FOMO n’est pas un faux mot.
Il s’agit de l’acronyme pour Fear Of Missing Out.
C’est un terme qui a gagné en popularité durant le premier confinement pour refléter l’étrange comportement d’une partie de la population. Dont le mien. En effet, comme beaucoup, j’avais notamment peur de « rater » mon isolement si je n’utilisais pas ce temps limité à bon escient. Une crainte d’autant plus renforcée lorsque l’on a une forte tendance à la procrastination.
Pour la plupart, cela s’est traduit par une hyperconnexion afin d’être au courant du dernier événement en date pour profiter de la moindre interaction sociale. Pour moi, cela concerner aussi des sorties, mais des sorties cinéma, de comics, de jeux vidéo… Tous ces supports recèlent une quantité astronomique d’oeuvres que je m’efforce de relayer ici, à travers ce webzine.
D’où son nom.

C’est là un moyen pour moi d’être raccord avec l’actualité, mais surtout avec ma consommation assez conséquente en la matière. Ce regroupement sous diverses catégories est donc la solution que j’ai trouvée, puisque je suis dans l’impossibilité de faire des articles pour chaque oeuvre. Quand bien même, chaque contenu ne mérite pas une publication. Par contre, d’autres oui, et c’est l’objet du disclaimer qui suit.
Disclaimer:
Certaines des critiques ci-dessous sont amenées à se développer dans des articles à part entière. Tout dépend de l’intérêt que je porte à l’oeuvre en question. Cela peut être par envie de donner à une découverte plus de visibilité, ou d’avoir à coeur d’analyser dans le détail un coup de coeur. Si l’une ou l’autre de ces conditions est au rendez-vous et que je dispose d’un point de vue qui n’a pas encore été abordé ailleurs, alors je me réserve le droit de lui consacrer une future publication pour revenir en long et en large sur le sujet. Il est alors possible que vous ayez une impression de déjà vu à la lecture. Et pour cause, je vois les critiques qui vont suivre comme de potentielles ébauches.
Mais ne vous y trompez pas, ici ça spoile à balles réelles alors gare aux révélations!
Si malgré cet avertissement vous ressentez le besoin de parcourir ce qui va suivre, alors c’est que vous êtes potentiellement atteint par le syndrome FOMO.
Bienvenue au club.
Dans le club de ceux qui préfèrent perdre quelques minutes à lire une critique, plutôt que de s’investir des heures durant dans une oeuvre qui pourrait potentiellement leur déplaire.
CINÉMA
Antman et la Guêpe: Quantumania / Shazam! La rage des dieux
Dans leur écurie respective, Marvel et DC Comics, ce sont peut-être les super-héros les plus inoffensifs. Ou du moins, les moins importants à l’écran en terme de retomber dans leur univers partagé. Alors inconnus du grand public jusqu’à il y a peu, Shazam et Antman étaient considérés comme des personnages de seconde zone. Mais leurs adaptations au cinéma en ont fait des superstars pour les spectateurs en overdose de Superman, Batman, Spider-Man et autres Avengers. Une popularité qui s’applique jusque dans le scénario, et ce dès le début de Antman et la Guêpe: Quantumania.
On retrouve ainsi Scott Lang aimé de tous depuis les événements d’Avengers Endgame. Il a enfin la reconnaissance qu’il mérite, et cela se traduit d’une manière un peu similaire à l’attitude de Peter Parker dans le troisième opus de Spider-man par Sam Raimi. Sans le côté gênant. On le confond d’ailleurs avec son homologue du MCU à plusieurs reprises. Une méprise qu’il encaisse avec le sourire, bien trop heureux d’être adulé. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, un monde dans lequel il a retrouvé sa fille, devenue une adolescente.

Cette dernière est devenue une activiste luttant contre les injustices de ce monde, et c’est dans ce contexte qu’on la découvre. Ou plutôt, qu’on la redécouvre. En effet, l’actrice Emma Fuhrmann a été remplacée par Kathryn Newton dans le rôle de Cassie Lang. Un changement loin d’être perturbant, par contre, ses motivations ont de quoi interroger. Ainsi, elle n’hésite pas à sermonner son père pour mieux mettre en avant ses propres actions: la défense de personnes ayant perdu leur logement depuis le claquement de doigts de Thanos.
Une exploration intelligente de cet événement qui aurait pu être relié à l’élément déclencheur. Ce qui n’est pas le cas. Et pour cause, je ne vois pas le rapport entre une manifestation pour les sans-abris, et la création d’un satellite quantique. Pourtant, c’est à partir de ce projet de longue haleine, et de sa démonstration, que Cassie plonge par accident toute sa famille dans ce monde hostile. Cela aurait pu au moins être justifié à la manière de Downsizing, comme un prétexte pour palier à la surpopulation mondiale. Pour gagner de l’espace vital.

