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« Ghost in the shell » de Rupert Sanders

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« GHOST IN THE SHELL » VS PROCRASTINATION

Une suite de chiffres et d’informations, voilà ce qui compose notre identité. Du moins, c’est ce à quoi nous sommes réduits par les organismes qui s’arrangent pour récupérer puis collecter ces précieuses datas afin de les revendre à d’autres sociétés. Ces dernières se font alors un plaisir de nous mettre dans leurs bases de données pour nous vendre toutes sortes de produits sous forme de publicités ciblées. Qu’il s’agisse d’informations sensibles, nécessitant de faire appel au droit à l’oubli, ou d’ordre privé, la sensation d’être espionné est plus que jamais pesante.

Mais même si cela a tendance à nous révolter rien qu’à l’idée de savoir que nos informations circulent dans le cyberespace sans notre autorisation, nous sommes bien plus que la somme de ces éléments. Il est impossible de nous cataloguer et espérer nous définir en fonction de notre milieu social, notre pays d’origine, notre langue maternelle, notre sexe et, plus globalement, notre physique. La plupart de ces critères sont regroupés sur notre carte d’identité, mais ils sont plus là pour nous identifier en tant que citoyens, pas en tant qu’humain.

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Tout ceci participe à nous construire, c’est un fait, mais ce n’est pas ce qui fait fonctionner notre machine interne. Nos souvenirs ont ce rôle et c’est celui-ci que nous endossons chaque jour lorsque l’on ouvre les yeux pour commencer une nouvelle journée. Ce n’est pas pour rien que dans la mythologie de Ghost in the Shell, c’est le cerveau, seul vestige du Major Kusanagi et siège de la mémoire, qui est transféré dans une enveloppe cybernétique. C’est son ghost, ou son âme en d’autres termes. C’est là que l’on stocke notre identité, plus que dans nos empreintes digitales, notre reconnaissance faciale ou rétinienne.

Ces dernières sont le reflet de l’âme, selon l’expression consacrée, et lorsque l’on se regarde dans un miroir, l’aspect qu’il nous renvoie participe à forger notre identité visuelle. À travers notre couleur de peau, notre taille et notre genre, cela nous amène à nous comporter avec nos semblables d’une manière ou d’une autre. Dans le cadre de Ghost in the Shell, c’est de cela dont il est question puisque l’héroïne se retrouve dans un corps qui n’est pas le sien. Et qui n’appartient à personne d’ailleurs, si ce n’est à la société Hanka, puisqu’il est entièrement cybernétique.

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Étant à l’origine une oeuvre japonaise, une pétition a vite circulé afin d’évincer Scarlett Johansson du rôle principal. Selon les fans, il s’agit de whitewashing, une pratique consistant à faire jouer un personnage à l’origine bien définie par un acteur blanc. Il s’agit d’une situation que d’autres productions ont eue à subir et en tant que fan de bien des oeuvres transposées au cinéma, je peux comprendre le risque de voir le manga dénaturé dans un blockbuster tout public. Seulement, le scénario de William Wheeler s’est arrangé pour rendre ce choix totalement logique et cohérent.

En effet, cette adaptation a pris le parti d’exploiter le concept de transhumanisme qui est au coeur du récit. Partant de ce principe, un corps robotisé peu adopté n’importe quels traits physiques, européens, peau noire et j’en passe, à partir du moment où l’on rappelle que l’enveloppe corporelle d’origine était celle d’une Japonaise. C’est le choix qu’a fait le long-métrage afin de couvrir ses arrières et ne pas perdre l’essence même de cette oeuvre. Avec ce postulat, n’importe qui aurait pu incarner le Major Kusanagi, même Margot Robbie qui fut un temps pressentie pour le rôle, d’après les concepts arts, avant de se tourner vers Suicide Squad.

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Pourtant malgré cette justification qui tient la route, nombre de fans considèrent qu’il ne s’agit pas là d’une adaptation fidèle à l’animé de 1995. De nombreuses scènes y sont reprises, souvent au plan près, sans que la trame ne suive celle du film d’animation de Mamoru Oshii. En effet, le syndrome Watchmen par Zack Snyder n’est pas loin et pourtant comme ce dernier, le réalisateur prend aussi des libertés en y insérant une Origin story autour de l’héroïne. Chose qui n’était pas le cas dans l’animé, mais qui est ici indispensable afin d’éviter toute polémique par rapport au whitewashing.

