
« JOHN WICK: PARABELLUM » VS PROCRASTINATION
Quand on pense à un croquemitaine, ce qui vient surtout à l’esprit c’est Pinhead, Leatherface, Grippesou, Hannibal Lecter, Jigsaw, Chucky, Candyman… Parmi ces grandes figures du mal, John Wick est bien le dernier personnage que l’on s’attendrait à voir dans cette liste. Pourtant c’est le premier à arriver en tête concernant le nombre de morts. Tels Gimli et Legolas, des personnes se sont amusées à tenir les scores, et voici ce qu’il en ressort:
John Wick: 84 morts
John Wick Chapitre 2: 128 morts
John Wick Parabellum: 94 morts
Soit un total de 306 personnes tuées en l’espace de 3 films. Une prouesse compte tenu du fait que cette trilogie, pour l’instant, se déroule sur une durée d’une semaine. John Wick est d’autant plus méritant que toutes ses victimes sont d’authentiques assassins, et non des bimbos écervelées, des ados prépubères ou des scream queen de compétition. Soit le lot de ses principaux concurrents dont voici le podium:
Jason Voorhees (Vendredi 13): 157 morts en 12 films
Michael Myers (Halloween): 140 morts en 11 films
Freddy Krueger (Les griffes de la nuit): 40 morts en 9 films
Cette manière de compter peut prêter à sourire, mieux encore, elle renvoie immédiatement à l’hilarant carnage de Hot Shots 2. Charlie Sheen y mitraille à tout va tandis que l’écran affiche un score égal à Total Recall, avant de s’autoproclamer comme étant le Bloodyest movie ever. Mais celui qui en parle le mieux, c’est encore Arnold Schwarzenneger jouant son propre rôle dans Last Action Hero:
Ce qui est nouveau, c’est que nous tuons beaucoup moins de monde dans ce film. Nous tuons 48 personnes, pas plus. Or, je vous rappelle que nous en supprimions 119 dans le dernier. Mais je voudrais rassurer nos fans, on a compensé par un bon scénario et il y a beaucoup d’émotions et même une réflexion sur…
Un discours complètement méta à propos de Jack Slater 4, le film dans le film. Keanu Reeves pourrait tenir exactement le même face à un journaliste, tout en ayant une forme de légitimité. Malgré sa légendaire modestie, l’acteur pourrait amplement s’autoproclamer Last action hero tant il donne de sa personne sur un tournage. À la place, Keanu Reeves préfère dire à quel point il aime les différentes facettes de son personnage. Ce troisième chapitre va d’ailleurs aller encore plus loin en déconstruisant un peu plus le mythe qui l’entoure.

Un processus commencé dans le film précédent qui s’appliquer à désacraliser une bonne partie de cette légende. En effet, cette réputation de croquemitaine qu’il se traine a été construite grâce à Santino d’Antonio, un tueur qui lui a prêté main forte pour prendre sa retraite. Une dette de sang qui va l’amener dans une impasse, jusqu’à commettre l’irréparable: tuer dans l’enceinte du Continental. Cet interdit bravé, il a alors une heure avant que des assassins ne se lancent à sa poursuite. Dans la réalité, il s’est écoulé deux années pour que John Wick Parabellum ne voie le jour.
Il débute exactement là où le cliffhanger du chapitre 2 nous avait laissés, sur l’excommunication de John. Un terme qui sonne très religieux et celui qui prononce la sentence, Winston, a déjà donné dans ce registre. Incarné par Ian McShane, l’acteur a interprété Odin dans American Gods. Une série qui n’est pas si différente de la mythologie développée par Derek Kolstad à travers La grande table. Cette institution et les règles qui la régissent forment un système similaire à n’importe quelle croyance. Celle-ci pourrait d’ailleurs faire partie de l’adaptation télévisuelle de l’oeuvre de Neil Gaiman dans le domaine des nouvelles religions.