Faute d’une justification cohérente pour lier l’ensemble, ce saut dans l’inconnue perd de son importance. Dommage de ne pas avoir soigné cette entrée en matière pour un film qui repose entièrement sur le royaume quantique. Malgré tout, cette facilité scénaristique est bien vite oubliée pour se concentrer sur ce nouvel environnement riche en détail. Après la frustration qu’aura été Antman et la Guêpe en ne s’aventurant que trop peu dans ce monde, le temps de sauver Janet, on peut enfin l’explorer durant presque la totalité de ce troisième film.
Par contre, ce long-métrage de Peyton Reed gère beaucoup moins bien la gestion temporelle entre les différents niveaux de réalité. Là où l’on apprenait que dans Avengers: Endgame le temps s’écoulait plus lentement dans le royaume quantique, ce qui avait valu à Scott une absence de 5 ans, ici cette exposition prolongée semble ne pas poser de problème. Alors que cela aurait pu précipiter le récit dans une forme d’urgence. Autre règle bafouée: il est désormais possible de respirer sans son casque. Idem lorsque les personnages sont en mode géant.

Là encore, le scénario offrait une alternative à la contrainte de voir des personnages ne jamais être à visage découvert. Cela aurait pu être contourné par cette substance qui leur permet de parler le même langage que les autochtones. Ces derniers sont alors l’occasion de proposer des personnages tous plus loufoques les uns que les autres dans leur design. Les décors dans lesquels ils évoluent sont eux aussi psychédéliques. C’est généreux à souhait, même si la profusion de fond vert rend tout cela très plat.
Mais qu’il s’agisse des protagonistes ou des arrières plans qu’ils peuplent, rien de tout cela n’est iconisé. Le seul à pouvoir réellement y prétendre, c’est Kang. Aperçu dans la série Loki, et amené à apparaitre dans la prochaine saison au regard de la seconde scène post-générique, c’est un ennemi loin de ce qu’Antman a eu à affronter dans ses aventures solos. Lui qui n’a jamais eu la prétention de s’exposer à des menaces interplanétaires, cette fois-ci, il voit les choses en grand. Même si, paradoxalement, on perd la notion de perspective dans le royaume quantique.

Mais qui dit royaume, dit roi, et Kang est tout désigné pour s’autoproclamer en tant que tel. L’incarnation de Jonathan Majors y est pour beaucoup. Son charisme naturel lui permet de s’imposer à l’écran sans trop de difficulté. Mais il demeure un personnage sous-exploité au regard de ses pouvoirs. En effet, il est fait plusieurs fois mention de sa capacité à contrôler le temps, sans que jamais cela ne serve les enjeux de l’intrigue. Pourtant, le trailer allait dans ce sens, dans une offre permettant à Scott de rattraper le temps perdu avec sa fille.
Il n’en est rien, cette dernière ne sert que de monnaie d’échange afin de forcer Ant-man à dérober un McGuffin. Au moins, les capacités de cambrioleur du héros sont intactes. On ne peut pas en dire autant des autres personnages qui perdent de leur personnalité. Je pense notamment à Hank Pym qui n’est plus aussi taquin qu’avant envers son gendre. Il a l’air souvent absent et manque de réaction lorsque sa femme lui annonce qu’elle a eu une relation avec le caméo de Bill Murray. Finalement, la surprise du casting vient surtout de l’un des sbires de Kang: Modok.

Un méchant casse-gueule à adapter en live, littéralement. Visuellement, on pourrait le résumer à une tête flottante. C’est Corey Stoll qui lui prête ses traits, et rien d’autre, pour une réinvention de son personnage, le Yellowjacket, ayant échoué dans cette dimension à l’issue du premier Ant-man. Mais si le ridicule ne tue pas, le sort réservé à cet ennemi est loin d’être une surprise. Ce qu’il l’est plus, ce sont ces dernières paroles absolument hilarantes. D’ailleurs, l’humour n’est pas forcément au centre de Quantumania.
Cela se ressent d’autant plus avec l’absence de Luis et de son crew qui participaient au capital sympathie de la franchise. La musique manque également à l’appel pour donner une autre dimension aux images. Celle utilisée dans le premier trailer, la reprise de Yellow brick road d’Elton John, collée parfaitement à cet esprit bizarroïde et ne demander qu’à figurer au montage. Toutes ces occasions ratées donnent donc une impression mitigée à Ant-man et la Guêpe: Quantumania. Rien de surprenant en ce qui me concerne, les précédents opus m’ayant fait le même effet.

Par contre, chacun d’entre eux a été revu à la hausse à chaque revisionnage. Peut-être en sera-t-il de même pour celui-ci. Mais cet opus peut au moins se vanter d’avoir comblé ma déception suite à Avatar: la voie de l’eau. Tout ce que je reprochais au blockbuster de James Cameron (manque de diversité dans les paysages extraterrestres, un bestiaire loin d’être varié, des incohérences dans le langage utilisé entre les différents personnages outre la barrière de la langue…) a ici été rectifié. Et vice versa.
Mais s’il y en avait un qui été en compétition directe avec la suite d’Avatar, c’était bien Shazam! La rage des dieux. Programmée à quelques jours d’intervalle en décembre dernier, la production de David F. Sandberg a finalement vu sa date de sortie repoussée. Après visionnage, force est de constater que même sans la rivalité d’Avatar: la voie de l’eau dans les salles, ce nouveau film DC Comics était loin d’avoir les capacités pour créer l’événement. Ce temps supplémentaire ne semble pas avoir été utilisé à bon escient pour améliorer cette suite au succès surprise de l’original.
Enfin, il serait plus judicieux de parler d’un nouvel épisode que d’une séquelle. En effet, la piste lancée dans la scène post-générique, voyant la rencontre entre Thaddeus et la chenille Mister Mind entre les murs d’une prison, n’est absolument pas utilisée comme base. C’est un tout autre récit qui est développé, celui qui explore les conséquences liées au bâton magique qui fut brisé par Shazam pour empêcher son ennemi de s’approprier ses pouvoirs. Cet artefact est exposé dans un musée lorsque débute La rage des dieux, et c’est là que l’on fait la connaissance de ces derniers.