Sans aucune mention de son passé, alors le choix de Scarlett Johansson devient une véritable trahison à l’oeuvre d’origine. Grâce à ces scènes, on comprend mieux les choix scénaristiques et cela leur donne même une légitimité. Mais au final, la licence Ghost in the Shell et le Major Kusanagi sont indissociables dans leur nature. En cela, on peut assimiler l’âme à une oeuvre. Et lorsque celle-ci est transférée d’un support à un autre, elle subit des changements, des remises en question, des doutes quant à son nouveau médium: exactement comme un nouveau corps.

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Ainsi, avant d’avoir été transposé en long-métrage live, Ghost in the Shell était à l’origine un manga publié dans les pages de Young magazine en 1989. C’est alors Masamune Shirow qui en est le créateur jusqu’à ce que Mamoru Oshii ne le remplace dans l’inconscient collectif grâce à son adaptation en anime. Depuis le manga a connu bien d’autres tomes, des déclinaisons en plusieurs séries animées, des jeux vidéos et même des romans. Chacun de ses supports, aussi différents soient-ils, ont été comme un nouveau corps pour cette oeuvre cyberpunk.

Passé par le prisme du cross média dans sa totalité, Ghost in the Shell y a gagné en profondeur, en complexité, mais aussi en incohérence. Avant que le film n’arrive sur les écrans, la licence faisait déjà l’objet d’irrégularité au sein de sa chronologie entre les suites, les préquelles, les préquelles des suites, les suites des préquelles,… Le long-métrage live n’a fait que piocher dans ce fond commun (ManMachine Interface, 1.5 Human-error processor, Innocence, The new movie, Stand Alone Complex, SAC Solid State Society, Arise,…) pour illustrer une histoire à la fois originale et déjà vue.

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C’est donc un melting-pot autant au niveau du contenu antérieur dont il fait bon usage, que des personnages que l’on peut voir apparaitre à l’écran. C’est un film américain, certes, mais à destination d’un public international. Pour se faire, une production de cette envergure se doit d’être calibrée selon les différents spectateurs susceptibles de lui convenir. Des marchés hétéroclites selon les pays qui ont chacun une culture bien à eux, mais que le film tente quand même de toucher à travers des acteurs originaires de leur patrie. Ce n’est donc pas un concours de circonstances si l’on retrouve la Française Juliette Binoche à l’affiche et bien d’autres acteurs issus d’ethnies disparates.

Que ce soit à travers la scène d’introduction où l’on peut voir un dirigeant africain en djellaba parlementer avec un Américain autour d’une flopée de geishas robotiques dans un décor asiatique, tout cela participe à l’idée d’une certaine mixité raciale. Bien évidemment, les Japonais ne sont pas en reste en représentant une bonne partie du casting dont l’illustre Takeshi Kitano. L’acteur jouit d’une telle reconnaissance dans le milieu qu’il a pu se permettre de jouer dans sa propre langue sans pour autant être doublé en post-production. 

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Peu importe la version du film, c’est sa propre voix que l’on entend, sous-titre à l’appui, et l’histoire a réussi à intégrer cette particularité dans ce monde futuriste. En effet, les échanges entre la section 9 et leur chef se font sans la moindre erreur de compréhension grâce à des améliorations technologiques leur permettant, non seulement de se comprendre, mais aussi de communiquer par la pensée. La scène d’ouverture fait également office de mode d’emploi par le biais d’une comptine française qui est transmise par télépathie à son interlocuteur qui la comprend parfaitement alors qu’il ne parle pas cette langue.

Là où ça devient intéressant, c’est que des études ont été menées sur l’influence de notre langue natale sur notre identité. Cette dernière voit alors s’opérer un changement dans notre comportement si l’on se met à parler un dialecte différent. Une facette qui n’est pas exploitée ici, mais qui au moins le mérite d’exister dans cet univers de science-fiction. Mais au-delà de ces dissonances, une voix peut aussi ne pas coller avec un physique et même si je n’ai rien contre Scarlett Johansson, contrairement à ses détracteurs, je m’étais imaginé quelqu’un d’autre dans le rôle.

