membre des Green Lantern tel que la voix off introductive nous décrit cette police intergalactique. Un monologue explicatif qui en dit long sur la planète OA, le fonctionnement des anneaux, Parallax… Mais surtout sur la peur des producteurs dans la compréhension de cette nouvelle mythologie.

S’il y a bien une crainte qui hante le film, c’est celle-ci. Elle se matérialise d’entrée de jeu par l’introduction de Parallax qui s’échappe de la planète Ryut. Une première apparition complètement ratée, aussi bien dans sa mise en scène que dans le design de cet antagoniste. La forme insectoïde des comics a laissé place à une espèce de nuage avec un visage qui en émerge. Un sort similaire à celui qu’avait subi Galactus dans Les quatre fantastiques et le surfer d’argent, passant de géant en armure à un tourbillon cosmique. 

Sauf qu’ici on pouvait au moins espérer que ce ne soit pas l’incarnation définitive, et qu’une métamorphose allait s’opérer au fur et à mesure du récit. Il n’en est rien. Et ça ne sera que l’une des nombreuses modifications par rapport au matériau de base. C’est d’autant plus dommage que les bandes-dessinées Green Lantern avaient connu un regain d’intérêt grâce au scénariste Geoff Johns et son run incroyable. C’est sur cette popularité que la Warner s’était décidée à mettre les moyens sur cette adaptation, et il n’y avait plus qu’à retranscrire fidèlement cette modernisation.

Car Geoff Johns a non seulement rendu à nouveau attrayant Hal Jordan, mais il s’est également livré à un travail de synthèse sur son origin story. Un exercice périlleux qu’il a relevé avec brio dans Green Lantern: secret origin. Les scénaristes sur ce projet d’adaptation n’avaient alors plus qu’à reprendre la même trame pour lui donner une dimension cinématographique, déjà existante dans les planches d’Ivan Reis. Mais la présence de Parallax en guise de menace a conduit à un remaniement loin d’être logique. Et c’est Abin Sur qui en fera les frais en premier.

La route du vaisseau de ce Green Lantern croisera celle de cette entité maléfique, ce qui le forcera à se replier sur la planète la plus proche: la Terre. Dans les comics, la situation est légèrement différente puisqu’Abin Sur transportait à son bord un détenu du nom d’Atrocitus, et c’est ce méchant de seconde zone qui provoquera le fameux crash. Ce remplacement d’antagoniste se révèle être une fausse bonne idée dans le sens où Parallax est considéré comme la némésis du héros. Quelques allusions auraient été amplement suffisantes pour annoncer une future confrontation.

Or, débuter un arc narratif, de ce qui était annoncé comme une trilogie, par le méchant ultime en guise d’opposition, c’est se tirer une balle dans le pied pour les potentielles suites. C’est un peu comme vaincre Sauron à l’issue de La communauté de l’anneau, ça n’a pas de sens. Mais le film va quand même essayer d’en trouver un, de sens, par l’intermédiaire de l’anneau d’Abin Sur. Agonisant, son propriétaire le chargera de lui dénicher un successeur. C’est donc là que l’on fera la connaissance avec Hal Jordan, ou l’idée que se fait Ryan Reynolds du célèbre vaurien de Star Wars.

Pilote de chasse pour l’écurie Ferris, son tempérament de casse-cou fera échouer une transaction avec l’Air Force. C’est à l’occasion d’une démonstration de ses talents qu’il a totalement perdu le contrôle de son appareil. En cause: un traumatisme de son enfance lié à la mort de son père, lui aussi pilote. Cette tragédie sera relatée sous la forme d’un flashback très caricatural dans sa mise en scène. Décidément, le réalisateur n’est pas plus à l’aise dans l’espace que dans les airs. Ou même sur terre.

Principalement connu pour avoir filmé les premiers pas de Pierce Brosman (Goldeneye) et Daniel Craig (Casino Royale) dans la peau de l’agent 007, le cinéaste n’est pas du tout dans son élément. Martin Campbell l’avouera lui-même, au point de vouloir être le seul responsable de ce désastre. Il ira même jusqu’à citer en interview le proverbe qui dit que le succès a plusieurs pères, mais l’échec n’en a qu’un. Et c’est lui. De quoi être hanté par ce film autant que Hal par son paternel. Une thématique père / fils que l’on retrouve dans la relation entre Hector et Robert Hammond.