Et encore, s’agissant des filles d’Atlas, ce sont plutôt des nymphes si l’on se fit à la mythologie grecque. Au nombre de trois, désormais plus rien ne les retient dans leur quête de pouvoirs et de destruction. Même si leur groupe fait le double de ce trio maléfique, la Shazam Family ne sera pas de taille. Une taille adulte qui plus est. Mais ils seront aussi la cible de cette menace sous leur forme adolescente. Ce groupe de super-héros n’est alors pas aussi soudé que la famille recomposée qu’ils forment dans le privé.
Ce n’est pas faute de voir Billy Batson essayer de coordonner ses frères et soeurs de coeur. Mais rien n’y fait. Il faut dire aussi que le héros titre est bien plus idiot sous son apparence héroïque qu’en tant qu’enfant. Une impression qui ressort d’autant plus avec un temps d’écran particulièrement réduit pour le casting de teenagers. C’est dommage car leur intrigue était bien plus intéressante à suivre. Notamment celle de Billy qui est à l’aube de la majorité, et dont l’aide sociale est sur le point d’arrêter de subvenir à ses besoins.

Un aspect terre à terre qui sera occulté par la partie fantastique. Les personnages en seront littéralement prisonniers avec un dôme venant recouvrir la ville de Philadelphie. Dès lors, c’est un festival d’effets spéciaux qui se déploie jusqu’au climax. Mais surtout jusqu’à l’overdose. En effet, non seulement les ennemis qui usent de ces CGI sont loin d’être charismatiques, mais leurs pouvoirs n’offrent rien de nouveau. Depuis Inception et Doctor Strange, le système de téléportation à base de décors qui bougent n’est plus aussi impressionnant.
Néanmoins, cela reste une belle illustration d’à quel point le film fait du surplace. Avec une durée avoisinant les 2h10, c’est beaucoup trop long pour ce qu’il y a raconté. Pire, le scénario n’utilise même pas à bon escient certains éléments de set up / pay off pour les besoins de son climax. Particulièrement le fameux monstre qui se cache derrière l’une des portes magiques, et dont on n’entendra plus parler. Quand bien même, l’utilisation de ce fusil de Tchekhov n’aurait rien changé à la qualité du film. Pas plus que le caméo de Wonder Woman.

La seule chose qui aurait réellement pu sauver cette production, c’est la présence de Black Adam en guise d’opposant. Dwayne Johnson ayant décidé de la jouer solo, il a condamné ces deux longs-métrages à l’échec critique et commercial. Mais grâce à son excellent premier opus, Shazam! La rage des dieux conserve un bon capital sympathie. David F. Sandberg derrière la caméra et Zachary Levi devant n’y sont pas pour rien. À eux deux, ils mettent en scène un personnage à la fois à la recherche de son nom de super-héros, mais aussi à se faire un nom parmi tous ceux qui existent déjà.
COURT-MÉTRAGE
Welcome to Hoxford
Les fans films servent souvent de carte de visite pour se faire repérer par un studio. Nombre de cinéastes ont commencé ainsi avant de se voir offrir leur premier long-métrage. En toute logique, Julien Mokrani aurait dû suivre le même chemin. Surtout après Batman: Ashes to ashes qui avait fait parler de lui en guise de bande démo. Et même s’il fut un temps question qu’il réalise l’adaptation de la bande-dessinée Les sentinelles, Welcome to Hoxford semble être son dernier coup d’éclat.
Un court-métrage qui remonte à 2011, et qui pourrait résumer la position de Julien Mokrani dans le cinéma français. Comme son personnage, il a été banni de la société après avoir commis un crime. Ici en l’occurrence, il s’agit de son fan film sur l’homme chauve-souris, un sacrilège qui l’aura catalogué dans l’hexagone. Bon à enfermer et sans espoir de s’exprimer faute de projets sortant du drame et de la comédie française, le cinéaste va donc s’emprisonner dans ce genre qu’il affectionne.
Une prison dans laquelle il semble s’épanouir tout comme Raymond Delgado, fraichement transféré à Hoxford suite au meurtre de son co-détenu. De là à se demander où est passé le co-réalisateur de Batman: Ashes to ashes, Samuel Bodin… Le duo ne s’est pas reformé pour l’occasion, mais son complice est tout de même venu mettre la main à la pâte comme on peut le voir dans les coulisses. Celles consacrées au pénitencier sont tout autre, et il suffit d’un rien pour que ceux qui gèrent cette infrastructure voient leurs mains se transformer en pattes.
En effet, le directeur et ses gardes ne sont autres que des lycans, accueillant la nourriture dans leur garde-manger. La vidéo de présentation en noir et blanc est d’ailleurs assez terrifiante, dans le plus pur style de Bioshock ou de Lost. Dans un style rétro, le maitre des lieux y fait son discours de bienvenue à l’intention de ses nouveaux occupants. Le petit accent et le regard magnétique de l’acteur Arben Bajraktaraj lui donnent alors une présence extraordinaire. Mais c’est dans l’intimité de son bureau que l’on découvre sa véritable nature.
Filmer en vue zénithale, la caméra s’enfonce dans les abysses de cette pièce avant qu’une contre-plongée nous donne à voir les dessous de sa table, charcutée à coup de griffes. Une mise en scène qui impressionne en quelques plans et qui pose une ambiance malsaine. Mais cet antagoniste est loin de se douter qu’il vient de faire entrer un loup dans sa bergerie. Ce détenu incarné par Jason Fleyming n’a rien à envier à des criminels de la trempe de Riddick. Jusque dans sa diction et certaines répliques à la Pitch Black.
Il en a même l’allure avec son marcel et ses lunettes dont les verres sont masqués par des reflets de brume. C’est surtout son esprit qui est embrumé par Kronos. Une sorte d’entité Lovecraftienne qui lui sera plus qu’utile pour combattre des loups-garous que l’on croirait tout droit sortis d’Une nuit en enfer. Des créatures animatroniques fidèles au comics de Ben Templesmith dont est issu ce court-métrage. Julien Mokrani en a fait une belle adaptation, jouant sur les ombres pour composer des images qui marquent la rétine. Jusqu’à finir en apothéose avec un plan final digne d’une fresque.
SÉRIES
Star Wars: Obi-Wan Kenobi / Star Trek: Picard saison 1
Star Wars comme Star Trek ont leur lot de personnages iconiques. Beaucoup mériteraient un spin-off afin de les développer plus en profondeur. Encore faut-il choisir le bon angle pour l’aborder. La série Star Wars: Obi-Wan Kenobi optera pour la préquelle afin d’explorer une zone d’ombre de son passé. En situant son intrigue 10 ans après La revanche des Sith et 9 ans avant Un nouvel Espoir, les marges de manoeuvre étaient extrêmement limitées. En effet, le maitre Jedi est censé être en exile sur Tatooine durant cette période.