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La faute à l’anime de 1995 qui avait à la tête de son casting vocal Tania Torrens. Connue pour être la voix française de Sigourney Weaver, c’est cette actrice qui s’était insinuée dans mon esprit lorsque je m’imaginais une future adaptation. Idem pour Daniel Beretta qui est le doubleur de Arnold Schwarzenegger et qui aurait fait une excellent Batou. Mais finalement, on ressent une certaine complicité entre Scarlett Johansson et Pilou Asbaek. Une alchimie qui est surement due à leur précédente expérience commune sur le tournage de Lucy, même si ils n’ont eu que peu de temps d’écran ensemble.

L’actrice y adopte d’ailleurs un jeu similaire au film de Luc Besson contrairement à son partenaire qui se débarrasse de l’image de connard qu’il se trainait depuis son incarnation d’Euron Greyjoy dans Game Of Thrones. Et si les yeux sont le reflet de l’âme, même si ceux-ci sont bridés, alors ses prothèses oculaires n’ont pas dû faciliter son acting et pourtant il s’en sort très bien pour délivrer des émotions. Tout passe par son comportement et on le découvre en véritable coeur tendre qui s’occupe de chiens errants. En cela, il est leur semblable en étant fidèle à sa co-équipière. Et puisqu’il est question de fidélité, on ne peut pas dire que le réalisateur soit un exemple en la matière.

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Une remarque qui n’a rien à voir avec le fait qu’il ait trahi le manga d’origine pour mieux l’adapter, non cette réputation lui colle à la peau à cause d’un scandale qui a éclaté sur son premier film. En ayant entretenu une relation avec son actrice principale Kristen Stewart sur le tournage de Blanche-Neige et le chasseur, Rupert Sanders s’est mis à dos une partie de la profession ce qui explique une carrière qui pour l’instant ne se résume qu’à deux films. Évidemment, scandale oblige, voir Kirsten Stewart dans la peau synthétique du Major Kusanagi est relégué au rang de fantasme même si je l’aurais bien vu dans ce registre.

Le peu d’expressions dont elle fait usage aurait permis de donner vie à cette enveloppe cybernétique d’une manière convaincante. De plus, Kristen Stewart semble avoir été pendant longtemps en quête d’identité dans le milieu hollywoodien (ce qui l’a amené à s’égarer) et qui concorde avec la thématique de Ghost in the Shell. Cette dernière est également complément raccord avec le travail précédent de Rupert Sanders et cela pourrait expliquer ce temps d’attente entre deux productions. Car si on les analyse, derrière se cache un auteur accompli qui est prêt à attendre le bon projet plutôt que de vendre ses services dans des productions dans lesquelles il ne se reconnait pas.

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Ce n’est pas forcément évident au premier abord, mais les deux longs-métrages à son actif partagent bien plus de points communs que l’on ne pourrait le croire. Ainsi le cinéaste a beau partir à l’opposer sur la ligne du temps, passant de la fantasy à un futur incertain, le fond reste le même. En plus d’être encore une adaptation d’un matériau prêt existant, Sanders illustre à nouveau son penchant pour la japanimation. En effet, Blanche-Neige et le chasseur avait beau avoir les racines du conte germanique, il y citait Princesse Mononoké à tout va. Alors cela n’a rien de surprenant de le voir s’attaquer de manière frontale à un monument de l’animation japonaise.

La place de la femme semble également être centrale dans son oeuvre. Blanche-Neige et le Major y occupent une place importante et font figure de femmes fortes par rapport aux groupes qui les accompagnent. Respectivement les sept nains et la section 9, cette dernière bénéficie de personnalités aussi diverses que les noms de la première. Ils sont d’ailleurs assez fidèles à leurs homologues animés dans leur caractère, mais c’est surtout Togusa qui est le mieux restituer. Réfractaire à la technologie, armé de son fidèle révolver et arborant une coupe mulet: Chin Han a parfaitement cerné le personnage.

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Dans leur rang, chaque femme peut également compter sur un mâle alpha en guise de protecteur avec d’un côté le chasseur, incarné par Chris Hemsworth, et de l’autre Batou. Pour autant, aucune histoire d’amour ne viendra s’intercaler entre eux, cette place étant réservée à l’ami d’enfance. Pour Blanche-Neige ça sera William avec qui elle a grandi avant qu’il ne l’a croie morte après la prise de pouvoir de Ravenna, tandis que pour le Major il s’agit de Kuze. Lui aussi avait cru morte son amour d’enfance jusqu’à ce qu’il l’a retrouve et tous deux faisaient partie de militants contre le transhumanisme.

