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« Oblivion » de Joseph Kosinski

oblivion

« OBLIVION » VS PROCRASTINATION

Il est assez courant à Hollywood de voir passer des projets par plusieurs phases avant d’être développés sur le média tant désirer par leurs auteurs. Ainsi nombre d’entre eux ont parcouru d’autres chemins avant d’arriver à la destination souhaitée par leurs créateurs contre ce système de production à l’américaine. Même l’un des plus grands comme Guillermo Del Toro s’est retrouvé devant le refus d’une chaine de télé avec son histoire de vampires. Loin d’abandonner, le mexicain a profité de l’occasion pour transformer son idée sous forme d’une trilogie de roman qui a eu son petit succès en librairie. Mis devant le fait accompli de la viabilité d’un tel projet, The Strain a ainsi pu devenir une série télévisée s’étalant sur pas moins de quatre saisons. Le cas de Oblivion est assez similaire et même si son auteur est loin d’avoir la renommée de Guillermo Del Toro, il n’en reste pas moins un passionné qui croit en son projet de science-fiction.

Lorsqu’il le propose aux grands pontes des studios, il n’a à son actif que des publicités et des court-métrages. Rien qui n’inspire confiance au point de le laisser aux commandes d’un gros budget. Toutefois il fait son trou et arrive à se frayer un chemin jusqu’à la réalisation de la suite d’un classique de Disney: Tron Legacy. En parallèle, il travaille sur son récit de science-fiction sous la forme d’un Graphic Novel. Oblivion voit ainsi le jour pour la première fois ainsi et comme son titre, ce support qui a eu la primeur de cette histoire a tendance à être relégué dans l’oubli. Même si des exemplaires ont été distribué lors de la Comic Con, il ne s’agit en rien d’une adaptation de ce format. En l’état il s’agit plus d’un livre regroupant toute une flopée de concept art accompagné de quelques indications sur le déroulement du film. Il est donc assez tentant de parler ici d’adaptation, Kosinski voyant plutôt cette étape comme un work-in-progress en attendant la fin de la grève des scénaristes de 2007.

Néanmoins cela fait son petit effet au point d’attirer l’attention de Tom Cruise. On devine donc que ce qui ne devait être qu’un premier film basé sur une histoire simple à réaliser et avec peu de moyen s’est transformé en blockbuster estival. Mais malgré l’implication de la star de Mission Impossible, le récit n’a rien perdu de son aspect intimiste avec un nombre de personnages très réduit évoluant dans des décors épurés de toutes formes de civilisations. Voir désertiques ou bucoliques comme cette cabane, un petit havre de paix préservé par la guerre que l’on peut voir comme un musée de ce qu’a pu être l’espèce humaine. Un décor qui dénote avec le reste du film comme avait pu l’être l’appartement de Flynn qui était également un condensé de plusieurs styles éparses, en plus d’être une référence évidence à la fameuse pièce dans 2001. Cette similarité met en opposition ses deux films, faisant de chacun d’entre eux la facette d’une même pièce.

Visuellement c’est donc l’inverse de Tron Legacy dont Oblivion est le négatif. Là où son premier film se passait de nuit en permanence et dans des décors sombres, celui-ci est à l’opposé sur le spectre des couleurs en affichant une dominante de blanc. Le design aux formes arrondies et l’architecture en général rappelle les produit de la gamme Apple, éternel concurrent de Microsoft qui correspondait plus à la suite de Tron. Cette influence participe à rendre ce long-métrage épuré au possible à tous les niveaux, un véritable plaisir pour les yeux mais aussi pour les oreilles. En effet, dans ses choix de compositeur le réalisateur semble avoir un attrait pour les musiciens français car après Daft Punk c’est à nouveau dans l’hexagone qu’il vient faire son choix. La musique de M83 est vraiment en harmonie avec les images et après l’avoir entendu pour illustrer la bande annonce de Cloud Atlas, c’est un vrai bonheur de leur voir confier un film entier.

