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American Horror Story: en toute subjectivité

Il y a des séries qui font des épisodes spécialement pour Halloween, puis il y a American Horror Story. Une anthologie horrifique où chaque saison est détachée de la précédente et de la suivante, mais qui conserve la même troupe d’acteurs. Cette série d’horreur se prête donc plutôt bien à un classement à l’occasion de la fête des Morts. Mais bien qu’elles soient indépendantes les unes des autres, je me suis appliqué à les voir dans leur ordre de sortie. Même s’il est tentant de se dire que la série n’a cessé de se bonifier année après année, cela ne reflète pas forcément mon ressenti.

C’est peut-être vrai techniquement, ainsi que dans l’écriture toujours plus poussée, mais mon appréciation dépend grandement du thème central. En effet, chaque saison aborde une thématique unique qui est explorée à travers une intrigue principale, et des flashbacks. On suit donc les répercussions de ce que l’on pourrait voir comme une malédiction qui se répète à travers le temps. On passe d’une époque à une autre, d’un groupe de personnages à un autre, et tout cela finit par se rejoindre en un tout cohérent dans les derniers épisodes. Une structure narrative un peu déroutante au début, mais qui n’a cessé de s’affiner au fil des saisons.

Au final, mon classement ne perturbera pas trop les habitués d’American Horror Story, puisque les saisons seront tout aussi mélangées que ne peuvent l’être les différentes intrigues.


1.AHS Saison 6: ROANOKE

Roanoke n’est ni plus ni moins que la clé de voute soutenant la structure entière de cette série. C’est le sésame qui permet de déchiffrer la formule anthologique et ses différentes connexions. Ces dernières ne sont pas sans poser quelques problèmes dans le cas d’une rencontre entre deux personnages, incarnés par le même acteur. Mais la narration atypique de cette sixième saison permet de contourner cette problématique de la plus surprenante des manières.

Séparée en deux parties, l’intrigue se concentre dans un premier temps sur une émission à sensations. Cette dernière se charge de relater des faits réels par l’intermédiaire d’acteurs reconstituant les événements tragiques: le cauchemar de Roanoke. C’est alors qu’à mi-chemin, la saison prend une tout autre tournure en confrontant les comédiens aux personnes ayant survécu à cette tragédie. Dès lors, on peut voir l’intégralité d’American Horror Story par ce prisme. Un niveau de lecture qui s’applique autant aux saisons qui ont précédé, que toutes celles à venir. Une masterclass.

2.AHS Saison 7: CULT

Un épisode sur une thématique que l’on n’apprécie guère, on peut passer outre. Mais lorsqu’il s’agit d’une saison entière, cela peut vite devenir long. Lorsque j’ai su que cette septième fournée allait faire l’objet d’un sous-texte politique, j’y suis un peu allé à reculons. Non seulement je n’étais pas intéressé, mais je ne croyais pas non plus au potentiel de ce sujet. Ou en tout cas de la peur que cela pouvait susciter chez moi. J’avais notamment des doutes quant au fait d’utiliser l’accession de Donald Trump à la présidence comme point de départ. Jusque là, la série avait toujours trouvé sa matière première dans des faits lointains.

L’utilisation de cet événement médiatique très récent dans l’actualité était à mon sens complètement contradictoire. Mais une fois de plus, American Horror Story m’a donné tort. C’était donc sans compter sur les partisans de cette personnalité d’extrême droite et les mouvements sectaires que cela peut engendrer. De quoi alimenter toute une saison sur ces dérives et la violence qui en découle. Une prouesse de la part des scénaristes qui ont su être réactifs, et surtout inspirés par les élections de 2016. Cette saison 7 étant sortie en 2017, ils n’auront que peu de recul pour porter un regard aussi engagé sur cette page de l’Amérique. Tellement que même en dehors du canon d’AHS, Cult est une oeuvre culte.