Par extension, on retrouve également cette quête de l’immortalité dans Blanche-Neige à travers le personnage de la reine maléfique. Elle souhaite rester éternellement jeune et pour cela elle immerge son corps dans du lait. Ce liquide blanc, on le retrouve également dans Ghost in the Shell lors de la construction du corps du Major qui passe à travers une substance similaire et qui recouvre sa plastique. Du reste, c’est d’ailleurs le but des améliorations cybernétiques et plus précisément de l’enveloppe de Kusanagi: ne plus vieillir, devenir immortel.

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Plus symbolique encore, on retrouve la notion d’identité à travers le miroir maléfique au centre de l’intrigue de Blanche-Neige. Notre reflet participe grandement à nous construire en tant qu’individu et l’oeuvre de Rupert Sanders ne fait pas figure d’exception. C’est une thématique riche que même un film de deux heures comme Ghost in the Shell n’arriverait pas à traiter dans son ensemble, et il n’en a pas la prétention, mais ce travail semble donc avoir déjà été amorcé dans son précédent film et le sera surement à nouveau dans le suivant. 

En tout cas, le réalisateur semble s’être forgé une réputation d’auteur en l’espace de deux films avec son lot d’obsessions, de thèmes de prédilection, de récurrences,… C’est en cela que l’on reconnait un véritable conteur avec une vision singulière. Pour autant, Rupert Sanders cède aussi à l’iconisation de ses personnages en les décalquant sur le modèle de l’animé. On retrouve ainsi des scènes cultes reprises plan par plan comme Zack Snyder avait pu le faire sur 300 et Watchmen. C’est regrettable, car cela l’empêche de montrer sa véritable mise en scène alors que sa carrière est encore jeune.

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Il est également handicapé par les antécédents du projet qui avant lui est passé entre les mains de Steven Spielberg. Disons qu’il y a pire comme prédécesseur. On retrouve ainsi des designs proches de IA: Intelligence Artificielle dans les figures robotiques et leur mécanisme. De plus, l’animé étant passé à la postérité grâce à Matrix en guise d’influence directe, le chef d’oeuvre de Mamoru Oshii a été vidé de sa substantifique moelle par bien des films au cours des années avant que cette adaptation ne débarque enfin sur les écrans. C’est donc avec plusieurs trains de retard que les images fortes sont transposées en live.

Le générique de Westworld étant passé par là, impossible donc de ne pas penser à la série lorsque l’on voit la création de Motoko Kusanagi. Cela évoque aussi la naissance de Leeloo dans le cinquième élément tout comme la mégalopole n’a rien à envier à celle de Blade Runner qui est un peu l’exemple à suivre en la matière. Même si j’ai trouvé que les rues manquaient un peu de vie, la faute à une idée reçue qui veut que le futur sera surpeuplé, la profusion d’hologrammes rattrape ce manque d’activité. Leur gigantisme n’est pas sans rappeler que la culture asiatique reste hanter par la figure des monstres géants tel que Godzilla. 

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L’humidité ambiante offre d’ailleurs de parfaites sources de réflexion pour les lumières et les néons. Cet aspect apporte de la grandeur à la ville même si cela ne fonctionne plus trop lorsque l’intrigue se passe de jour, ce qui est le cas en majorité. Mais les intérieurs et notamment les bas-fonds sont là pour dévoiler une autre facette autrement plus crade. Cet underground bénéficie de décors magnifiques à base de structures câblées qui se rejoignent et convergent toutes vers un seul et même point. Ce réseau architectural attire immédiatement l’oeil sur les points de fuite lorsqu’il compose un plan.

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La suite du film fondateur de Ridley Scott, Blade Runner 2049, étant sorti la même année, il nous a donné l’opportunité de voir ce qu’aurait pu donner une histoire de cette ampleur sans les impératifs de marketing et autres ingérences d’un studio. Malgré tout le bien que je pense de Rupert Sanders, il n’a pas encore la stature de Denis Villeneuve et à choisir, j’aurais bien vu un autre cinéaste plus confirmé à la barre de cette adaptation tant attendue. Connu dernièrement pour avoir fait Gods of Egypt, ce n’est pas pour autant le film d’Alex Proyas qui nous intéresse ici. Même si cette production a également fait parler d’elle pour cause de white washing.

