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James Cameron: en toute subjectivité

À chaque film de James Cameron, il y a un avant et un après. En même temps, avec des initiales aussi messianiques, difficile de ne pas voir en lui autre chose que le sauveur du cinéma. Plus encore dans le contexte économique actuel où les exploitants de salles ont plus que jamais besoin de blockbusters pour ramener du public. Alors qui de mieux que celui qui a explosé le box-office avec Titanic, puis qui a lui-même dépassé son propre record avec Avatar? Mais James Cameron a aussi une opinion bien à lui concernant le tarif des places de cinéma, préconisant que le prix devrait être fixé en fonction du budget du film.

Un parti-pris qui fait débat sachant que le cinéaste à la réputation d’utiliser des sommes astronomiques pour ses productions. Et de dépasser les budgets qui lui sont alloués. Un dépassement qui implique des retards, mais qui sont monnaie courante dans son processus. Car pour Cameron, si un film se fait dans les temps impartis, c’est que l’on n’a pas tout mis en oeuvre pour l’améliorer. Autant avec ce genre de discours il met aux anges le public, autant il fait vivre un enfer à ses collaborateurs. Ces derniers vont même jusqu’à faire imprimer des t-shirts où l’on peut lire: « Je peux tout supporter, j’ai travaillé avec James Cameron. »

Cela en dit beaucoup sur sa manière de travailler, et sur le degré de perfection qu’il cherche à insuffler à ses oeuvres. Mais le cinéaste n’est pas impliqué que dans les studios de cinéma, il l’est aussi à un niveau personnel. Entre autres fait de gloire, il a payé la rançon de l’enlèvement du père de Guillermo Del Toro, il a proposé sa collection de sous-marins pour nettoyer la marée noire provoquée par l’explosion d’une plate-forme pétrolière en 2010, ou encore a convaincu la Nasa de le laisser embarquer une caméra, qu’il a lui-même conçue, sur le robot Curiosity envoyé sur Mars. Non content de faire des films à grand spectacle, sa vie a tout d’un scénario épique.

Avec un quotidien partagé entre les records au cinéma et le record de l’exploration en solitaire de la fosse des Mariannes à bord du Deepsea Challenger, il était donc normal que James Cameron tarde à revenir sous les projecteurs. Sa filmographie minimaliste en témoigne et pourtant, elle n’est composée que de grands films. Difficile donc d’en dresser un classement sans s’attirer les foudres des soi-disant cinéphiles. Pour ma part, je fonctionne à l’affectif, à ce que j’ai vu étant gosse, pas en termes de qualité objective ou de succès public. Ainsi, mon ordre de préférence ne reflète pas les chiffres ou les critiques faisant de l’histoire de Jack et Rose un classique du cinéma.

Un sacrilège pour certains. Pour moi, ce qui m’amuse le plus, ce sont les théories qui entourent ce film. Du reste, la passion de James Cameron pour les fonds marins ne m’a jamais vraiment touché, ce qui explique la position ci-dessous de certains de ses longs-métrages explorant cette thématique. Mais pas besoin de cette dernière pour se sentir en apnée pendant ses films. Chacun d’entre eux nous immerge et nous coupe le souffle jusqu’à la dernière minute. Alors lorsqu’un cinéaste de sa trempe ajoute un titre à sa filmographie après plus d’une décennie, on saisit l’occasion de faire un retour sur sa carrière.


1.Terminator 2: le jugement dernier (1991)

Rare suite qui surpasse l’original, c’est surtout parce que James Cameron n’avait pas pu réaliser toutes ces idées sur le premier opus. Puis il a repoussé les limites de la technologie pour mettre en scène le T-1000, un ennemi loin de l’armoire à glace qu’est Arnold Schwarzenegger, mais qui a toutes les propriétés d’un miroir. Une prouesse technique à l’époque, qui n’a pas vieilli grâce à une réalisation efficace en totale symbiose avec les effets spéciaux. Les effets pratiques sur le plateau ne sont pas en reste, notamment lors d’une scène coupée visible sur la version longue: un savant mélange entre un faux miroir et l’utilisation de la jumelle de Linda Hamilton qui retire une puce du crâne du T-800. Une séquence que j’aurais volontiers échangée contre ce plan du pouce en l’air du Terminator qui disparait dans la lave en fusion. Un faux pas qui ne m’empêche pas de considérer ce long-métrage comme un chef d’oeuvre.