Leurs rapports sont toutefois plus conflictuels puisque même s’ils ont pour point commun de détester Hal Jordan, pour des raisons différentes, ils ne se supportent pas non plus l’un l’autre. Les interactions qui en découlent sont d’ailleurs assez similaires à celles de Harry et Norman Osborn dans le premier Spider-man. On retrouve donc ce père qui est en mauvais terme avec son fils et qui se transforme en méchant digne du Bouffon vert. Et ça ne sera pas la seule chose que les scénaristes récupéreront de la première aventure cinématographique de l’homme-araignée.

Entre autres clichés, on y verra également une reprise du moment où Peter Parker tente de faire sortir la toile de son poignet en lançant différentes formules. Hal Jordan en fera de même face à la lanterne capable de recharger son anneau, allant jusqu’à dire le fameux « vers l’infini et au-delà ». Plus globalement, c’est le déroulement du film de Sam Raimi qui est réutilisé avec un sauvetage du love interest à l’occasion d’une soirée, l’enlèvement de celle-ci par le méchant… Jusqu’au plan séquence de voltige avant de lancer le générique. 

Une structure qui a fait ses preuves dans le cadre d’une aventure solo, mais pas pour lancer un univers partagé. Or, c’était bien là les ambitions de la Warner en donnant le feu vert à Green Lantern. Faute d’avoir celui de Christopher Nolan pour que son Batman soit la première pierre de cet édifice. Un refus qui ne permettra pas au studio de prendre le train en marche dans la course aux comic books movies interconnectés. En puisant leur inspiration dans une oeuvre pré-Marvel Cinematic Universe telle que Spider-man, DC Comics était donc loin d’avoir tous les éléments pour assurer la réussite de cette entreprise titanesque. 

À commencer par Amanda Waller qui aurait pu faire office de Nick Fury de service. C’est elle qui récupère le cadavre d’Abin Sur et qui recrute le docteur Hector Hammond afin de l’autopsier. C’est de cette manière que Parallax passera d’un porteur à un autre en le contaminant à son tour. Une possession qui se produit en parallèle de l’arc narratif d’Hal Jordan, lui aussi alors en pleine découverte de ce Nouveau Monde. Un monde qui sera symbolisé par la planète OA, lieu de rassemblement de tous les Green Lantern de la galaxie, elle-même divisée en 3600 secteurs pour autant d’agents.

Avec autant de races extraterrestres différentes, c’était là l’occasion de rendre hommage à leur source d’inspiration, à savoir Star Wars. Il y avait l’opportunité d’offrir une variante de la scène de la Cantina, mais à l’échelle d’une planète entière. Le film n’en fera rien et se focalisera uniquement sur les plus connus comme Tomar-Re, qui lui enseignera la raison d’être des Green Lantern en répétant ce que l’on sait déjà depuis le texte introductif, et Kilowog dont l’entrainement sera aussi intense qu’expéditif. Cette escapade sur OA permet tout de même d’entrevoir ce qu’aurait pu être le film s’il avait été traité avec un peu plus de sérieux.

Même si les effets spéciaux sont pour la plupart ratés, il y a toute une imagerie de science-fiction qui ne demande qu’à se développer. Cette cité d’émeraude aurait mérité plus de temps d’écran pour en découvrir toute l’architecture. Et ses occupants. Sinestro en tête, incarné par Mark Strong, est un exemple de transposition réussie d’un média à un autre. Le costume tant décrié fait lui aussi partie des rares réussites du film. En plus d’un design soigné, il y a une certaine logique dans sa conception à base de CGI. 

Un parti pris qui peut sembler étrange, mais qui relève d’une certaine logique, car matérialiser à partir de l’énergie de l’anneau. Si polémique il doit y avoir, elle concerne indubitablement le masque d’Hal Jordan. Lorsqu’il en est affublé, le teint de l’acteur vire automatiquement à l’orange carotte, comme s’il avait abusé de l’auto-bronzant. Mais le pire reste son regard. Ses yeux sont réduits à deux points minuscules, et il est permis de se demander s’il n’aurait pas été mieux de tout gommer. On aurait alors enfin pu voir au cinéma ces fameux yeux blancs, si caractéristique des super-héros dans les bandes-dessinées.