3.AHS Saison 5: HOTEL

Certains hôtels ont des punaises de lit, d’autres ont des parasites beaucoup plus mortels. Celui de cette cinquième saison, le Cortez, abrite en son sein des esprits, mais surtout des vampires. Plus précisément, une vampire, la Comtesse, incarnée par Lady Gaga. Je dois avouer que je redoutais un peu de voir la chanteuse s’essayer à la comédie avec des partenaires de jeu très expérimentés. Mais la star se met vite au niveau ce qui permet de se concentrer l’histoire, et par extension sur l’architecture de l’hôtel. C’est lui la véritable star de cette saison.

Pour le magnifier, la mise en scène le filme sous toutes les coutures. Ou plutôt, sous toute sa structure. On y voit l’envers du décor, et l’effet de style du fish-eye trouve enfin une justification symbolique comme étant le regard d’un voyeur à travers un oeilleton. Mais mon propre regard de spectateur est quant à lui beaucoup plus critique sur les connexions avec les autres saisons. Non seulement elles se font plus récurrentes, ce qui exclut une partie du public qui suit la série aléatoirement, car anthologique, mais le recyclage du casting trouve aussi ses limites. En effet, en incarnant plusieurs rôles, certains personnages sont voués à ne jamais se rencontrer.

4.AHS Saison 2: ASYLUM

Cette saison est la première à voir revenir toute la troupe d’acteurs, plus quelques nouveaux, dans des rôles totalement différents. De quoi rendre complètement fou, et ça tombe bien puisque l’intrigue prendra place dans un asile. Un lieu poisseux à souhait, dans lequel vont évoluer des personnages que ne renierait pas l’asile d’Arkham. L’ambiance de cet environnement a été décisive dans le fait d’accrocher un peu plus à la série, et à sa narration si particulière. La folie y est palpable, les comédiens se donnent à fond dans ce registre. 

Il faut dire aussi qu’ils sont grandement aidés par une musique entêtante qui ne cesse d’être chantée tout au long des épisodes. En tant que spectateur, difficile de ne pas se voir progressivement basculer parmi les personnes internées dans cet institut psychiatrique. Mais ma suspension d’incrédulité s’est vue déstabilisée par cette sous-intrigue mentionnant des extraterrestres et qui ne trouve aucun aboutissement. Cette irruption de la science-fiction dans le fantastique aurait pu être une bonne idée si elle avait été mieux traitée, mais qui fait ici office de hors-sujet.

5.AHS Saison 4: FREAK SHOW

Comme beaucoup d’enfants, la phobie des clowns s’est manifestée par l’intermédiaire du téléfilm Ça, adapté du roman de Stephen King. On en retrouve dans ce freak show, mais pas que. Comme pour Nightmare Alley, c’est toute une troupe que l’on suit pour un résultat plus proche de La maison des 1000 morts de Rob Zombie. Après la sobriété de Coven, on retrouve donc le côté crade qui a fait la renommée d’American Horror Story. Toutefois, ce n’est pas cette débauche d’hémoglobine qui m’a attiré, mais le côté touchant de ces monstres de foire.

Derrière leur apparence monstrueuse, il y a une certaine fragilité qui ressort de cette galerie de personnages. Leurs failles sont d’autant plus mises en relief à travers l’interprétation de deux titres de David Bowie (Life on Mars et Heroes) à l’occasion de plusieurs représentations. Cela insuffle une dimension cinématographique à laquelle va venir se joindre une réalisation toujours plus inventive. Je pense notamment à l’utilisation du split-screen qui se justifie pour donner le point de vue des soeurs siamoises. D’une certaine manière, la série l’est elle aussi, siamoise, dans le sens où l’on peut également voir des raccordements avec la deuxième saison.

