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« Je suis une légende » de Francis Lawrence

« JE SUIS UNE LEGENDE » VS PROCRASTINATION

Il est assez courant de dire, en tout cas dans la presse spécialisée, que certains films sont des véhicules pour star. Une expression qui n’est pas à prendre au sens littéral, mais plus comme une production destinée à mettre en valeur un acteur ou une actrice. De quoi rouler sur l’autoroute du succès en somme et selon la personne en tête d’affiche, il y a tout un garage plein à craquer à disposition selon le type de film et son fameux conducteur. Il existe des stars de différents calibres et parmi les valeurs sures de l’industrie hollywoodienne, elles n’ont pas forcément la même vision d’un long-métrage à succès.

Pour certains, cela peut être synonyme d’action débridée comme Tom Cruise. Adepte de la cascade, si l’on devait l’assimiler à un véhicule, cela serait sans conteste un bolide de sport pour sa saga Mission impossible qui est gage d’adrénaline. On pourrait en dire de même pour Vin Diesel ou The Rock, même si leurs gabarits seraient bien plus à l’aise dans un Hummer. À l’opposé, des comédiens moins physiques auront pour ambition de décrocher la fameuse statuette tant convoitée à la course aux Oscars. Parmi les prétendants, on retrouve des vedettes comme Joaquin Phoenix, Tom Hanks et j’en passe.

Chacun d’entre eux ayant montré leur jeu à bord d’une voiture de collection telle que celles que l’on pourrait admirer dans un musée. C’est pour l’amour de l’art qu’ils font ce qu’ils font et cette renommée dont ils jouissent leur assure un pouvoir lors du développement d’un projet. Tout aussi puissant qu’il soit, le réalisateur aura rarement le dernier mot sur un scénario qu’il a initié si une star vient s’immiscer dans l’équation, au point de faire pencher la balance de son côté. Le cinéaste sera alors débarqué sur une aire d’autoroute pour que le trajet puisse reprendre sans lui. Et à la recherche d’un nouveau metteur en scène.

C’est ce que l’on appelle la valse des réalisateurs, mais dans le cas de Je suis une légende, on pourrait plutôt parler de Développement Hell. Compte tenu du sujet abordé, le terme est assez bien choisi pour décrire la situation. Des noms prestigieux se sont ainsi vu assimiler à cette nouvelle adaptation du roman de Richard Matheson après l’une datant de 1964 avec Vincent Price et une autre de 1971 avec Charlton Heston. Ce dernier est surtout connu des fans de science-fiction pour avoir joué dans la première version de La planète des singes quelques années plus tôt, et là on pourrait aisément remplacer les primates du titre par des vampires.

Bien qu’il n’ait pas obtenu son Oscar dans Le survivant, mais grâce à son interprétation dans Ben Hur, l’aura de cet acteur permettra d’y voir là un projet dans lequel s’investir sérieusement. Sans compter que la star qui aura l’honneur d’avoir le rôle de Richard Neville ne sera pas taxée de mégalomane ou de provocateur avec un titre pareil. Difficile de faire pire niveau prétention, à tel point que l’on pourrait croire qu’il a été confectionné sur-mesure pour glorifier sa tête d’affiche. Le fait que cela soit une adaptation d’une histoire de Richard Matheson est donc un excellent prétexte et c’est tout bénef’ pour celui qui réussira à s’imposer.

Ainsi, de nombreux profils seront envisagés pour donner une nouvelle version à cette histoire post-apocalyptique: du plus improbable comme Mathieu Kassovitz au talentueux Ridley Scott avec Arnold Schwarzenneger en tête d’affiche. Avant lui, d’autres stars ont eu des vues sur le rôle comme Michael Douglas ou Tom Cruise, y voyant l’opportunité de ne pas avoir à partager l’affiche avec beaucoup d’autres partenaires étant donné la nature du projet. Will Smith y a vu également de quoi épanouir son égo avec Michael Bay derrière la caméra, avant que le duo ne se décide à donner une suite à Bad Boys.

Cependant, il restera attacher au développement, allant même jusqu’à démarcher Guillermo Del Toro pour le mettre en scène. Le cinéaste mexicain avait déjà manifesté son intérêt en voulant faire de Blade 3 une version officieuse de Je suis une légende, faute de pouvoir en acquérir les droits d’adaptation. Il déclinera toutefois l’offre de Will Smith pour finalement concrétiser sa vision dans sa trilogie littéraire The Strain, qui sera ensuite transposée en une série télé s’étalant sur 4 saisons. Mais le feuilleton quant à savoir qui réalisera cette nouvelle version du roman de Richard Matheson prendra fin avec la nomination de Francis Lawrence au poste tant convoité.