En plus d’être crédible dans le cadre de la création d’un uniforme à partir de son anneau, c’est l’un des seuls héros qui peut s’en vanter pour dissimuler son identité, mais n’en fait pas l’usage. La rétine est l’une des choses qui servent à nous identifier, ce n’est pas pour rien qu’il existe des scanners rétiniens donc cela fait sens. Mais ce ne sont là que des détails qui, même s’ils étaient améliorés, ne sauveraient pas le film de la nullité. Même Carol Ferris parviendra à percer son secret au bout de quelques secondes après avoir été sauvé. 

Incarnée par Blake Lively, l’actrice se résume à l’atout charme du film, mais un effort est quand même fait pour teaser le futur de son personnage. Notamment à travers le nom de code de Sapphire et le symbole des Star Sapphires sur son casque de pilote. Il s’agit d’un Corps faisant usage de la couleur violette correspondant à l’amour sur le spectre des émotions. Faute d’une trilogie, cette idylle se concrétisera finalement hors écran puisque Ryan Reynolds et Blake Lively sont mariés depuis le tournage et ont eu 4 enfants.

Une rencontre que l’acteur semble avoir occultée puisqu’il s’amusera à en prendra conscience lors de son premier visionnage du film. Dix ans plus tard, en 2021. Jusque là, Ryan Reynolds ne s’était jamais donné la peine de regarder Green Lantern. Ce qu’il a fait à l’occasion de la sortie de la Snyder Cut, mais surtout pour promouvoir sa marque de Gin. Et il lui en a fallu beaucoup pour supporter les incohérences de cette super production. Mieux qu’un commentaire audio en langue de bois, l’acteur ne mâche pas ses mots, toujours avec humour, sur Twitter où il tacle la caractérisation des personnages.

Ne sachant pas si c’est l’alcool qui parle, il finira tout de même par conclure que Green Lantern n’était pas si effrayant. Finalement, c’est peut-être ça le problème. La première qualité d’un chevalier d’émeraude est de pouvoir surmonter la peur, Hal y parvient tellement bien que l’on ne ressent jamais de crainte pour la vie de ce personnage. Un comble. On est loin du discours de Batman Begins qui exploiter cette thématique de la terreur à la perfection. Pourtant, ce ne sont pas les obstacles qui manquent dans son parcours initiatique, et le principal reste la batterie de son anneau qui doit être rechargée toutes les 24 heures. 

Cette faille n’est jamais exploitée pour créer une tension dans les enjeux. À défaut, cela aurait pu au moins limiter le manque flagrant d’imagination derrière les constructions mentales. Les matérialisations élastiques sont dignes de la substance verte dans Flubber. L’effet cartoon qui résulte de ces créations rappelle même The Mask. C’est avec ce genre de référence que l’on se rend compte que l’aspect cosmique a été délaissé au profit du côté comique. Non pas que cela soit incompatible avec la mythologie du comics, mais plus avec le ton général.

Dès lors, on peut voir Ryan Reynolds comme une erreur de casting dans le rôle d’Hal Jordan, ou l’on peut choisir de voir les choses en sens inverse. En effet, bien des humains ont eu l’opportunité d’être choisis pour intégrer le Corps des Green Lantern. Les plus connus sont au nombre de quatre et chacun d’entre eux s’acquitte de ce job d’une manière différente. Hal Jordan est le plus célèbre, mais il y a aussi John Stewart, un ancien soldat qui s’est reconverti en architecte. Kyle Rayner figure également parmi les prétendants en tant qu’artiste de bande-dessinée. De quoi décupler son imagination débordante. Ou la canaliser à travers l’anneau.