Outre un personnage portant le nom de Charon, passeur des enfers à qui il faut payer son dû, cette monnaie d’échange sera surtout iconisée à travers un pré-générique. Cette introduction reprend les codes visuels de la série de Bryan Fuller illustrant des objets symboliques plongés dans une lumière fluorescente. Cet éclairage à base de néon sera la principale direction artistique de Parabellum. Une imagerie loin des tueurs agissants dans les ombres et pour cause, on a l’impression que la moitié de New York n’est composée que d’assassins. Et cette sensation n’est en rien de la paranoïa.
Même le chauffeur de taxi à qui il confiera son chien se révélera en être un. Bloqué dans les embouteillages, il continuera sa route à pieds sous une pluie battante avant de trouver refuge à la bibliothèque municipale. Ce temple de la connaissance se transformera alors en temple des arts martiaux lorsqu’un tueur se présentera à lui avant la fin du compte à rebours sonnant le début de la chasse à l’homme. John lui fera avaler son bulletin de naissance sous la forme d’un livre qui lui brisera la mâchoire. Après s’être fait connaitre en tuant avec un simple crayon, Baba Yaga confirme sa réputation en innovant dans ses mises à mort.

Blessé par cet affrontement, il se rendra chez un médecin clandestin, lui aussi membre de La grande table, qui le rapiècera jusqu’à ce que son heure de sursis soit passée. Ce délai épuisé, le docteur laissera alors en suspens son travail que John va terminer lui-même. Une séquence surréaliste puisque ce docteur stoppe sa suture à la seconde près, persuadé que l’organisation criminelle à laquelle il appartient saura, d’une manière ou d’une autre, qu’il a apporté son aide au-delà de l’heure règlementaire s’il va jusqu’au bout. Pourtant, ils sont seuls dans cette pièce, aucune caméra susceptible de les trahir ne semble visible.
Mais le praticien s’y refuse et va même jusqu’à demander à John Wick de lui tirer dessus pour dissiper les soupçons sur sa personne. Cette peur irrationnelle ne fait qu’étendre un peu plus l’emprise de La grande table sur ses disciples. Ils redoutent le jugement en cas de non-respect des règles. Cela impliquerait de devenir hors-la-loi, dans un monde de hors-la-loi. Une mise en abime d’autant plus savoureuse, car appuyée par la présence Randall Duke Kim dans le rôle du médecin. Cet acteur n’est autre que le maitre des clés dans Matrix Reloaded et ne fait que renforcer les théories persistantes entre les deux franchises.

Et comment ne pas adhéré dans ce sens lorsque les tueurs sont tout aussi omniprésents que les agents de la matrice? Mais les individus à ses trousses sont loin d’être aussi identifiables, contrairement à John qui porte le costume, par balle, typique des agents. Sa tête est donc mise à prix pour 14 millions de dollars, mais il va surtout en faire usage pour se confectionner un revolver à partir de pièces détachées. Cette contre-attaque prend place dans une armurerie de Chinatwon où sont également exposés bien des couteaux. S’en suivra évidemment une séquence qui mettra à l’épreuve leur tranchant.
Une scène impressionnante, mais guère suffisante pour dissuader ses anciens collègues de le traquer. Ayant abandonné l’idée de passer inaperçu, John se retrouvera à chevaucher un pur-sang en pleine rue pour semer ses poursuivants. C’est là que l’on peut voir toute l’étendue des sources d’inspiration du réalisateur qui cite aussi bien Le bon, la brute et le truand que True Lies. De Sergio Leone à James Cameron, Chad Stahelski parvient à trouver sa place dans ce palmarès grâce à une mise en scène qui ne cesse de s’améliorer de film en film. Surtout de John Wick en John Wick puisqu’à l’heure actuelle, il n’a réalisé que ça.

Une franchise qui ne cesse de casser les codes en donnant une autre image des assassins. Ce ne sont pas que des brutes sanguinaires, ils ont aussi une sensibilité artistique qu’ils laissent s’exprimer au musée comme c’est le cas dans le deuxième volet. Ou ici sur la scène d’un théâtre lors d’une répétition de ballet. Derrière les combats parfaitement millimétrés et chorégraphiés se cachent donc des pas de danse tout aussi coordonnés. Et celle qui veille à la grâce et l’agilité de sa troupe se trouve également être redevable à John.
C’est par l’intermédiaire d’un chapelet, récupéré dans un livre de la bibliothèque, qu’il la rappelle à ses obligations. Encore une fois, ces criminels semblent faire preuve d’une loyauté sans faille lorsqu’il s’agit d’honorer une parole. On est loin des clichés véhiculés par des méchants usants et abusant de mensonges pour parvenir à leurs fins. John accepte même bien volontiers d’être marqué au fer rouge pour finaliser cette transaction dont il est l’objet. Un service destiné à l’envoyer à Casablanca selon son souhait. Juste à temps pour éviter l’Adjudicatrice dépêcher pour enquêter sur son cas.