2.True Lies (1994)

Film mineur dans la filmographie de Cameron, mais majeure dans le milieu du cinéma d’action. C’est là l’exemple parfait d’à quel point Hollywood peut américaniser un sujet. Pour preuve, il s’agit ici du remake du film français La totale de Claude Zidi. Autant dire que la comédie prime sur l’action, et bien sûr, là c’est tout l’inverse. Mais cela demeure tout de même le film le plus drôle de James Cameron. C’est une pure comédie d’action où Arnold Schwarzenegger est à son apogée. Dans la lignée de Last Action Hero pour l’ambiance décontractée, True Lies a tout du blockbuster parfait des années 90. C’est un modèle de rythme, de punchlines, de situations loufoques, d’action débridée, d’autodérision… Ce film est d’autant plus précieux qu’il ne pourrait être conçu à notre époque avec son discours très manichéen sur le terrorisme. Cela reste une caricature, plus qu’une critique de la société.

3.Avatar (2009)

Ce retour sur la carrière de Cameron m’a permis de prendre conscience qu’Avatar est le premier film du cinéaste que j’ai vu au cinéma. Moi qui y suis pourtant réfractaire et qui considère cela comme un gadget, pour l’occasion, j’ai voulu le voir dans des conditions optimales, celles voulues par le réalisateur: en 3D. L’immersion sur Pandora fut totale. Le public était sur cette planète extraterrestre sans pour autant briser le quatrième mur. Car nous étions le quatrième mur. Et c’est nous qui étions brisés à l’issue de la projection par ce spectacle démesuré. Il ne sera surpassé que par la Special Edition, puis la version longue qui décuple la narration. Une fois cette dernière visionnée, il est impossible de revenir en arrière. Tout comme c’était déjà le cas à la simple vision de la version cinéma d’Avatar, en comparaison avec les productions concurrentes.

4.Aliens (1986)

N’en déplaise aux puristes, pour moi la saga Alien est une trilogie, et elle commence avec celui-ci. Je n’ai jamais eu d’attrait pour le film original de Ridley Scott, même si les suites n’auraient jamais vu le jour sans lui. Mais c’est Cameron qui a encouragé ses successeurs à faire des suites toujours plus différentes de leurs prédécesseurs. Même si ce n’est là que son deuxième film, on reconnait immédiatement son style, ses obsessions et ses thématiques. Non content d’imposer son empreinte, il fera également un ajout notable à la licence avec la création de la reine Alien. Cette créature fera l’objet d’un triple climax dantesque, l’opposant à une Ripley harnachée dans une armure digne d’un mécha. Car James Cameron, c’est aussi un amour inconditionnel pour la japanimation, et il ne se prive pas pour citer les oeuvres qu’il aime dans ce domaine.

5.Avatar: la voie de l’eau (2022)

Dans le domaine des suites supérieures à l’original, James Cameron s’y connait. Ainsi, après Aliens et Terminator 2, le cinéaste prolonge sa saga Avatar avec un nouvel opus qui reprend en grande partie la structure du premier film. Cameron avait déjà usé de cet artifice avec Terminator qui était recyclé à l’occasion du Jugement dernier, mais là c’est beaucoup trop visible. De plus, cette séquelle puise également dans sa filmographie pour nous en offrir un best-of entre les profondeurs sous-marines d’Abyss, la catastrophe maritime du Titanic, les méchas d’Aliens, un méchant digne d’un Terminator… La signature de James Cameron est belle et bien présente. Même son utilisation du HFR variable remonte à ses préoccupations, et surtout ses expérimentations, sur Terminator 2 afin de raccourcir son montage en enlevant une image par seconde. Un résultat qui n’a pas convaincu, pas plus que je ne l’ai été par la Voie de l’eau. Bien qu’étant un excellent film, la claque visuelle ne m’a pas suffisamment sonné pour que je puisse me rendre compte de la vacuité du scénario. À voir ce qu’il en sera de mon avis lors du second visionnage.

6.Terminator (1984)

Cela aurait pu être un titre prophétique, mais finalement Terminator a eu l’effet inverse en commençant la carrière de Cameron plutôt que de la terminer. C’est le film qui a tout changé pour lui. Celui qui lui ouvrira les portes d’Hollywood, et par lesquelles s’engouffrera également Arnold Schwarzenegger. Un rôle de méchant qui révélera l’acteur pour en faire une star d’envergure internationale. Finalement, la seule prophétie dans ce titre, et son récit par extension, ça sera celle de la venue au monde de John Connor en tant que leader de la résistance contre les machines. Un pitch de série B qui tire parti de son petit budget pour transposer son intrigue dans le présent, par le biais du voyage dans le temps. Mais de l’autre côté de l’écran, ce retour en arrière a un peu mal vieilli. Il faut dire aussi que James Cameron n’a cessé de se surpasser de film en film, le premier d’entre eux ne peut donc qu’en souffrir. Sans pour autant avoir à en rougir.