Puis, il y a le mal aimé Guy Gardner, second choix pour remplacer Abin Sur, mais qui aurait dû être le premier à être envisagé par la production. Son humour et son attitude très décontractée auraient pu être tout à fait raccord avec la tonalité du film, sans que cela ne soit une trahison du matériau d’origine. Tout n’était donc qu’une question de choix parmi ces personnages principaux qui se sont succédé. Pour réhabiliter cette adaptation, il faudrait donc faire un sacré effort d’imagination en visualisant Ryan Reynolds avec des cheveux roux et en entendant Guy à la place d’Hal à chaque fois que son nom est prononcé.

Mais je ne dispose pas d’anneau pour réaliser une telle prouesse. Quand bien même, ces changements ne colleraient pas avec le milieu de l’aviation qui sert de toile de fond. Il faudrait alors remanier cette production dans les grandes largeurs. Des modifications qui sont en lien avec la personnalité du porteur de l’anneau. Selon son identité, bien des films différents auraient pu voir le jour entre une comédie, un film d’action pur, voir même de guerre. Ou de prendre le concept des Green Lantern au pied de la lettre en créant un nouveau personnage uniquement pour le cinéma. 

La liberté aurait alors été totale sans risquer de s’aliéner les fans. Surtout avec une armée de 7200 membres, en perpétuel renouvellement, il y avait de quoi se permettre un ajout. Cette émancipation aurait alors permis de faire un film plus horrifique pour appuyer le côté terrifiant qu’un Lantern doit surmonter pour mériter son titre. Faire peur aux spectateurs à coup de jump scare dans le cadre d’un film d’horreur cosmique dans la lignée d’Alien, Event Horizon, et plus globalement de l’oeuvre de HP Lovecraft. Mais pour cela, encore aurait-il fallu avoir un réalisateur avec une véritable vision et un amour pour les comics. 

Taika Waitiki, qui officie ici en tant que sidekick rigolo, en fait parti. C’est un cinéaste qui a prouvé qu’il était tout à fait compétent dans le domaine de la science-fiction avec son diptyque sur Thor ou un épisode de la série The Mandalorian. Son humour aurait pu faire des étincelles avec celui de Ryan Reynolds si leur rencontre sur le plateau avait débouché sur une collaboration pour la mise en scène de Deadpool. Mais la production chaotique de Green Lantern n’a même pas suscité cette opportunité. Ce blockbuster reste donc condamné à être le running gag de son interprète principal.

Comme quoi, c’est tout un art que d’être à la tête d’une aventure des Green Lantern. À l’image des Gardiens de la planète OA, DC Comics est le garant de cette mythologie. Et lorsque ces dirigeants envoient des anneaux à un scénariste et un dessinateur pour officier sur ce super-héros, c’est clairement un défi pour leur imagination. Telle une mise en abime, ils vont devoir se surpasser pour magnifier ce concept d’anneau qui retranscrit les images qui leur passent par la tête. Mais autant la créativité semble sans limites dans les pages d’une bande dessinée, autant il y a un budget à respecter au cinéma.

Green Lantern est un film à effets spéciaux qui implique des prévisualisations, et qui donc ne laisse aucune place à l’improvisation. Or, c’est justement sur cette réactivité que compte ce héros lorsqu’il doit réagir à une menace en un quart de seconde. Si Ryan Reynolds est très doué lorsqu’il s’agit de sortir des réparties hilarantes, son personnage l’est moins pour matérialiser des constructions plus percutantes. Lors de leur entraînement, Sinestro lui fera d’ailleurs remarquer à quel point ce qui émerge de son esprit est primitif.

De la part de son futur mentor, il y a donc encore du chemin à parcourir. Et lui de continuer le sien en entrant en possession d’un anneau jaune dans la scène post-générique. De quoi teaser une suite qui n’arrivera jamais, car pas assez ambitieuse en termes d’univers étendu. Pour en donner un aperçu, il aurait été beaucoup plus intéressant de donner à voir des anneaux en quête de leur porteur et d’y distinguer parmi ces potentiels candidats d’autres super-héros tel que Superman, Batman… DC Comics va donc devoir recommencer à zéro. 

Mais reprendre à zéro ne signifiait pas forcément un film méritant cette note, et c’est pourtant ce que la Warner a fait avec le baptême cinématographique d’Hal Jordan. 

PROCRASTINATION WINS!

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