Derrière ce titre au féminin se cache pourtant un personnage non-binaire. L’allure de son interprète, Asia Kate Dillon, va dans ce sens avec une coupe à la garçonne pour un visage très efféminé. Ruby Rose arborait déjà une apparence dans la même lignée pour John Wick Chapitre 2. Ici, on est plus proche d’un look androgyne que garçon manqué lorsque cette figure d’autorité aux ordres de La grande table se présente à Charon avec une pièce noire. Ainsi, elle impose à Winston un ultimatum de 7 jours pour quitter ses fonctions au sein du Continental.
Les investigations de l’Adjudicatrice la mèneront jusqu’au Bowery King qui a lui aussi une semaine pour faire ses valises. Toutefois, cette fois-ci elle sera accompagnée de Zéro, un maitre assassin dont elle s’est adjoint les services un peu plus tôt pour exécuter ses sentences. Incarné par Mark Dacascos, l’acteur n’était pourtant pas le premier choix jusqu’à ce qu’il soit appelé à la dernière minute par la production. Malgré tout, sa participation est une évidence, lui qui a incarné le tueur à gages Crying Freeman dans le film éponyme. Il était donc tout désigné pour faire partie de cette mafia internationale.

Sa filmographie compte également la tête d’affiche de la série The Crow: Éric Draven. Un rôle en commun qu’il partage avec le réalisateur de John Wick 3: Parabellum, ancien cascadeur qui a servi de doublure suite au décès de Brandon Lee sur la première adaptation filmique. Mais malgré une carrière majoritairement composée de personnages sombres, Mark Dacascos est assurément la touche d’humour de ce troisième volet. Ainsi, Zéro se révèle être un fan insistant de John Wick et n’hésitera pas à lui exprimer son admiration. Un sentiment que ne partagera pas Sofia lorsque John viendra lui rendre visite à Casablanca.
Gérante du Continental de cette ville, elle mettra à l’épreuve le costume par balle de son invité, avant de s’asseoir pour discuter. C’est là que les rapports de force s’inversent par rapport aux précédents opus. Tel le karma, John se retrouvera dans la même position que Santino d’Antonio, à qui il doit sa situation actuelle de fugitif, en proposant à Sofia d’honorer sa dette de sang. Ce qu’elle acceptera à contrecœur. Ce personnage, joué par Halle Berry, est non seulement une sorte de John Wick au féminin, chiens inclus, qu’une idée du tournant que pourrait prendre l’arc narratif de John dans les opus suivants.

En effet, il est tout à fait probable que monsieur Wick, au terme de la saga, se voit confier la gestion du Continental de New York. En attendant de se voir proposer une telle offre dans un avenir hypothétique, il va solliciter Sofia afin qu’elle lui organise une rencontre avec l’un de ses supérieurs. Et une fois de plus, le casting s’étoffe d’un membre de Game of Thrones. Dans le premier volet, il s’agissait d’Alfie Allen, alias Theon Grejoy, et ici c’est Jérôme Flynn qui prêtait ses traits à Bronn. Ironiquement, ils sont respectivement à John et à Sofia les déclencheurs de leur furie vengeresse.
Iosef Tarasov a pénétré chez John pour, entre autres, tuer son chien, tandis que Berrada réclamera le chien de Sofia en guise d’offrande pour avoir révélé comment aller à la rencontre du maitre de La grande table. Mais avant de faire face à son erreur, Berrada se livrera à un discours qui en dit long sur la nature même du film, et par extension de cette franchise. Sa tirade aura notamment pour sujet l’origine des assassins de leur confrérie. Souligné par le décor dans lequel est prononcée cette rétrospective, il est impossible de ne pas penser à la licence vidéoludique Assassin’s Creed.