En plus de partager les mêmes gouts musicaux que les Wachowski, Joseph Kosinski semble avoir la même sensibilité artistique et un gout assumé pour les références. Là où certains avaient critiqué Matrix de n’être qu’un pot pourri de ce qui se faisait de meilleur en terme de cinéma (Ghost in the Shell, les films de John Who, Terminator,…), Oblivion en fait de même à commencer par la thématique. Difficile de ne pas y voir la matrice dans ce tétraèdre qui cherche à avoir le contrôle absolu tout en gardant à son bord des caissons avec des milliers de corps endormi. Morgan Freeman pourrait même faire office de libérateur au même titre que Morpheus voulant libérer Néo, ici Jack Harper, d’un monde onirique. Le personnage de Tom Cruise a tout autant un sommeil agité et ses rêves sont la clé de la vérité. Cette filiation avec le chef d’oeuvre des Wachowski est loin d’être la seule puisque Kosinski semble ne pas pouvoir « oublier » ses classiques en citant abondamment tout un pan de la science-fiction.

Le cinéaste semble avoir une adoration pour Stanley Kubrick et son 2001 comme on a pu le voir plus haut dans Tron Legacy mais ici aussi à travers cet oeil rouge menaçant sur les drones qui n’est pas sans évoqué l’ordinateur Hal ou plus littéralement le vaisseau qui s’appelle « L’odyssée ». Bien d’autres oeuvres ont le droit de citer puisque l’on peut voir dans cette lune détruite un clin d’oeil à la machine à remonter le temps et les chacals sont un mélange entre les hommes des sables de Star Wars et les Predators. Ces monuments du cinéma sont aussi divers que les monuments à moitié ensevelis sont autant de variantes que de référence à la statue de la liberté de la planète des singes. Bien qu’enseveli aussi, l’Empire State Building est une référence très explicite à King Kong. Le cinéaste cultive toute ses influences comme le pot de fleur que cultive Jack, faisant de lui une sorte de Wall-E humain. Bref, la liste est longue mais grâce au talent de Kosinski et à sa sublime réalisation, le film arrive à avoir une identité propre. 

Et aussi des défauts hérités de ses sources d’inspirations. Oblivion a beau brassé tout un éventail allant des classiques aux blockbusters mainstream comme Independance Day, ce n’est pas forcément ce dernier qui pousse le film vers le bas. Au contraire, le Tet qui ressemble au vaisseau mère d’ID4 bénéficie d’une entrée en matière ingénieuse puisque l’on peut le voir dès le début inscrusté au dessus du logo Universal. Ce genre d’initiative est simple mais lorsqu’elle est en adéquation avec le propos du film cela renforce l’immersion. Non, le problème vient plutôt de la séquence qui lui succède avec une voix off explicative qui n’a pas lieu d’être puisque les informations qu’elle dévoile sur le contexte et la background sont données une deuxième et peut-être une troisième fois dans d’autres scènes. Sa suppression aurait aidé à moins faire passer le spectateur pour un demeuré incapable de réfléchir en lui machant tout le travail de réflexion.

Une décision qui sonne plus comme l’oeuvre d’un studio ayant un droit de regard comme ça avait pu l’être avec le monologue en mode « notice explicative » de Dark City qui spoilait tout le reste du film quand à la nature de l’intrigue. Il en est de même pour celle de Blade Runner où Harrison Ford n’y mettait pas du sien pour la déclamer tant le texte était ridicule. Tom Cruise semble faire preuve du même coeur à l’ouvrage en débitant son texte sans la moindre conviction et en y insufflant une forme de lassitude gâchant toute forme de poésie à l’histoire. Heureusement ce monologue fait preuve d’autant de symétrie que peut le faire la réalisation de Kosinski, tout en cadrage centré et composition inspirée, pour trouver un écho dans l’épilogue.

D’autres soucis sont plus de l’ordre de la répartition des indices qui aurait pu être plus harmonieuse. Je pense notamment aux flashbacks de Jack Harper qui auraient pu servir à montrer une partie de l’invasion extraterrestre et donc de lier son histoire personnelle à celle de l’humanité. L’idée était pourtant simple à réaliser tant tous les éléments mis en place étaient réunis à la mise en place d’une telle situation: en haut de l’Empire State Building, le regard vers « l’avenir » à travers les jumelles et au delà le Tet qui se détache de la ligne d’horizon. Simple et efficace en plus d’être poétique mais je pinaille car le film ne manque pas de moment de grâce comme cette séquence de la lecture de la boite noire de l’Odyssée qui propose un montage alterné entre le passé et le présent qui se superpose. Mon envie de l’améliorer prouve à quel point j’aime cette oeuvre qui est pour moi une référence dans le genre. Encore un film de plus au paradis des classiques de la science-fiction. Tom Cruise et Jospeh Kosinski font une bonne équipe.

« OBLIVION » WINS!

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