Après Le livre de Boba Fett qui se passait quasi-intégralement dans ce même environnement, il y avait de quoi craindre d’enfermer à nouveau le spectateur sur cette planète désertique. Contre toute attente, il n’en est rien. Arrow avait un cheminement similaire dans le sens où l’on était persuadé qu’Oliver Queen était resté sur son ile avant de rejoindre le continent. Mais ses flashbacks indiquaient le contraire saison après saison. Il a effectué bien des missions en dehors avant qu’il ne soit « sauvé ».
C’est le même cas de figure pour Obi-Wan qui va quitter le climat aride de Tatooine pour venir au secours de la princesse Leia, victime d’un kidnapping. Il délaisse donc la surveillance de Luke Skywalker pour retrouver sa soeur jumelle. Mais il va vite comprendre que cet enlèvement était en fait un piège destiné à le faire sortir de sa tanière. Une chasse à l’homme s’organise alors pour débusquer l’un des derniers Jedi ayant survécu à l’ordre 66. Kenobi devra donc faire face aux Inquisiteurs, un groupe d’adeptes du côté obscur.

À leur tête, le grand inquisiteur, mais surtout Dark Vador. L’ancien disciple du chevalier Jedi est depuis devenu une machine à tuer, et son ancien maitre obsède ses pensées. Le lourd passif qui les unit est résumé en ouverture de la série (avec un montage résumant les épisodes 1 à 3), mais aussi agrémenté. En effet, on assiste à la purge des apprentis Jedi dans le temple. Lieu où Anakin va planter, des novices bien sûr, mais aussi les graines d’une future trahison à son encontre dans la série.
Un flashback entre les épisodes 2 et 3 viendra également approfondir la relation entre le maitre et son élève, avec un rajeunissement pas toujours heureux pour ce dernier. Cela n’enlève rien au retour d’Hayden Christensen dans le rôle iconique. Mais même lorsqu’il porte le célèbre costume noir, l’acteur semble victime des pires effets spéciaux. C’est notamment le cas dans l’antre de Dark Vador dont le décor numérique fait très cheap. Un rendu qui fait très jeu vidéo, mais qui est pardonné par une scène faisant référence à Star Wars: le pouvoir de la force.
Une démonstration de force, littéralement, qui montre la détermination d’Anakin à mettre la main sur Obi-Wan. Ce dernier esquive tout affrontement, refusant de faire face à ses responsabilités. Et si dans l’ensemble la réalisation de Déborah Chow sur les 6 épisodes est plutôt bonne, certains plans montrent Kenobi sous un jour assez pitoyable. Je pense notamment à une scène de cache-cache qui le voit fuir son ennemi comme un lâche. Mais fort de leurs antécédents dans la prélogie, la tension entre les deux anciens frères d’armes est à son comble.