Cette mythologie se voit ainsi citer, mais c’est surtout le monde du jeu vidéo qui trouve une résonance particulière. En effet, j’ai toujours été effaré de la facilité avec laquelle ces tueurs pouvaient commettre leurs actions en public sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Comme si la population n’était faite que de PNJ dont la programmation se limiter à ne faire qu’un avec la foule. Dans le même registre, on retrouve les mécaniques propres aux jeux nécessitant de récupérer des pièces afin de pouvoir avancer dans les niveaux, accéder à des services, acheter des armes…
Il ne manque plus que l’affichage du bodycount en fin de partie pour que l’hommage soit total. À l’occasion de ce troisième volet, le tueur impitoyable fera d’ailleurs le chemin inverse avec le jeu vidéo John Wick: Hex. Alors que l’on était en droit de s’attendre à un mix entre GTA et Max Payne, saupoudrait de quelques séquences de rail shooter, Bithell Games a développé un jeu à des lieues de ces références qui font l’ADN de John Wick. C’est à dire axé sur la tactique, avec des actions au tour par tour, et non sur la frénésie que peut procurer une phase d’embuscade.

Les graphismes en cell shading, dans le genre du FPS XIII, achève de faire de cette adaptation un mauvais produit dérivé. Le compromis idéal aurait été un jeu dans la lignée d’Uncharted. Une référence y est d’ailleurs faite au troisième volet, Drake’s Deception, lorsque John parcourt les dunes de sable. Une traversée du désert, au sens propre comme au figuré, que Keanu Reeves envisagé déjà lors de la promotion du deuxième opus. Il déclara également en interview vouloir faire souffrir son personnage. Outre ses multiples blessures qui résultent d’affrontements violents, les pires sont surtout celles qu’il s’inflige volontairement.
Ou du moins, sous la contrainte. Celle-ci sera personnifiée par Le grand maitre en personne. Lors de cette audience au milieu des dunes de sable, John aura alors l’occasion d’expliquer son geste qui lui a valu d’être excommunié. Une sentence à laquelle Le grand maitre acceptera de mettre fin si Wick consent à éliminer Winston. Un dilemme auquel il répondra néanmoins par l’affirmative, justifiant cela comme étant le seul moyen de rester en vie pour continuer à se souvenir de sa défunte femme. Mais pour sceller ce pacte, John Wick devra prouver sa bonne foi en se mutilant.

Il se tranche alors l’annulaire où siège son alliance pour ensuite la remettre à celui qui va lui accorder sa clémence. Au-delà de cet acte cruel qui impose de détourner le regard, c’est là la référence la plus explicite à Assassin’s Creed. En effet, non content de reprendre les codes vidéoludiques dans sa structure narrative, les scénaristes vont plus loin en faisant allusion au doigt que se tranchent les assassins et qui permet à la lame, située dans leur avant-bras, de se déployer. Cela prend une dimension supplémentaire lorsque l’on sait que l’acteur qui donne la réplique à Keanu Reeves, Saïd Taghmaoui, est lui-même addict aux jeux vidéo.
Le long-métrage G@mer figure même dans sa filmographie. Loin d’être un grand film sur le sujet, cela reste l’une des rares incursions dans les coulisses de cette industrie florissante. Mais c’est surtout La haine qui va le révéler au public, et c’est principalement ce sentiment qui va alimenter John Wick à son retour à New York. Le comité d’accueil que lui réservera Zéro sera loin d’être chaleureux, malgré son admiration malsaine. Fort heureusement, il a eu la présence d’esprit de ne pas se couper le doigt qui lui permet de jouer de la gâchette. Sa capacité à tenir un sabre n’en est pas non plus altérée lors du rodéo urbain auquel il s’adonne pour fuir cette menace.

Une course-poursuite à moto aussi impressionnante à regarder qu’elle a dû être frustrante à tourner pour Keanu Reeves. L’acteur est connu pour être un fan de grosses cylindrées, mais le making of de cette séquence révèle une grande quantité de fonds verts pour donner vie à ces cascades motorisées. Le résultat n’en reste pas moins stupéfiant. On regrettera juste que l’usage du numérique n’ait pas servi à rajouter de la circulation. Pour une ville qui ne dort jamais, les rues sont plutôt calmes jusqu’au Continental. Il sera accueilli par Charon qui le mènera à Winston, la cible qu’il est censé exécuter pour regagner la confiance de La grande table.
Un contrat qu’il se refusera d’honorer en retournant sa veste pour prendre place à ses côtés. Témoin de la scène, l’Abjudicatrice prendra place dans une des chambres de l’hôtel afin d’y poursuivre son opération d’expulsion de son propriétaire. Le Continental sera alors désanctuarisé pour devenir le terrain de jeu d’une équipe de commandos surarmés, mais aussi à l’équipement blindé. Winston en retrait dans sa chambre forte, John et Charon vont fermement s’y opposer avec tout un attirail. L’occasion idéale pour ressortir la célèbre réplique de Matrix à laquelle succédaient des wagons entiers d’armes en guise de réponse.