Il signe là son deuxième film, après Constantine avec Keanu Reeves, ce qui pourrait paraitre prématuré aux vues des réalisateurs prestigieux à qui il succède, et qui ont échoué à donner vie à cette version moderne. Même James Cameron ainsi que Paul Verhoeven se sont montrés intéressés avant de jeter l’éponge. Tous sont d’authentiques légendes dans leur domaine et il est alors légitime de se demander ce qu’il reste de leur travail après leur passage, que ce soit sur le script ou dans les concepts art. Chacun s’étant impliqué à des degrés divers, il est plutôt difficile d’affirmer que la paternité d’une idée vient de l’un de ces artistes et pas d’un autre.

Toutefois, l’amour des monstres de Guillermo Del Toro l’emporte haut la main lorsque l’on voit les infectés en action. Car oui, pas une seule fois ils ne sont décris comme étant des vampires, par contre, ils sont assez similaires aux Faucheurs que l’on peut voir dans Blade 2. Cela ne fait pas pour autant de Will Smith un Daywalker, mais il est tout de même équipé pour comprendre cette menace en tant que biologiste. Encore un aspect cher à Del Toro qui s’évertue à comprendre les créatures nocturnes à travers des séances d’autopsie. Mais disséquer ce long-métrage et ses coulisses serait sous-estimer l’apport de Francis Lawrence qui ne s’est pas contenté de récupérer le travail de ses prédécesseurs.

Son application sur Constantine a démontré le talent d’un futur auteur, avec ses névroses, ses obsessions et ses thèmes de prédilection. Hormis De l’eau pour les éléphants, son troisième film, le cinéaste semble avoir une prédilection pour les mondes post-apocalyptiques. Chose que l’on pouvait déjà apercevoir dans Constantine, mais plus globalement dans sa reprise de la saga Hunger Games à partir du deuxième opus qui en est l’exemple le plus flagrant. La réalisation des premiers épisodes de la série See témoigne elle aussi dans cet engouement pour les univers dans lequel l’homme n’a plus sa place.

Ce côté survival est largement présent dans Je suis une légende où la nature a repris ses droits après une contamination mondiale. Quelque part, cela reflète l’état d’esprit du film qui est passé de main en main durant des décennies au point de prendre la poussière. Même le producteur et scénariste Akiva Goldsman s’en amusera en déclarant que ce projet a longtemps été en lice pour le record du film mettant le plus de temps à se faire. Et il ne sera pas le seul à trainer dans les cartons de la Warner puisqu’un easter egg, sous la forme d’une affiche de film, fera allusion à Batman Vs Superman alors en gestation depuis la fin des années 90.

Outre le fait que Constantine se déroule dans l’univers DC, sans pour autant faire partie d’un quelconque univers étendu où l’on pourrait retrouver d’autres super-héros, une référence est également faite à la mythologie de Batman à travers le personnage de Balthazar. En effet, lorsque John le défigure avec son coup de poing américain, une partie du visage de son ennemi vole en lambeaux pour révéler son aspect démoniaque, pareil à celui du vilain Double-Face. On y retrouve donc une récurrence dans sa volonté à placer des allusions à DC Comics en deux films d’affiler. Cela fait partie des choses qui font sa signature tandis que sa réalisation se fait moins clippesque, plus naturaliste pour s’adapter à son sujet.

Le cinéaste est donc aux commandes de cette limousine avec à son bord pour seul passager Will Smith. Et pour passer de la métaphore à du concret, c’est au volant d’une voiture de sport que l’on voit pour la première fois l’acteur. Dans un premier temps, la caméra adopte un point de vue zénithal qui n’est pas sans rappelé celui du premier GTA, sur la Playstation première du nom, où l’on pouvait évoluer dans les rues sans respecter le Code de la route et se livrer à des actes de vandalisme, et autres crimes. Il en est de même ici pour le personnage qui a le champ libre pour circuler tandis qu’il prend en chasse un troupeau de cerfs dans les rues de New-York.

Ces animaux ont beau être en image de synthèse, les lieux ont quant à eux bien étaient vidés de leur population le temps du tournage des scènes. Une prouesse que peu de films peuvent se vanter d’avoir accomplis et qui va venir rejoindre, entre autres, Vanilla Sky avec un Tom Cruise courant dans un Time Square complètement désert. Mais lors du tournage, Will Smith n’a pas vraiment eu à souffrir de la solitude puisque derrière les barrières qui le séparent de New-Yorkais mécontents de telles dispositions, il en vient à croire que son deuxième prénom est Fuck You. Lui qui est pourtant apprécié partout où il se rend, il y a là de quoi le mettre dans de bonnes conditions pour jouer un personnage rejeté.