6.AHS Saison 8: APOCALYPSE

Après 7 saisons à proposer des histoires passionnantes, ou au moins intéressantes, celle-ci fut ma première grosse déception. En cause, un crossover entre Coven et Murder house qui empêche à cette apocalypse d’imposer sa propre identité. Outre le fait que ces connexions requièrent d’avoir vu les saisons en question, et s’éloignent donc du caractère indépendant qui a fait toute la particularité de cette série, c’est toute une imagerie qui est sacrifiée sur cet autel. J’aurais tellement aimé en voir plus de cette fin du monde à base de brume, de silhouettes au masque de corbeau, des infectés…

Tous ces éléments d’extérieurs ressortent d’autant plus que l’on passe la majeure partie de cette timeline dans un bunker aux couloirs qui se ressemblent, et à la faible luminosité. Un décor qui avait été utilisé à merveille dans 10 Cloverfield Lane et j’en attendais au moins autant dans AHS. Mais la narration reposant principalement sur les flashbacks, d’autres intrigues prennent donc place avant cette fameuse apocalypse. Ce titre sonnait comme une potentielle apothéose, mais il n’en est rien: on passe la majeure partie du temps sur les préparatifs menant à l’avènement de l’antéchrist. Décevant.

7.AHS Saison 3: COVEN

Parmi les innombrables monstres du bestiaire surnaturel, les sorcières étaient tout indiquées pour figurer au centre d’une saison d’American Horror Story. Malheureusement, celle-ci était un peu trop propre sur elle par rapport à ce qu’avaient instauré les précédentes. Cet aspect gore atténué, il en ressort un petit côté Charmed loin d’être très flatteur pour l’une des séries les plus subversives. Cette impression est d’autant plus accentuée que l’histoire se concentre uniquement sur la branche féminine de la magie.

Naturellement, le casting réquisitionne une grande partie des femmes, mais aussi quelques hommes pour pouvoir traiter convenablement du féminisme. Ils sont loin d’être les bienvenus, contrairement à la jeune Zoé qui est accueillie par d’autres de ses semblables. Impossible de ne pas penser aux X-men avec cette adolescente qui va découvrir ses pouvoirs tout en gérant les rivalités avec les siens. Et les autres clans de sorcières. Le développement de cette mythologie occulte fait partie des rares bons points de Coven.

8.AHS Saison 1: MURDER HOUSE

Pour moi, American Horror Story était synonyme d’horreur dans le style de Massacre à la tronçonneuse. J’étais donc assez réticent à l’idée de voir cette ambiance s’étaler sur une dizaine d’épisodes. Une fois cette appréhension passée, j’ai découvert cette histoire de maison hantée dans laquelle évolue un personnage en combinaison de latex noir, des pieds à la tête. Son identité va susciter la curiosité des occupants de la demeure, mais aussi les terrifier.

Pour ma part, j’ai plutôt été décontenancé. Je dois avouer qu’il m’a été difficile d’accrocher à cette première saison. On sent que les créateurs cherchent encore leurs marques et l’identité de leur show. J’ai moi-même failli abandonner jusqu’à ce que les différentes intrigues se rejoignent en un tout cohérent. C’est ce qui m’a convaincu de poursuivre l’aventure, et la promesse de revoir Zachary Quinto dans la peau d’un autre personnage. 


1984, Double Feature, NYC ou encore American Horror Stories: toutes les saisons suivantes manquent à l’appel de ce classement. En cause, la désillusion que fut AHS: Apocalypse et qui a fait que je n’ai pas enchainé avec la suite. Depuis, j’ai digéré ma déception et ce classement m’a donné envie de me replonger dans cet univers macabre. Cet article sera donc mis à jour au fur à mesure de mon visionnage, et j’ai hâte de voir où ces nouvelles histoires vont trouver leur place parmi ce top.

Je ne demande qu’à ce qu’il soit chamboulé, et non que ces saisons viennent prendre la neuvième place, dixième place… Si c’est le cas, cela voudra dire que la série aura perdu en intérêt et en qualité. Mais très sincèrement, j’en doute fort. Cette anthologie a toujours su me faire vibrer. Même les saisons que j’estime le moins. American Horror Story n’a pas son pareil pour déterrer nos peurs les plus profondes. Que ce soit à travers de superbes posters, ou des génériques toujours plus malsain et inventif.

Même si l’on aimerait que chaque saison se développe sous la forme d’un spin-off, au bout du compte on a toujours la sensation d’avoir assisté à une histoire définitive selon le sujet abordé.

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