7.Titanic (1997)

Si Avatar est souvent taxé d’être un remake déguisé de Pocahantas, alors Titanic n’est autre que celui de Roméo et Juliette. Une comparaison d’autant plus facile qu’à l’époque, Leonardo DiCaprio venait juste d’apparaitre à l’affiche de Roméo + Juliette de Baz Lurhmann. Cette histoire sur fond de catastrophe maritime vaut donc plus pour sa romance, que pour son funeste décor. En mettant en scène pour la première fois de sa carrière un fait historique, Cameron se heurte d’emblée à un suspense inexistant quant à l’issue de son film. Conscient de ce défaut, le cinéaste va même jusqu’à spoiler sa propre histoire dès le début avec un scientifique montrant une animation du naufrage sur un écran. L’intérêt de Titanic ne réside donc pas dans ce paquebot supposé insubmersible, mais dans l’histoire d’amour qui y est né, et meurt. Ce n’était pas ce que j’étais venu chercher de sa part, ce qui fait que je n’ai pas été le plus réceptif. En tout cas, je n’ai pas contribué à faire de James Cameron le roi du monde lorsqu’il a atteint les cieux du box-office, avec un bateau qui fait le chemin inverse.

8.Abyss (1989)

Considéré comme son 2001: l’odyssée de l’espace par son réalisateur, cette version sous-marine témoigne de l’amour de Cameron pour l’océan. Mais tout comme je ne m’extasie pas devant le classique de Stanley Kubrick, il en a été de même devant Abyss. J’ai beau trouver passionnant le fait qu’une large partie des fonds marins n’ait pas encore été explorée, j’ai eu du mal à m’investir dans cette histoire. J’aurais largement préféré voir le cinéaste aux commandes d’un film Aquaman, comme c’est le cas dans la série Entourage, pour explorer cette thématique. Reste cette révolution technologique du visage qui émerge de l’eau et qui permettra de donner vie au Terminator en métal liquide. Ça sera son long-métrage suivant, mais avant il touchera le fond avec celui-ci.


J’ai volontairement omis Piranha 2: les tueurs volants de ce classement. En plus d’avoir été renié par son réalisateur officiel en personne, le flou qui entoure la production chaotique font qu’il est difficile d’y voir une oeuvre signée James Cameron. Toutefois, nul doute qu’il aurait figuré en dernier dans ce classement. Les documentaires que sont Aliens of the deep et Les fantômes du Titanic ont également été écarté pour me concentrer uniquement sur ses productions cinématographiques. C’est là que l’on peut y voir sa maitrise de la réalisation, son triple climax en guise de signature, sa prédilection pour les femmes badass…

Tout naturellement, Terminator 2-3D: Battle Across Time ne figure pas non plus dans la liste. Cette attraction des studios Universal peut tout de même être vue comme un épilogue au film, ainsi qu’une expérimentation de la 3D avant Avatar. Ça sera sa dernière contribution à la licence qui continuera sans lui avec Terminator 3: le soulèvement des machines, Terminator Renaissance, Terminator Genysis et Terminator Dark Fate. Le petit écran diffusera également Terminator: les chroniques de Sarah Connor. À défaut d’avoir contribué à cette itération télévisuelle, James Cameron créera Dark Angel qui s’étendra également sur deux saisons avant d’être annulée.

Mais au moins, cette série télé a pu voir le jour contrairement à bien des projets dans lesquels il a été impliqué. Le plus connu étant son adaptation de Spider-Man. Ce film n’existe qu’à l’état de scénario, quand d’autres ont eu la chance de bénéficier de ses talents de conteur. Ainsi, s’il ne signe pas la réalisation de Point Break: extrême limite et Strange Days, il a contribué au script du premier et écrit le second. Deux films réalisés par Kathryn Bigelow, son ex-femme, qui peine à retranscrire sa vision derrière la caméra. Même conclusion pour Robert Rodriguez à qui il confiera la mise en scène de Battle Angel Alita qu’il a écrit. James Cameron semble donc être le seul à pouvoir transformer ses propres mots en images spectaculaires.

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