D’un regard extérieur, lorsque l’on sait les moyens qu’il faut déployer pour vider une rue de ses habitants, cela peut être interprété comme la lubie d’une star désireuse de satisfaire la moindre de ses envies. Les situations présentes dans le film rappellent d’ailleurs les excentricités qu’un acteur de son calibre peut se permettre comme de privatiser un restaurant, un centre commercial, un musée ou encore un parc d’attractions. Dans le cadre de Je suis une légende, cela s’applique à l’échelle de la ville qu’il a pour terrain de jeu. Mais outre une partie de golf sur l’aile d’un avion, lui-même posé sur un porte-avion échoué dans la baie de New-York, aucune trace du Will Smith farceur et satisfait de sa situation.

N’ayant personne pour lui donner la réplique durant une bonne partie du film, mis à part son compagnon à 4 pattes, l’acteur y est étonnamment sobre. Et sombre. D’ordinaire bavard, il impose un calme qui respecte l’essence du roman et n’est pas vampirisé par les exigences de la star et son penchant pour les blagues. C’est d’ailleurs un bon choix pour le doublage français que de ne pas avoir fait appel à son doubleur habituel, Greg Germain, trop rythmé et identifié pour les comédies. C’est Lucien Jean-Baptiste qui se charge de débiter le peu de répliques qui ne font qu’accentuer la solitude du personnage.

Will Smith a beau être un habitué des fonds verts où il doit communiquer avec des personnages imaginaires, jouer seul sans avoir personne pour lui donner la réplique semble être bien pire. Même s’il n’a pas encore atteint le niveau de Tom Hanks, on pourrait rapprocher Je suis une légende de Seul au monde pour la thématique de l’isolement psychologique. L’ile de Manhattan n’a rien de tropical, mais la désertion de sa population accentue encore plus ce malaise. À tel point que le protagoniste ira jusqu’à poster des mannequins, de ceux que l’on peut voir dans les boutiques de vêtements, dans les bâtiments où il a l’habitude de se rendre pour garder un semblant de lucidité.

Cette mise en scène est présente dans le vidéo club auquel il semble se rendre tous les jours pour y louer un film, et le rendre dans les temps alors que la fin du monde à eu lieu. Cela donne un côté absurde tout en l’aidant à se prémunir contre la folie qui le guette. Chacune de ces statuettes à un petit nom qu’il déclame lorsqu’ils sont sur son chemin et il va même jusqu’à leur inventer de petites histoires pour rester dans le relationnel. Il a également mis en place une routine qui lui permet de garder un pied ancré dans la réalité comme le fait de prendre son petit déjeuner devant des vidéos de journaux télévisés enregistrés afin d’avoir l’illusion du quotidien.

En plus des flashbacks de l’évacuation de la ville qui le réveillent en pleine nuit, c’est l’une des astuces narratives qui permet d’en apprendre plus sur le background de l’histoire. À part leur aversion pour la lumière, on se retrouve avec une origine du virus proche de ce que l’on peut voir dans World War Z qui est sortie bien plus tard en 2013. Mais qu’ils s’agissent de mouvements de panique ou de rues complètement désertes, c’est quelque chose qui est devenu commun à notre quotidien avec la pandémie et les confinements qui ont suivis. Mais grâce à la mise en scène de Francis Lawrence, il est toujours aussi impressionnant de voir un homme évolué à travers des paysages autrefois civilisés et noir de monde.

Il est d’ailleurs dommage de ne pas avoir utilisé la couleur de peau de Will Smith pour amener une dimension supplémentaire à l’histoire. Une réaction d’autant plus logique que le roman traite à un certain degré du racisme à travers les minorités qui sont une différence, les humains, et la majorité qui devient la norme: les vampires. Ici, cette thématique est à peine effleurée, si ce n’est à travers une anecdote sur l’agression de Bob Marley. S’en suit une citation intéressante et qui s’insert plutôt bien dans l’ensemble grâce aux jeux de Will Smith qui la déclame tout en retenu, et avec beaucoup d’émotions dans le regard.

