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« Alien VS Predator » de Paul WS Anderson

« ALIEN VS PREDATOR » VS PROCRASTINATION

Au regard de la filmographie de Paul WS Anderson, connu pour avoir réalisé Mortal Kombat et Resident Evil, il était tentant de se dire que ce nouveau film allait être basé sur une énième adaptation vidéoludique. En effet la double licence a fait la joie de la communauté des gamers adepte des FPS, mais il n’en est rien puisque les deux icônes se sont affrontées pour la première fois en comics sous la bannière de Dark Horses. Ce n’est que bien plus tard qu’ils ont eu l’occasion de servir d’alter ego pour de nombreux joueurs dont le cinéaste a dû grandement s’inspirer pour son travail. Pour les cinéphiles purs et durs, cette première rencontre au sommet est visible pour la première fois à l’écran dans le climax de Predator 2 sous la forme d’un oeuf de Pâques.

On y voit le héros et policier Michael Harrigan à l’intérieur du vaisseau du chasseur extraterrestre pour un ultime affrontement. Parmi la multitude de trophées on peut alors apercevoir un crâne d’Alien sans pour autant que la caméra ne s’attarde dessus. Les intentions de Stephen Hopkins sont alors de faire un petit clin d’oeil aux connaisseurs plus que d’annoncer un quelconque crossover. En l’état ce plan d’une poignée de secondes nous laisse à peine de quoi nous imaginer le Predator avec le crâne entre les mains en train de se demander: « être ou ne pas être? ». Du côté du studio c’est la même interrogation, mais le côté shakespearien en moins puisqu’à la question de savoir si un tel crossover doit ou non exister, les producteurs répondent par l’affirmative.

L’idée se concrétise dans un premier temps en comics pour pouvoir vérifier la viabilité d’un tel projet sur le papier. L’intérêt est là et en 1991 le scénariste Peter Briggs en tire un script qui ne satisfait pas la production. Le projet restera dans les limbes du développement Hell durant une dizaine d’années avant de voir le jour et d’être réanimé par Paul WS Anderson. Ce dernier abandonne alors la réalisation du deuxième Resident Evil pour se consacrer à cette rencontre au sommet. Selon ses dires il aurait travaillé sur cette histoire durant huit ans ce qui est bien trop long compte tenu du résultat final. Dire que tout cela a commencé avec une histoire d’easter egg…

Cette chasse aux oeufs reprend donc de plus belle et même si les Predators ne sont pas des adeptes de la fête de Pâques, ils profitent de ce crossover pour se rappeler au bon souvenir du spectateur. En effet à l’époque de la sortie du film les Predators ont bénéficié de moins d’expositions que les Xénomorphes qui ont alors 4 films à leur actif contre 2 pour les Yautjas. Pour autant ces impitoyables chasseurs ont réussi à s’imposer dans la culture populaire sur différents supports ce qui permet de les revoir ici sans cette impression de sortir de nulle part. À la croisée des franchises, ce film trouve donc sa place avant le premier Alien et après le second Predator, à la fois préquelle et suite dans cette chronologie qui a depuis été revue, pas forcément corrigée, par Ridley Scott avec Prometheus. Libre à chacun donc de l’intégrer ou non dans le canon de la série.

Alors que son Event Horizon annonçait un film de SF horrifique il n’en est rien puisque le réalisateur, et aussi scénariste, décide de situer son histoire à une époque contemporaine. Contrairement au Predator, il s’agit donc ici d’une première pour les Aliens d’évoluer sur Terre et qui plus est dans notre présent. Finalement le futur apocalyptique visible dans Alien la Ressurection trouve donc ici une forme de suite dans une certaine mesure. Leurs chasseurs ne sont pas pour autant avantagés par cette temporalité puisqu’ils sont bien loin de l’environnement tropical dans lequel ils ont l’habitude d’évoluer. Bien au contraire, à l’opposer en plein antarctique, ils n’en restent pas moins imposants et à l’image de leur terrain de chasse: glacial.

Une trahison au climat très chaud instauré jusque là par la mythologie de cet extraterrestre qui trouve une justification lors d’un flashback à l’époque des Incas. Des sacrifices rituels, des pyramides, une nuée d’Aliens, des Predators dans leur élément de prédilection, une époque jamais explorée dans la saga, une imagerie d’une grande classe… Une version fantasmée et fantastique d’Apocalypto avec les conquistadors comme point de référence pour le spectateur. Cette courte séquence offre à elle seule bien plus de perspectives inédites que ce qu’il nous a été donné de voir. Une sorte de bande-annonce pour un film qui n’existera jamais en quelque sorte. Outre cette publicité mensongère, puisque des plans de ladite séquence sont présents dans le trailer de base, concentrons-nous sur le produit final.