On retrouve d’ailleurs un montage alterné similaire à celui que l’on peut voir entre la mort de Padmé et la naissance de Dark Vador. Ici, cette connexion se fait tandis que Kenobi guérit de ses blessures dans une cuve de Bacta. Un châtiment que lui a fait subir Anakin en déclenchant un feu pour bruler son maitre. Oeil pour oeil semble donc être le mantra de Vador. Une scène très réussie où l’on ressent la peur chez Kenobi rien qu’à l’idée de croiser son ancien Padawan, devenu un cauchemar ambulant.
Une traque qui culminera avec un duel au sabre laser, qui entre en contradiction avec l’épisode 4. En effet, dans ce film fondateur, les deux chevaliers y évoquer un combat faisant référence à celui concluant l’épisode 3.
-La boucle est maintenant bouclée. Quand je vous ai quitté, j’étais votre disciple. Aujourd’hui, je suis le maitre.
Mais tout comme Obi-Wan avait arrangé la vérité en disant à Luke que Dark Vador avait tué son père, il en est de même pour ce dernier qui fait donc en fait allusion à cet affrontement dans la série, et non à celui sur Mustafar. Un problème de continuité qui n’en est pas vraiment un donc, tout dépend de comment l’on interprète cette réplique.

La série offre donc un nouvel éclairage sur la prélogie et la trilogie originale, tout en servant de pont entre elles. Ce qui aurait dû être un film à l’origine devient finalement une trilogie à part entière si l’on met bout à bout les 6 épisodes. Mais sa place au sein de la saga fait que certains dangers passent inaperçus. C’est le syndrome des préquelles qui implique que certains personnages disposent d’une immunité pour ne pas être en contradiction avec la chronologie. Par exemple, lorsque Owen Lars est menacé, jamais on ne prend peur pour sa vie.
Sa présence dans Un nouvel espoir ne fait aucun doute quant à sa survie. Un erreur que ne fera pas Star Trek: Picard saison 1. Cette série tombera dans un autre piège, même en situant son action après les films mettant en scène le célèbre officier de Starfleet. Son avenir restait à définir, tout pouvait lui arriver au cours de ce retour aux affaires qu’est ce spin-off. Mais les scénaristes ont jugé bon de lui rajouter une maladie par-dessus ce baroud d’honneur. Ce mal qui le ronge n’est alors pas aussi intéressant qu’espérer au regard de l’âge du personnage titre.

En effet, Picard est déjà suffisamment vieux pour que le fait de reprendre du service soit considéré comme un défi en soit. Il faudra donc qu’il compose avec cette sous-intrigue dont le traitement reste assez superficiel. Il en est fait mention lorsqu’il apprend la nouvelle, une autre fois au cours de la saison, puis à travers un malaise. On ne ressent pas vraiment cette sensation d’épée de Damoclès à son propos tout au long des 10 épisodes. Sa mort annoncée dès le début aurait alors pu être une fin osée pour le personnage.
Mais le renouvellement pour une deuxième saison en parallèle de la diffusion de la première aura enterré le suspense. Rester alors la possibilité de voir cette maladie s’étendre sur les saisons suivantes. Là encore, il n’en est rien. Picard meurt pour mieux renaitre. Autant dire que cela aura été bien inutile en termes de développement. De plus, j’ai du mal à croire qu’en 2385, une époque où il existe des androïdes, des vols hyper spatiaux ou encore la téléportation, que l’on ne puisse pas soigner une personne. Par contre, il est possible de la ressusciter.

Une incohérence qui aurait pu être contournée en mentionnant un virus extraterrestre incurable. Ce ne sont pas les recoins inexplorés qui manquent dans cet univers. D’ailleurs, j’avais peur de me perdre un peu dans cet univers étendu. Entre les films, les séries et toutes les déclinaisons, je redoutais le fait d’être submergé par un flot d’informations, de fan service, de name dropping… Moi qui ne suis familier que de quelques longs-métrages, et principalement de la trilogie rebootée de JJ Abrams, je suis loin d’être un Trekkie.
C’est pour dire, Patrick Stewart représente plus pour moi le Professeur Charles Xavier dans les X-men, que Jean Luc Picard. Mais son personnage est suffisamment bien introduit pour que l’histoire soit agréable à suivre. Picard nous est présenté dans le sud de la France en tant que retraité de la Fédération. Toutefois, il est persuadé de reprendre du service lorsqu’une personne vient solliciter son aide. Une femme qui semble avoir un lien de parenté avec son défunt ami Data. Un androïde. Cette saison va donc d’appliquer à percer ce mystère à travers diverses rencontres.

Même si la structure du récit est assez simple à suivre, la mythologie de Star Trek vient complexifier l’ensemble. Loin d’être un puriste, sans pour autant être un novice, je me suis senti désorienté. Je connaissais les Borgs, les Klingons, la Fédération et j’en passe, mais pas suffisamment pour m’impliquer totalement. Petit à petit, mon intérêt est donc allé décroissant, et même si le dernier double épisode a relevé le niveau, il était déjà trop tard. Je ne regarderais donc pas les saisons suivantes.
Du moins, pas avant d’avoir repris cette licence à son commencement pour en comprendre les tenants et aboutissants. Maintenant, je comprends ce que ça fait de se sentir étranger à une licence même si elle peut paraitre familière. Où il faut avoir vu tous les films, toutes les séries, comme le MCU en somme. Comme l’impression d’entendre un dialecte étranger tous les trois mots faisant référence à un événement antérieur ou à une coutume. Car autant les différentes espèces qui peuplent cet univers ont leur propre langue, autant Star Trek est un langage à part.
LITTÉRATURE
Alien: le rapport Weyland-Yutani
Certaines licences mises un peu trop sur la mise en abime. Certes, cela n’abime pas l’oeuvre en question, mais la prise de risque se révèle le plus souvent minime. Dans le cas de Alien: le rapport Weyland-Yutani, il y a de quoi crier au scandale. À l’image de la tagline que la saga a popularisé, et qui veut que dans l’espace, personne ne nous entende crier, il en est de même face à cet ouvrage. En effet, malgré une pagination assez conséquente, l’impression de vide intersidéral est plus présente que jamais. Au moins, la mise en abime va jusque dans son contenu. Une prouesse.