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C’est surtout le troisième film de ce cinéaste qui m’a rappelé Ghost in the Shell et qui me fait penser qu’Alex Proyas aurait pu s’épanouir sur ce projet. Il y est question d’extraterrestres appelés les étrangers qui retiennent captifs des humains, sans que ces derniers n’en aient conscience, et se livrent à des expériences en intervertissant leurs souvenirs. Au premier abord, cela n’a rien à voir et pourtant le registre de l’identité est une fois de plus exploré. Une réflexion qui est poussée par le fait que ces étrangers cherchent à percer les secrets de l’individualité des humains, leurs âmes. Leurs ghosts.

Film noir par excellence, les personnages évoluent dans une cité littéralement tentaculaire qui s’inspire de Metropolis tout comme c’est le cas pour ce Tokyo futuriste. Tous ces rapprochements m’ont sauté aux yeux à cause d’une scène en particulier qui est étrangement similaire à Dark City mais surtout à I Robot, quatrième film de Alex Proyas. Il s’agit de ce moment où le Major va subir un effacement de sa mémoire, mais le docteur Ouelet chargé du protocole ne peut s’y résoudre. Étant la créatrice de l’héroïne, elle fait donc semblant d’exécuter cet ordre exactement comme le fait la docteur Susan Calvin sur le robot NS5 Sonny (tout comme le docteur Schreber en fait de même sur John Murdock en échangeant les seringues dans Dark City).

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Grâce à cette adaptation des écrits d’Isaac Asimov, le cinéaste s’est ainsi déjà frotté à la science-fiction et Ghost in the Shell aurait pu lui permettre de renouer avec le succès. Pour autant, ce dernier n’a pas non plus été au rendez-vous pour le public, que ce soit sur le sol américain ou japonais dont l’oeuvre est originaire. Aucune suite ne sera engendrée malgré la richesse du manga qui ne demande qu’à être exploité et généralement ceci est le signe d’un échec cuisant. En effet, malgré d’indéniables qualités, le film n’est pas exempt de défauts dont le plus important reste son introduction.

Ainsi l’univers de Ghost in the Shell nous est présenté par le biais d’un texte explicatif qui enchaine avec la conception du corps du Major. Ensuite, l’intrigue nous confronte à un encart marquant un saut dans le temps d’une année pour assister à la scène d’action qui ouvrait également l’animé. Le montage aurait tout eu à gagner en efficacité en retirant ce texte et les images qui précèdent la scène d’ouverture. Déjà, parce qu’avec les multiples déclinaisons de la franchise, le public à une idée, même vague, de où il met les pieds. Enfin, tout simplement parce que cela révèle une grosse partie de l’intrigue qui va se développer.

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Ce type de pratique visant à mâcher le travail aux spectateurs afin qu’ils n’aient plus qu’à consommer, est symptomatique des studios qui n’ont pas confiance dans leur production. Absolument tout ce qui est mentionné dans cet écriteau de mise en contexte est déjà expliqué par les dialogues et les scènes suivantes. Ne reste donc qu’une redondance d’informations là où l’on aurait pu entrer directement dans le vif du sujet. Plonger le spectateur au coeur de l’action a toujours été le meilleur moyen de l’impliquer et de capter son attention pour ensuite lui fournir les renseignements dont il a besoin.

Débuter directement par une plongée dans ce néo-Tokyo reste donc une entrée en matière palpitante jusqu’à ce que le major fasse étalage de ses compétences en matière de combat. Sur la base de la séquence d’ouverture de l’animé, on retrouve une scène à la fois semblable et différente. Motoko y fait son saut de l’ange avant d’activer son camouflage optique. Sous cette forme, elle n’a jamais autant ressemblé à un fantôme et alors le ghost censé symboliser l’âme prend alors tout son sens. Un peu comme si son esprit hantait ce corps cybernétique sans pour autant pouvoir le quitter ou être exorcisé.

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Par contre, il lui est possible d’aller sonder d’autres robots et c’est là l’occasion d’assister à des séquences visuellement ingénieuses. En effet, après avoir affronté des espèces de geishas-araignées, elle plonge dans la base de données de l’une d’entre elles avant de se faire hacker à son tour. Il en résulte une imagerie à base de foule de zombies que l’on ne croyait pas possible de voir dans un univers cyberpunk. Et pourtant, cela fonctionne plutôt bien en renouvelant ce que l’on a l’habitude de voir et surtout ce que l’on s’attend à voir dans ce genre précis.