Et si le scénario a fait une économie dans ses répliques, dont celle-ci fait partie, le budget a nécessité un certain investissement pour se payer l’acteur, tout comme ce dernier s’est tout autant investi dans son personnage. Pour rentrer dans la peau de Robert Neville, Will Smith a fait des recherches aussi poussées que lorsqu’il avait dû incarner Mohammed Ali dans le biopic de Michael Mann. Une préparation impressionnante qui l’a amené à rencontrer des prisonniers de guerre ainsi que des personnes victimes d’isolement. Une note d’intention qui prouve que ce film a bénéficié d’une attention toute particulière, au même titre qu’Ali, même s’il s’agit là de pure fiction.

De la science-fiction même, mais pas forcément dans le sens où on l’entend et dans lequel a pu s’aventurer l’acteur avec Men in black, Independence Day ou encore I Robot. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas avec Je suis une légende qu’il va enfin se lancer dans le genre du fantastique malgré la présence de vampires. On pourrait assimiler ces créatures nocturnes à du surnaturel de par leur dégout pour l’église et ses croyances, mais ici il n’en est rien et l’origine virale de ce mal rapproche donc le film d’un postulat de base réaliste. Et cela ne concerne pas seulement les humains, les animaux aussi peuvent se retrouver infectés.

C’est d’ailleurs sur des souris que Robert Neville fait des expériences dans un laboratoire situé au sous-sol de sa maison. Des cobayes dans le but de trouver un remède auquel il est lui-même déjà immunisé, mais pas son chien. Lui qui est le seul moyen pour le personnage de communiquer ses émotions au spectateur va mettre son propriétaire au pied du mur dans une scène poignante. La séquence qui résulte de cette situation déchirante est l’attaque des chiens vampires au crépuscule tandis que Robert Neville est tombé dans le piège qu’on lui a tendu. Une sorte de retour de bâton après avoir capturé l’un de leur.

Ou plutôt, l’une des leurs et c’est son mari, en tout cas ce qui s’en rapproche le plus dans cette espèce, qui mettra en place tout un stratagème afin d’attirer Will Smith dans ses filets. C’est en déplaçant l’un des fameux mannequins que Robert Neville va commencer à douter de sa perception de la réalité. En le positionnant à l’endroit souhaité, comme s’il était doué de sa propre volonté, on a littéralement l’impression de nager en pleine 4ème dimensions. Richard Matheson ayant écrit des épisodes de cette série anthologique, cela n’a rien d’étonnant de retrouver cette inquiétante étrangeté.

On pourrait même dire qu’il s’agit d’une partie d’échecs géante à l’échelle de la ville entière, avec des statues en guise de pions, et dont Will Smith va sortir perdant. Suite à cette attaque, il devra lui-même se salir les mains pour sacrifier ce qui le relié encore à la civilisation. Il essaiera tant bien que mal de conserver des rapports humains avec les simulacres de vie qu’il a disposés, notamment avec une tentative de poursuivre la romance qu’il avait instaurée la veille avec l’une de ces statues. Il avait fait la promesse à son chien d’aller dire bonjour à cette femme de plastique et c’est là que l’on assiste à peut-être l’une des meilleures performances de Will Smith.

Les larmes aux yeux, implorant ce modèle féminin, d’ordinaire derrière une vitrine, de lui répondre et qui fait écho à son message radio resté sans réponse depuis. C’est au bout de la jetée et face à l’Hudson, là où il envoyait son appel de détresse chaque jour, qu’il décidera d’en finir. Pour lui, les vampires ont franchi la ligne, littéralement symbolisée par ce jet de lumière qui retenait les chiens contaminés de s’en prendre à lui, jusqu’à ce qu’elle s’estompe. Robert Neville planifiera donc à son tour un plan complètement suicidaire pour mettre un terme à ces souffrances. Et emporter dans sa chute le plus possible de suceurs de sang.

En lieu et place, il aura une réponse à son SOS sous la forme d’une mère et son enfant qui le ramèneront à moitié conscient chez lui. En tout cas, suffisamment pour indiquer l’itinéraire, et par extension aux vampires qui les ont pris en filature pour enfin découvrir là où est retenue captive l’une des leurs. Une chose dont ce groupe nouvellement formé ne se rendra compte qu’à la tombée de la nuit, de quoi leur laisser le temps de faire connaissance. C’est là que l’on se rend compte que de l’eau a coulé sous les ponts, même s’ils ont été détruits pour empêcher l’épidémie de se propager, depuis les derniers rapports humains de Robert Neville.