Finalement, on est raccord avec la fourberie dont est capable « La compagnie », et c’est son point de vue que ce livre adopte. Pour plus d’immersion, la lecture est agrémentée de feuillets collés par-dessus les pages, faisant office de notes supplémentaires. Le fameux rapport dans le titre trouve donc ici une justification puisque comme pour un vrai compte rendu, il y a des informations confidentielles qui se sont retrouvées masquer au marqueur. Les concepteurs du livre ont ainsi poussé le vice jusqu’à se mettre dans la peau de cette multinationale.
Hélas, cela dessert le livre en question puisqu’évidemment, il y a moins de lecture à se mettre sous la dent. Sans parler des yeux qui en prennent aussi pour leur grade avec des textes de couleur bleue sur fond noir loin d’être des plus agréables. Que reste-t-il donc à part des illustrations? Le contenu n’est malheureusement pas non plus des plus attrayants. Entre les vaisseaux et les véhicules qui sont décortiqués, la composition des planètes visitées, le descriptif des armes (surtout pour Aliens, évidemment) ou encore le fonctionnement des androïdes comme David ou Bishop, il y a beaucoup trop de termes techniques inutiles.

Les parties consacrées aux Aliens sont un peu plus intéressantes puisqu’elles détaillent leur cycle de vie de façon tellement poussée, que l’on croirait avoir entre les mains un manuel de science. J’y ai appris, entre autres, que le dernier stade du xénomorphe s’appelait le drone, tandis que les oeufs attendent qu’une personne soit dans leur champ d’action pour s’ouvrir. C’est beau la nature. Bien sûr, tout ceci est relaté sur une frise chronologique allant de 2012 à 2381, retraçant l’histoire de la société Weyland sur cette période. Ce qui implique donc un retour sur les événements de Prometheus, mais aussi sur un hypothétique cinquième épisode.
En effet, des pistes concernant un éventuel Alien 5 sont développées, et permettent d’avoir un aperçu de l’aboutissement du rêve de La compagnie. À savoir faire du xénomorphe une arme pour l’armée. Une idée que Jurassic World a explorée depuis en dressant les Raptors, mais qui est ici réduit à une poignée de pages venant clore cet ouvrage. Cela n’en reste pas moins la partie la plus intéressante avec des visuels sur des armes mi-mécaniques, mi-organiques à base de membres d’Alien. Idem pour les concepts d’armures reprenant la structure des créatures, ainsi que des boucliers et des casques.

En dehors de ça, de quelques anecdotes comme le fait que l’un des survivants du troisième volet ait sorti un roman relatant les événements de celui-ci, une théorie qui veut que les Ingénieurs soient nos frères et non nos créateurs, ou encore que la fille de Ripley ait également rencontré les xénomorphes, il n’y a pas grand-chose de neuf. À l’image de la Weyland Company qui a absorbé son principal concurrent, Yutani, dans la réalité, les détenteurs des droits que sont la 20th Century Fox se sont eux aussi fait racheter par une autre corporation: Disney. Reste maintenant à voir ce que Mickey décidera pour cette franchise qui n’a pas vu de nouveaux épisodes depuis.
FILMS
Cube 2: Hypercube / Cube Zéro / The Cloverfield Paradox
Un pas en avant, deux pas en arrière. Voilà comment avancent certaines franchises. Une suite, puis un épisode antérieur aux événements du premier film. Et souvent inférieures à l’original. C’est le cas de Cube qui aura laissé un avant et un après, aussi bien en termes d’inspiration, que d’exploration de son concept à travers une séquelle et préquelle. Succès surprise de 1997, jusqu’à acquérir un statut de culte, le long-métrage de Vincenzo Natali n’offrait pourtant pas de bases solides sur lesquelles partir pour un deuxième volet.

L’idée derrière Cube 2: hypercube est donc de reproduire cette formule. Ou on ne prend pas les mêmes, et on recommence. Suite oblige, le principe de la surenchère est appliqué pour ce précurseur de l’escape game grandeur nature. Ainsi, l’environnement acquiert une dimension supplémentaire et devient un tesseract. Le temps est donc une donnée essentielle à prendre en compte pour cette nouvelle galerie de personnages. Très vite, ils comprennent que chacun d’entre eux a contribué, d’une manière ou d’une autre, à concevoir leur propre prison.
C’est là un exemple de cloisonnement afin que personne n’ait accès à la totalité des informations. Ils vont alors devoir s’unir et partager leur savoir s’ils souhaitent s’en sortir. Ainsi, on explore avec eux ce dédale qui parait bien répétitif. En effet, à la différence du premier, ici les pièces n’ont plus de code couleur différent. L’impression de faire du surplace est donc d’autant plus accrue. Celle du déjà vu est aussi très présente. Cela se manifeste par une temporalité différente d’un cube à un autre.