Les glitchs dont souffre le Major participent également à créer des hallucinations a ceci prêt qu’elles n’ont rien de vaporeuses mais ressemblent plus à des hologrammes. Ces éléments oniriques sont l’occasion d’insérer des images du passé sans empiéter sur la narration linéaire en ayant recours à des flashbacks. Souvenirs refoulés de son ancienne vie, il s’agissait là d’indices suffisamment mystérieux pour que le spectateur décide de suivre cette piste. Chose dont il peut potentiellement se désintéresser puisqu’il a une longueur d’avance à cause de l’ouverture du film révélant d’entrée de jeu un complot autour de sa personne et qui sera l’antagoniste principal. Ainsi, Kuze n’est qu’un dommage collatéral, un brouillon.

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Ce prototype, qui a servi à créer Le Major, en a lui-même était un dans les coulisses avant d’être représenté sous les traits de Michael Pitt. Acteur trop rare et sélectif dans ses projets, David Bowie l’est encore plus et c’était lui qui était envisagé par la production avant qu’il ne décède. Le chanteur à l’univers bien singulier avait par ailleurs déjà tourné avec Kateshi Kitano dans Furyo qui n’est autre que l’un des films préférés de Rupert Sanders. Bien que les deux personnages ne partagent aucune scène dans Ghost in the Shell, l’envie de les réunir à nouveau dans une production ne se fera plus jamais.

Le Major aurait ainsi pu se confronter au Major Tom et ce dernier aurait pu apporter sa modeste contribution à la musique. Une chose qu’il avait déjà faite en prêtant à la fois son image pour le jeu vidéo The Nomad Soul, mais aussi en créant douze chansons originales. Première production de David Cage et de son studio Quantic Dream, on retrouve un peu du personnage de Kuze à travers les mécaniques de jeu où l’on peut passer d’un corps à un autre, donnant ainsi tout son sens au titre. L’artiste multi-facettes a alors dû y reconnaitre quelque chose de familier pouvant expliquer son implication dans le projet, lui qui s’est fait si rare avec les années.

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Rien ne dit que le chanteur se serait attaqué à la bande originale, mais on retrouve tout de même de son influence à travers le trailer qui est illustré par Enjoy the silence du groupe Depeche Mode. Les membres de ce dernier ont toujours été de grands fans de celui que l’on surnomme Ziggy Stardust et leur musique se marie assez bien avec les images de la bande-annonce. Elles sont donc l’occasion d’apercevoir brièvement Michael Pitt, lui aussi musicien à ses heures perdues dans le groupe grunge Pagoda. Héritier spirituel de Nirvana, on a un aperçu de son talent dans Last Days de Gus Van Sant, mais il s’est aussi investi dans la deuxième saison d’Hannibal.

Une série dans laquelle il met la chair à rude épreuve tandis que dans Ghost in the Shell, c’est la sienne qui le rend presque méconnaissable. Dans l’univers du film, ce personnage ne reconnait même pas son propre reflet tout simplement parce que, comme le Major, il ne s’agit pas là de leur véritable enveloppe corporelle. En un sens, le public, et plus particulièrement les fans purs et durs, sont les plus aptes à s’identifier à ses deux personnages littéralement mal dans leur peau. Leur réaction a d’ailleurs été semblable en s’offusquant de ne pas voir à l’identique les protagonistes qu’ils connaissaient déjà et qu’ils ont suivis à travers les différentes déclinaisons du manga.

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Batou est celui qui a le moins souffert de cette orientation internationale, de par son capital sympathie, mais aussi, car il passe une bonne partie du métrage avec des prothèses oculaires. Pour le coup, ses yeux ne sont donc pas bridés, à la manière des natifs de cette partie du globe qui ont cette particularité physique, mais ils sont débridés grâce à une technologie lui permettant de voir différents spectres (fantôme / ghost?). Une vision qui lui permet de voir au-delà des apparences, là où la grande majorité des fans semblent s’être arrêtées. Ils se sont sentis trahis lorsque la genèse du Major s’est retrouvée modifiée, passant d’un crash d’avion à un attentat pour manifester contre une technologie devenue trop envahissante.