D’entrée de jeu on sent que ce film a été tourné dans la foulée de Resident Evil, dans le prolongement des expérimentations entreprises sur la franchise de Capcom. Loin de briller par sa réalisation, on retrouve tout de même une patte identifiable et des tics de mise en scène déjà mis en place pour son film de zombie tout public. Il reprend la même imagerie à base d’hologrammes déjà vus dans Resident Evil pour situer ses personnages dans l’espace de la pyramide. Une astuce, rendue possible grâce à la technologie des Predators, qui accentue un peu plus le côté gamer et dont use et abuse Anderson. Idem pour l’acteur Colin Salmon qui renouvelle sa collaboration avec le cinéaste pour finalement un rôle semblable et une mort qui l’est tout autant.

Ce type de crossover offre des adversaires à la hauteur pour chacun des opposants pour les personnages titres sauf en ce qui concerne les humains. En effet il manque vraiment des personnages forts et les jeux vidéo avaient plutôt bien contourné cette problématique en choisissant les Space Marines de Aliens en tant que référent pour le joueur. Ici on a le droit une ersatz de Ripley, femme forte oblige, afin de servir d’identification pour les spectateurs. De mémoire j’avais découvert cette actrice dans le film Blade où elle incarnait la mère du héros sans pour autant faire des étincelles. Ici on a toujours l’impression que les humains sont les arbitres de cette rencontre au sommet ou qu’ils sont partisans de rejoindre le camp du vainqueur. Leur préférence va toujours vers celui qui leur ressemble le plus, le Predator avec sa forme humanoïde devient donc le héros par défaut de ce film.

Il aurait pu en être autrement si le scénariste avait fait le choix de rajeunir un tant soit peu le personnage de Peter Weyland pour en faire une figure héroïque. Cela aurait permis de sortir du schéma girl power dans laquelle tourne en rond la saga Alien tout en gardant une tête connue de cet univers. En lieu et place le personnage sera à peine développer et terminera sur le tableau de chasse du Predator pour rejoindre, avec Bill Paxton, ceux qui ont eu l’honneur de se faire tuer par rien de moins que le Predator donc, mais aussi l’Alien et le Terminator. D’ailleurs pour ce dernier, son incarnation à l’écran par Arnold Schwarzeneger était d’actualité pour un caméo reprenant son rôle dans le premier Predator avant d’être annulé par ses nouvelles fonctions de gouverneur.

Ce feu croisée aura donc fait l’objet de beaucoup d’attentes et de déceptions, mais il reste un spectacle agréable à regarder. Demeurant le premier film mettant en scène sur grand écran les deux monstres sacrés du cinéma et rien que pour ça il mérite un minimum d’intérêt. À aucun moment le film d’Anderson ne prétend être plus que ce que son titre suggère, à savoir un affrontement titanesque entre deux espèces extraterrestre sur fond de prétexte tout ce qu’il y a de plus simple. Pire encore sa tagline: « Peu importe qui sera le vainqueur, nous serons tous perdants », s’adresse aussi bien aux héros du film pour décrire la situation désespéré dans laquelle ils se trouvent qu’aux spectateurs venus assisté à l’enterrement en grande pompe des deux franchises. Une déconstruction de ces mythes du 21ème siècle pour mieux les reconstruire dans ses dernières secondes avec une nouvelle espèce à la croisée des chemins.

Quand un film se termine là où il aurait dû commencer, cela donne l’impression d’une belle perte de temps. Surtout lorsque l’on voit de quoi est capable ce réalisateur lorsqu’il s’agit de mettre ses personnages sur orbite pour les confiner dans un vaisseau. Event Horizon, son troisième et meilleur film de sa filmographie, était assurément la promesse d’un survival horror tendu dans les couloirs d’un vaisseau. Ce Shining dans l’espace était lui-même une copie d’Alien et je ne pense pas que le public lui en aurait tenu rigueur si il s’était livré à un plagiat sur sa propre oeuvre. En lieu et place c’est l’oeuvre de Edgar Allan Poe qui s’est retrouvé piller, « Les montagnes hallucinées » plus précisément, là où « The Thing » aurait été plus approprié vu le lieu qui sert de décor à l’intrigue.

« ALIEN VS PREDATOR » WINS!

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