Pour le coup, la mise en place de ces univers quantiques est plutôt bienvenue dans le cadre de ce casse-tête géant. Les réalités parallèles sont une chose difficile à gérer à l’échelle d’un monde entier, mais dans un espace confiné, c’est beaucoup plus gérable avec moins de variables. Autre donnée à prendre en compte: la gravité. Cette loi de l’attraction ne s’applique pas de la même manière dans chaque compartiment, ce qui participe à l’étrangeté ambiante. Tout comme les images de synthèses datées pour les pièges.
Mais succéder à Cube était déjà un piège en soi. Évidemment, cette suite souffre de la comparaison, sans pour autant être un mauvais film. Son concept d’hypercube ajoute même une dimension supplémentaire à la mythologie de cette franchise. La fin apporte également quelques éléments de réponse sur la nature de cet environnement. Moins abstraite, mais toujours aussi énigmatique, elle a au moins le mérite de servir de base pour la préquelle qu’est Cube: zéro. Ou l’envers du décor. On en avait déjà eu un aperçu dans la précédente production, là on rentre un peu plus dans les détails.

De fait, les personnages principaux ne sont plus les prisonniers, mais un duo de techniciens chargés de veiller au bon fonctionnement de ces installations. Tout comme il existe différentes stations Dharma dans Lost, il est sous-entendu qu’il en est de même dans cet univers. Chaque cube a donc son personnel attitré, et ceux-ci n’ont pas mis les pieds dehors depuis un moment. Ils vivent donc en autonomie, recevant leur ordre d’en haut, tout comme leur nourriture sous forme de pilules.
Une bonne idée qui fait allusion à Matrix, et qui aura le même effet révélateur sur un des protagonistes, jusqu’à remettre en question ses fonctions au sein de cette structure. Cette référence sera appuyée par l’enregistrement du rêve de l’un des rats de laboratoire qu’il est chargé d’observer. Une technologie bien avancée donc, mais qui contraste avec les pièges à la Saw, plus mécaniques. Et, qui plus est, de moins en moins inspirée. Il faut dire que l’inspiration va plutôt être mise à contribution pour les coulisses après deux films passés dans des cases.

Ainsi, que ce soit à travers un téléphone d’urgence cadenassé, ou les agents qui débarquent pour reprendre le contrôle de la situation, impossible de ne pas y voir une imagerie chère au cinéma de Terry Gilliam. Sans son génie pour la réalisation. Cette absurdité bureaucratique est donc ce qui régit les différentes facettes de cette infrastructure géante. Le mystère est donc résolu, offrant un nouvel éclairage sur le film original. Qui perd toute son originalité. Car tout ce qui faisait son charme, c’était cette inconnue. C’était le fait de s’interroger sur les responsables derrière ces expériences: des humains, des extraterrestres, une secte, le gouvernement…
Mais la culture du secret n’a pas toujours du bon. JJ Abrams en sait quelque chose pour avoir produit The Cloverfield Paradox. Si paradoxe il y a, c’est d’avoir annoncé la sortie de ce film alors que personne ne l’attendait. Aucune publicité, rien n’avait fuité. Mis à part un projet connu sous le nom de code God Particule, en rien relié à Cloverfield, personne ne se doutait qu’un troisième épisode de la saga avait été mis en chantier. Et qu’il serait disponible dès son annonce sur Netflix. Dès lors, les spectateurs n’ont eu aucun horizon d’attente pour théoriser dessus.

Quelque part, il en est de même pour les astronautes de cette aventure qui eux aussi n’ont plus d’horizon. En effet, suite à une expérience dans l’espace, la Terre a disparu de leur écran radar. Un pitch de départ prometteur dont la temporalité s’inscrit un peu avant le premier film, ce qui le place en tant qu’élément déclencheur du Cloverfield-verse. Après le found footage originel et le huis clos paranoïaque qu’était 10 Cloverfield Lane, on a donc un autre point de vue sur les événements que l’on connait.
Mais ce qui aurait pu être un croisement entre Gravity et Event Horizon se révèle finalement assez quelconque. Il y a bien quelques scènes ou plans qui sortent du lot, comme ce bras prisonnier d’un mur, l’eau qui gèle instantanément au contact de l’espace, la présence du célèbre Kaiju… Mais rien de vraiment transcendant. Même le twist, reprenant celui de la série Infiniti, n’est guère concluant dans sa mise en place. Au final, contrairement aux abonnés de Netflix, j’ai pu me faire un horizon d’attente en ayant attendu avant de le visionner.

J’ai pu digérer leurs retours, mauvais dans l’ensemble. Et c’est surement ce qui a participé à revoir mes attentes à la baisse, peut-être un peu trop étant donné mon appréciation générale. Oui, c’est clairement en dessous des deux excellents premiers longs-métrages, mais c’est moins pire que ce je pensais. Cela se raccorde plutôt bien avec l’ensemble, et j’ai hâte de voir un quatrième opus qui pourrait utiliser tous ces personnages issus de ces diverses aventures dans une nouvelle histoire.
COMICS
La horde du contrevent tome 1: le cosmos est mon campement / La horde du contrevent tome 2: l’escadre frêle / La horde du contrevent tome 3: la flaque de Lapsane
La horde du contrevent est un roman exigeant. Entre sa vingtaine de personnages ayant leur propre point de vue sur l’aventure, leur alternance d’un chapitre à l’autre avec un symbole pour les différencier, la construction de l’univers dans lequel les protagonistes évoluent, la mythologie que l’on découvre au fur et à mesure, le système créer spécialement pour l’occasion à base de ponctuation afin de définir le vent et sa puissance… L’investissement va bien au-delà du temps de lecture.