Sauf que là, ce n’est pas pour faire un assaut sur un bâtiment, mais pour en repousser un. Nul doute que si les agents avaient eu dans leur rang un élément tel que John Wick, la tentative de Néo pour délivrer Morpheus aurait pris une tout autre tournure. La piscine de l’hôtel sera même mise à contribution pour y voir des balles évoluer au ralenti sous l’eau. Et comme si ça ne suffisait pas, une lumière d’ambiance verdâtre, rappelant le filtre de la matrice, accompagnera la première salve de soldats. Elle sera repoussée, ainsi que la suivante, jusqu’à ce que Zéro et ses hommes prennent le relais.
Une force d’opposition redoutable, mais dont le sens de l’honneur va venir rythmer les combats. Un respect pour l’adversaire qui est bien supérieur aux oeuvres d’art qui sont exposées dans cette salle. Ce décor rappelle d’ailleurs celui de la galerie d’art, et ses multiples miroirs, dans lequel prenait place le dernier acte de John Wick chapitre 2. Mais la collection personnelle du Continental est bien plus ésotérique puisqu’elle contient rien de moins que les fameux crânes de cristal. De quoi rajouter à la mythologie de cet univers qui se présente pourtant comme un simple film d’action.

Les apparences sont donc trompeuses, tout comme les multiples reflets des vitres qui abritent ces vestiges du passé. Ces surfaces sont alors détruire à tour de bras pour mieux briser les illusions qu’elles renferment. Jusqu’à ce que le boss final daigne faire son apparition. Plus un homme de poing qu’un homme de main, la boule à zéro de Zéro n’est pas sans évoqué le tueur du jeu vidéo Hitman. Le côté mutique en moins. Et c’est le moins que l’on puisse dire tant Zéro n’est pas avare en compliments face à John. Cela ne rendra leur duel que plus comique.
Mais à la comédie succédera la tragédie lorsque John Wick se rendra sur le toit du bâtiment. Un cadre surréaliste, aménagé d’une cheminée et d’un canapé, avec un vis-à-vis total sur des affaires pourtant ultra-secrètes. Comme si cet endroit était pourvu de murs invisibles. Mais ce n’est pas ce qui empêchera John de faire une chute vertigineuse sous le feu nourri de Winston. Celui-ci s’est vu offert de garder ses fonctions au sein du Continental par l’Adjudicatrice, et sa première action aura été de régler le problème John Wick.

Si un cliffhanger se définit par une personne suspendue au bord d’une falaise, ici il n’y a aucun doute quant au fait que John est étalé dans la ruelle en contrebas. On pourrait alors croire qu’il s’agissait d’une manoeuvre de Winston afin de faire passer pour mort son ami, mais cette mise en scène périlleuse à tout d’un revirement de situation. Une trahison. La véritable fin en suspens viendra d’ailleurs confirmer la survie de John, et sa vengeance prochaine. Mal en point face au Bowery King qui l’a rapatrié dans les bas-fonds, les yeux injectés de sang, il n’a jamais autant eu l’air d’un croquemitaine. Une séquence qui aurait pu faire l’objet d’une scène post-générique afin de laisser planer le doute sur son sort.
Mais la popularité du personnage est telle que ce faux suspense n’en aurait été que plus artificiel. Cet épilogue annonce un quatrième opus plus meurtrier que jamais. Le tableau de chasse de John Wick va considérablement augmenter. On pourrait même remettre les compteurs à zéro que cela n’y changerait rien dans le classement des boogeymen. Il est plus que ça. Il est celui que l’on envoie tuer les croquemitaines. Alors après trois films qui ont humanisé cette figure du crime avec son animal de compagnie, ce n’est pas pour rien que celui-ci a pris moins d’importance au fur et à mesure.

John Wick est lui-même devenu ce molosse qui a la rage et que l’on doit abattre coute que coute. Il finira parmi les chiens errants du quartier dans l’attente d’une contre-attaque. C’est donc une déshumanisation du personnage qui s’amorce. Et avec elle, la promesse de voir enfin cette facette que ses ennemis appellent avec crainte Baba Yaga. Ou celui que le Bowery King nomme affectueusement John Fucking Wick.
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