Chacune de ses interactions et plus maladroite que la précédente, jusqu’au point de rupture où le personnage s’offusque devant une boite de conserve qui a été ouverte sans lui demander son autorisation, et qu’il réservait à son défunt chien. Ce qui aurait pu sombrer dans le grotesque est d’une finesse de la part d’un Will Smith au sommet de son art. Mais ses instincts d’homme d’action reprennent vite le dessus lorsque l’alerte est donnée à l’approche des vampires. Ce que l’on avait alors pu voir de son quotidien lorsqu’il se barricader chez lui à la tombée du jour, n’était en faite rien en comparaison au système de défense installé dans le périmètre de sa maison.

En plus des volets d’acier qui viennent recouvrir les fenêtres, il peut aussi compter sur des lampes à UV projetant des ombres menaçantes aux alentours, ainsi que toute une rangée de voitures piégées qu’il fait exploser. Mais rien de tout ça ne sera suffisant pour empêcher l’assaut ainsi que l’intrusion de l’un d’entre-eux pour aller rejoindre sa dulcinée. Cette dernière montrera d’ailleurs des signes d’amélioration de son état et sera sur le chemin de la guérison tandis que Robert Neville se sacrifiera, non sans avoir confié le vaccin à la femme qui lui avait sauvé la vie. Une petite lueur d’espoir donc, sur presque 1h40 de nihilisme total, et il est dommage d’avoir sacrifié la fin du roman sur l’autel de la franchise.

Il est difficile de ne pas deviner les intentions du studio puisque pour accompagner la sortie, des courts-métrages d’animation sont venus enrichir l’univers de Je suis une légende. Une technique marketing qui avait été inaugurée avec Matrix puis suivie par Les chroniques de Riddick et enfin ici pour nous donner à voir d’autres parties du monde victime de l’épidémie. Même s’ils sont en motion comics, le parent pauvre de l’animation, ces petits récits font preuve d’une noirceur complètement raccord avec le long-métrage de Francis Lawrence. Mais ce dernier se concluant par la mort du héros, je ne vois pas vraiment ce que les producteurs avaient prévu pour une éventuelle suite en cas de succès.

Mis à part raconter comment le dernier refuge de l’humanité décide de se servir du vaccin pour sauver la race humaine, il est difficile de trouver une piste intéressante à exploiter. Et plus encore qui puisse justifier de garder le même titre! C’est d’ailleurs la fin originale du roman qui lui donner tout son sens. Mais je suppose qu’avec autant de pessimisme pour une production hollywoodienne, il fallait bien un happy end. Cette conclusion qui nous est proposée dans le montage sortie en salle, même si elle ne respecte pas celle du roman, est tout de même bien meilleure à l’épilogue alternatif qui voyait le héros survivre.

À l’issue du film, on sent le compromis entre les désirs du réalisateur d’aller au bout de sa vision et ceux du studio, avec d’un côté la mort de Neville et de l’autre une voix off sur la future renaissance du genre humain. Cette notion de sacrifice avait été d’autant mieux gérée dans Constantine, où le personnage titre donnait sa vie pour ensuite mieux revenir dans un habile jeu de dupe. Là, le contexte était loin de se prêter à ce genre de retournement de situation de dernière minute, et c’est tant mieux. Sans cela, je n’aurais pas été en mesure de dire qu’il s’agissait du dernier vrai bon film de Will Smith à l’heure actuelle.

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Je suis une légende signe la fin d’une ère pour l’acteur qui a enchainé les succès et fera une traversée du désert, en attendant de renouer avec sa gloire d’antan. Tout puissant qu’il est dans le star system, il n’a même pas pu racheter ce chien pour qui il s’était pris d’affection lors du tournage. Comme quoi, il y a certaines choses qui ne s’achète pas et son point de vue sur l’argent mérite d’être partagé: trop de gens dépensent de l’argent qu’ils n’ont pas pour acheter des trucs dont ils ne veulent pas, juste pour impressionner des gens qu’ils n’aiment pas.

À la tête d’une fortune à plusieurs zéros, il semble avoir tiré des enseignements de son mode de vie. À l’image de son personnage dans Je suis une légende qui à une ville à lui tout seul et change de voiture tous les jours pour ses trajets, la célébrité a l’air de l’avoir coupé du monde normal jusqu’à cette prise de conscience. Ce blockbuster sera le dernier d’une race depuis presque éteinte, celle des divertissements intelligents. Ce véhicule de star sur-mesure qu’est cette production aura été un vrai crash-test dont il ne se sera jamais vraiment remis. Will Smith n’a donc peut-être pas de quoi parader sur Hollywood boulevard, mais il lègue à l’industrie cinématographique une oeuvre puissante et complémentaire avec son homologue littéraire.

« JE SUIS UNE LEGENDE » WINS!

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