Et il n’y a rien de pire que de faire partie intégrante de quelque chose que l’on déteste et en cela, c’est une origine parfaite, ne serait-ce qu’en termes de dramaturgie pour les tourments intérieurs d’un personnage. Mais cela a créé plus de conflits au sein de la communauté d’adorateurs du manga que de dilemmes moraux pour le Major. Pour ce public de fans, le studio Dreamwork n’a ainsi rien de différent avec la société Hanka robotique. Tout comme Motoko Kusanagi qui ne cesse de donner son autorisation pour effacer les glitchs qui polluent son champ visuel, les studios n’ont jamais eu besoin de l’autorisation des fans pour s’approprier la licence Ghost in the Shell.

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Les fervents défenseurs de la première heure peuvent ainsi y trouver leur compte par le prisme du rejet qui anime les personnages. Mais aussi dans la philosophie qui semble mal interprétée et qui privilégie l’action à la réflexion. Le docteur Ouelet garante de la facette intellectuelle du récit, même si l’actrice Juliette Binoche a avoué n’avoir rien compris au scénario (tout comme le studio), ne cesse de dire que ce ne sont pas nos souvenirs qui nous définissent, mais ce que l’on fait. Hors, ce que l’on fait est basé en adéquation avec nos souvenirs et ces actions que l’on commet s’enregistre à leur tour dans notre inconscient.

Dans le scénario, cette résurgence de souvenirs sous la forme de glitchs est bien la preuve qu’ils sont importants. Alors dans un premier temps, on peut penser que le discours du docteur sur l’inutilité des souvenirs ne sert qu’à endormir le Major, mais lorsque celle-ci sort un monologue similaire en voix off à la fin, on se dit qu’elle a été lobotomisée… Tout comme le studio a tenté de le faire avec la fanbase de Ghost in the Shell. Une sorte de message subliminal que cette mise en abime révèle: oubliez vos souvenirs de l’animé. Et de persister avec ce discours insensé qui veut que nos souvenirs ne soient pas importants contrairement à ce que l’on fait. 

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Par définition, ce dernier élément fait allusion à l’action pour faire illusion. Ainsi les séquences d’action bien connues de l’animé sont présentes pour nous détourner de l’aspect philosophique. Mais même à travers ces scènes emblématiques comme la poursuite de l’homme au manteau d’invisibilité, l’assaut du Tank Spider,… on peut y déceler des glitchs en tant que spectateur. Un air de déjà vu par ici, un instant de l’animé refoulé par là, on à la sensation de voir le chef d’oeuvre de 1995 tout comme Motoko Kusanagi voit des vestiges de son passé à travers des hallucinations.

Blockbuster hollywoodien oblige, cette mise en avant de combats, poursuites et autres explosions n’a rien d’incompatible avec cet univers. Selon le média sur lequel il a été transposé, Ghost in the Shell s’est tantôt livré à de grands élans philosophiques tandis qu’une forme d’action a été privilégiée sur d’autres supports. C’est ce qui compose l’identité de cette licence, mais la suite de l’animé de 1995, intitulé Innocence, a largement contribué à véhiculer cette image d’oeuvre profondément intellectuelle. Son passage à la 57ème édition du Festival de Cannes en 2004 n’a fait que conforter ce préjugé pour l’élite du cinéma.

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En vérité, ce second opus n’est qu’un cas isolé dans cette licence. Un délire de Mamoru Oshii qui ne porte le nom de Ghost in the Shell 2 que pour des raisons commerciales. Son sous-titre est en vérité son véritable intitulé: Innocence. C’est ce malentendu et ce raccourci marketing qui nous renvoient l’image d’une franchise exigeante sur le fond comme sur la forme. Ainsi cette transposition live ne pouvait que souffrir de cette comparaison dans l’inconscient collectif. « Sans âme », « coquille vide », avec un titre pareil, il fallait se douter que les critiques allaient se concentrer sur le fait de savoir si le long-métrage avait une âme, ou non.

Et pourtant, il faut en être bien dépourvu pour descendre un film de cette façon comme la presse a pu le faire. Avant lui, le Robocop de 2014 avait tenté d’aborder les mêmes thématiques sans pour autant réussir à faire passer son message. Rupert Sanders y arrive bien mieux tout en subissant le même sort. Mais cette adaptation est bien plus qu’une suite de chiffres basés sur des résultats au box-office, sa durée,… En choisissant de traiter de la fusion de l’humain et de la machine, cela nous renvoie à notre propre rapport à la culture. À la fusion d’une oeuvre et de son spectateur, sans qui la première ne pourrait exister.

« GHOST IN THE SHELL » WINS!

fin

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