« ALIEN LA RÉSURRECTION » VS PROCRASTINATION
Le fossé critique creusé à partir du troisième opus crépusculaire semble toujours d’actualité avec celui-ci. Les deux premiers bénéficiant d’un statut culte tandis que les deux derniers ont une mauvaise réputation. Une sorte d’équilibre dans cette anthologie qu’il convient de voir dans son ensemble pour en apprécier toutes les nuances. Chaque film a été conçu sans se soucier si il y aurait une suite ou pas, sans laisser d’indices ou de pistes pour une future suite. D’ailleurs chacune a bénéficié d’un temps assez long allant de 7 ans entre le premier et le deuxième puis 6 ans pour arriver au troisième et enfin 5 ans jusqu’à celui-ci. Un temps bénéfique pour developper une histoire sans pour autant disparaître des écrans radar du public. De nos jours ce cas de figure n’est plus possible, on nous vend une trilogie avant la sortie d’un premier film. Je crois que c’est pour cette raison que j’aime autant cette saga.
Chaque film réussit l’exploit de pouvoir se voir indépendamment des autres en ayant chacun son histoire à raconter. Bien sûr avec un petit briefing avant, ce dont se charge quelques dialogues disséminés ça et là (Référence a Newt, la voix du vaisseau s’appelle « Père », un androïde, Ripley est le 8ème clone,…), afin de ne pas exclure les spectateurs. Peut-être est-ce pour cette raison que la saga bénéficie du talent d’auteurs très différents sur chaque opus. Contrairement à son prédécesseur, Jean-Pierre Jeunet n’en ait pas à son coup d’essai lorsqu’il se lance dans l’aventure. Enfin oui et non. Pour la première fois de sa carrière, il réalise non seulement son premier film sans Marc Caro, son complice depuis ses deux premiers films, mais aussi son premier film aux Etats-Unis. Les producteurs continuent donc d’employer des réalisateurs à la personnalité bien affirmée et celle de Jeunet est tout à fait identifiable en plus de se fondre dans l’imagerie de la saga. Et d’après les propos de ce dernier, les premiers semblent avoir appris de leurs erreurs sur le troisième opus en lui laissant une certaine liberté créative, chose dont n’avait pas bénéficié David Fincher en son temps.
Autant David Fincher avait renié son film autant ici c’est Joss Whedon qui lui emboite le pas. En terme de femme forte le bonhomme a déjà donné avec Buffy et plus encore avec le thème de la réssurection sur laquelle repose toute une saison de la tueuse et dont le twist est assez horrible dans le genre. L’homme de la situation donc pour ramener Ripley à la vie. Selon lui son script, que je trouve plutôt bon et inventif compte tenu de la conclusion définitive qu’offrait le troisième, a été gâché par un casting loin d’être à son goût et révélant la plupart des twists de son histoire. Une histoire que Jeunet a décidé de raconter avec des acteurs venus tout droit de ses précédents films et avec son humour si particulier faisant de ce groupe de mercenaires une sorte de Gardiens de la galaxie avant l’heure. Des losers parmi lesquels on peut compter Dominique Pinon, Ron Perlman mais aussi des nouveaux venus comme Wynona Ryder. Ce petit groupe sera amené à graviter autour de l’éternelle Ripley, clonée et devenue une sorte de Blade, mi-humaine mi-Alien. Une fois de plus le personnage de Sigourney Weaver ne cesse d’évoluer d’un film à un autre.
La créature imaginée par HR Giger trouve enfin le bonne équilibre pour illustrer sa nature oscillant entre organique et mécanique. L’alternance entre l’animatronique et les images de synthèse vient magnifier ces deux aspects de la meilleure des façons à l’écran. Là où le troisième opus revenait au source du film original avec un seul Alien, celui-ci semble vouloir aller dans la débauche de monstres dont avait fait preuve James Cameron. Sans le savoir faire cher au créateur du Terminator, mais avec plus de moyen qu’à l’époque, on peut enfin voir toute une nuée d’aliens se mouvoir d’une façon inédite et notamment sous l’eau. Cette scène, oppressante à souhait, permet de leur donner une gestuelle inédite. Pour continuer dans l’inédit, et pour le coup on s’en serait bien passé, cet opus comme ses prédécesseurs, inclus un nouveau type de Xénomorphe: un croisement entre l’ADN de l’héroïne et l’Alien. Un concept qui a sa place au sein de l’histoire mais qui est gâché par un design très maladroit, seule la couleur blanche vient donner une touche d’originalité à cette abomination. Ce contraste avec le noir ébène de la race originelle le rend plus humain, et c’est l’effet recherché, mais malheureusement ça ne prend pas.
Histoire de ne pas terminer le film sur l’affrontement réglementaire entre Ripley et sa némésis à la peau fripée, l’épilogue se chargera d’ouvrir une porte vers une suite qui ne verra jamais le jour. Une première dans l’histoire de la saga mais aussi une dernière puisque « la ressurection », titre porte malheur, signera la fin de la quadrilogie. Les perspectives prévues étaient pourtant réjouissantes avec l’arrivée de l’équipage sur Terre. Une destination loin de les réjouir ce qui rend notre chère planète d’autant plus intriguante dans le cadre de ce futur apocalyptique. Nous n’en verrons qu’un Paris en ruine que Jean-Pierre Jeunet va se charger de reconstruire et de magnifier pour son film suivant: Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. De son coté la franchise en restera là dans son exploration pour revenir à ses fondamentaux avec Prometheus et un retour aux affaires de Ridley Scott. Pour ma part je ne vois pas ce film comme le quatrième d’une saga car pour moi le troisième clôturait l’aventure de Ripley à merveille, au mieux on peut le considérer comme un épilogue. Je vois le vois plus comme le premier opus d’une nouvelle trilogie qui n’a hélas jamais vu le jour.
« ALIEN LA RÉSURRECTION » WINS!