J’en ai fait l’expérience lorsque j’ai commencé l’oeuvre d’Alain Damasio, mais l’immersion ne fut pas au rendez-vous. Le seul vent qui m’a effleuré, c’est celui des pages lorsque je les tournais. J’ai donc vu l’adaptation en bande-dessinée comme une entrée en matière bien plus accessible. Et qui plus est adoubé par l’auteur en personne qui préface le premier tome qu’est La horde du contrevent: le cosmos est mon campement. La partie graphique étant assurée par le trait d’Éric Henninot, j’ai pu me concentrer sur l’histoire.
L’illustrateur se charge alors de mettre en scène ses propres mots, puisqu’il signe également le scénario. On a donc l’interprétation d’un seul artiste, plutôt qu’une répartition des rôles à ces différents postes. C’est sa vision de La horde du contrevent, sans le moindre intermédiaire. C’est sa relecture de ce qu’il a imaginé, comme un traducteur de l’imaginaire d’Alain Damasio pour ceux qui ne parlent pas sa langue. Même s’il utilise ce même vocabulaire qui n’aide pas à l’immersion, il facilite au moins la visualisation de cet univers atypique.

Première rencontre, premier constat: Je ne pense pas que j’aurais réussi à me représenter les Chrones. Il s’agit de sorte de bulles aux particularités différentes, comme la téléportation ou la régénération pour ceux qui passent au travers. Leur design est vraiment très réussi et participe à l’étrangeté de cet environnement. Cela m’a amené à m’interroger sur sa nature. Est-ce que cela se passe sur Terre, dans un passé ou un futur lointain, ou sur une autre planète? En l’absence de précision, les deux sont valables.
Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre possibilité, jusqu’à preuve du contraire, une planète est ronde. Ne serait-il pas alors moins éprouvant et dangereux pour la horde d’aller dans le sens du vent pour en découvrir son origine? Une question qui a justement de quoi remettre en question la totalité de cette épopée. Mais de toute façon, il était déjà trop tard pour faire marche arrière et j’ai donc enchainé avec le tome 2: l’escadre frêle. Celui-ci débute sur un flashback mettant en scène Golgoth et l’épreuve qui va faire de lui le leader de la Horde.

C’est là un individu exécrable qui ne va faire qu’attiser les dissensions au sein de son groupe. Un comportement qui ne va pas s’arranger lorsque l’on reprendra l’histoire là où on l’a laissé, avec en prime l’une de ses membres enceintes. Une condition loin d’être idéale pour affronter les éléments. Et ce n’est pas comme s’il y avait des solutions pour simplifier ce périple. Dès lors, il est impossible de ne pas voir en cette rencontre avec un groupe qui se déplace en avion un potentiel moyen de locomotion. Ne serait-ce que pour reprendre là où leurs prédécesseurs se sont arrêtés.
Mais une scène viendra justement justifier cette manière de procéder par l’intermédiaire d’un personnage se posant la même question. Pour toute réponse, il aura le fait que la horde a besoin d’endurer les épreuves afin d’être à la hauteur des défis qui se présenteront à eux plus tard. Ça tient la route, mais ça la rend plus compliquée à arpenter. Quand bien même, cela relève surtout de la tradition ancestrale que du bon sens, surtout au bout de plusieurs générations à faire le même chemin…

Et pour ne pas arranger les choses, on apprend également la présence de poursuiveurs. Ils sont comme des assassins chargés de forcer la horde à avancer. Du coup, j’en ai fait de même avec le troisième tome: la flaque de Lapsane. Plus qu’une flaque, c’est une étendue d’eau qu’aucune horde n’a jamais franchie. Cet itinéraire a fait l’objet de nombreux débats endiablé, car remettant en cause la cohésion du groupe. Mais surtout sa survie. Un raccourci qui pourrait leur faire gagner une année sur leur destination, ou raccourcir leur espérance de vie.
Mais leur existence importerait peu si elle n’était pas un tant soit peu développée. Ainsi, comme pour le deuxième tome, celui-ci s’ouvre avec un flashback centré sur le scribe du groupe. C’est la mémoire de la horde, celui qui relate leur parcours sur la terre ferme, ou les pieds dans l’eau. Et la noyade ne sera pas le seul risque encouru par ces hommes et ces femmes. Les Chrones sont toujours présents, dont un sous forme d’énigme. En effet, celui qui lit « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau » se retrouve alors à se vider de l’eau qui le compose.

Encore un concept que j’ai apprécié voir traduit en image par Éric Henninot. Pas sûr que le style d’Alain Damasio aurait suscité ce type d’imagerie si j’avais persévéré dans ma lecture. Mais contrairement au roman, cette adaptation ne dispose pas d’une pagination inversée en forme de compte à rebours. J’ignore donc combien de tomes il reste à paraitre avant de voir la horde arriver à destination, à l’extrême amont. Si elle y parvient. En attendant, j’ai hâte de continuer cette épopée contre vent et marée.
