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« La grande aventure Lego » de Phil Lord et Chris Miller

Lego Movie (Screengrab)

« LA GRANDE AVENTURE LEGO » VS PROCRASTINATION

Je me souviens très bien de cette partie de mon enfance. C’était une boite avec trois compartiments dans lesquels étaient rangés en vrac des centaines de cubes colorés. Du jaune, du rouge ou du bleu de différentes formes, de différentes tailles. Un arc-en-ciel en miette que je prenais par poignée pour les étaler sur mon tapis de jeu. Cette palette de couleurs se mélangeait dans mon esprit pour donner vie à mes peintures mentales. Et je me fichais pas mal de savoir que les briques que j’empilais était dépareillées, pour moi cela avait un sens. Celui que je voulais bien lui donner et une fois ouverte, cette boite de Pandore libérait mon imagination.

Chaque élément faisait partie d’un tout. Chaque pièce était pareil à celle d’un puzzle dont l’image n’était présente que dans mon esprit et qui prenait forme au fur et à mesure de l’assemblage. Ce casse-tête en trois dimensions pouvait remplacer tous mes jouets puisque tout était possible avec eux. Construire une maison, une voiture, un personnage,… Un film? Oui aussi. Mes yeux étaient l’objectif d’une caméra cherchant le meilleur angle pour faire vivre mes histoires. Et comme je l’ai vu bien plus tard dans les documentaires relatant les coulisses du cinéma, je me suis mis à retirer certains murs de mes constructions afin d’avoir une meilleures visibilités voir même le toit pour avoir une vue d’ensemble.

Depuis j’ai grandi et cette boite est un peu devenu un trésor à mes yeux. A l’intérieur recèle tout un monde de possibilités pour quiconque ne se donne aucune limite. Inutile d’en brasser le contenu pour trouver LA pièce, chacune d’entre elle est de l’or. Alors à l’annonce de ce film, je me suis mis à faire comme le petit Poucet et j’ai suivi cette piste de cailloux de Lego pour remonter jusqu’à mon enfance. J’avais semé ces briques pour me semer moi-même et en parcourant cette route de briques jaunes, mais aussi de bien d’autres couleurs, cela m’a amené de l’autre coté du rideau pour y voir le magicien d’Oz. Et ce fut aussi désagréable que de marcher par erreur sur une pièce de Lego.

Je tiens à en parler tout de suite avant d’oublier, parce que oui, vite vue vite oublié. Encore que le terme ne soit pas très approprié car même pour une durée de 1h40, j’ai trouvé le film extrêmement long. Je tiens aussi à rétablir la vérité sur les personnes qui conseillent ce film et qui ont participé à mon envie de le voir. Un engouement en partie justifié par des phrases chocs dont une qui m’a décidé pour de bon: « du même niveau que le meilleur Pixar! » Même le plus mauvais des Pixar est largement supérieur à ce long-métrage. Si un jour ce studio tombe aussi bas que ce produit infantilisant, alors il faudra remettre en question l’avenir de l’animation.

Ce film aurait du être une ode à la créativité et par conséquent à la transformation. Bon de ce coté là le passage d’un véhicule à un autre se fait sur le son caractéristique des Transformers mais pour ce qui est de la créativité on a plus à faire à une adaptation sur une durée de plus de 1h30 de la scène d’introduction de Toy Story 3. Pour preuve, une référence à peine déguiser lors de l’apparition du logo de Warner Bros entouré des nuages du célèbre film de John Lasseter. Il aurait été tellement plus simple pour la firme Lego de permettre l’exploitation de leur marque aux cotés de Woody et Buzz. 

Vu comment Pixar s’est occupé de Barbie et Ken avec un sens de la dérision total cela aurait pu donner quelque chose de vraiment interessant entre leurs mains expertes. Pourtant l’annonce des réalisateurs de 21 Jump Street auguré de quelque chose de bon. Un film à l’aspect enfantin mais dynamité de l’intérieur avec un humour cinglant d’où surgissent de la bouche des personnages des insultes et un langage ordurier. Mais c’est vraiment l’esprit enfantin qui est privilégié à base de guimauves, de soleil et de bons sentiments. Je ne dis pas qu’il fallait faire l’inverse mais là ça ne s’adresse pas du tout à un public d’adulte contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire.

C’est un film tout ce qu’il y a de plus inoffensif. J’étais persuadé que la combinaison du duo Chris Lord et Phil Miller sur une marque aussi célèbre allaient résulter d’une oeuvre atypique. Leur association avait fait des merveilles sur l’adaptation de la série qui a révélé Johnny Depp et j’en attendais autant avant de les voir rempiler sur la suite. Il faut croire que cela n’aura été qu’une récréation pour eux. Ils ont beau être deux à la barre, il n’y a pas pour autant de double niveau de lecture permettant aux adultes d’y voir une métaphore du consumérisme et du conformisme comme cela a pu être analysé par certaines personnes.

Si il y a bien une critique sur l’argent à voir là dedans ça se situe plus au niveau de l’exploitation du catalogue de licence acquise par la marque. Cela aurait pu donner de formidables ou improbables crossovers mais surtout de l’inédit. C’est vraiment dommage de ne voir presque que des personnages issus du catalogue de Warner Bros qui produit ce film. Bon ça nous permet de voir pour la première fois la Justice League au cinéma mais bon c’est un peu léger comme argument. De plus cela créer une attente sur le prochain caméo plutôt que de rester concentrer sur l’histoire. Ou alors peut-être est-ce pour nous en détourner?

Pour ma part je n’ai pas attendu que la marque s’empare d’autres licences pour inviter mes figurines Batman dans une Batcave de fortune construite par mes soins. La fortune en moins bien sûr, bien qu’elle fasse partie intégrante de son alter égo. Mais j’étais riche de mon imaginaire pour donner vie à des éléments qui pourtant n’avaient aucune cohérence entre eux. Le film n’en a pas plus et même si l’apparition de Batman relève le niveau, ce n’est pas pour autant le personnage principal de cette histoire. Mais tout ces défauts on au moins l’avantage de faire ressortir les quelques rares bonnes idées qui se retrouvent mise en avant.

Généralement les points positifs sont du à l’intrusion de la réalité dans ce monde fantasmagorique ce qui donne un aspect métafictionnel à l’ensemble. Pour exemple il y a le « Kragle » et les autres reliques de notre monde comme ce coton tige qui efface le visage du gentil flic mais cela reste peu de choses au regard du potentiel énorme qui était offert sur un plateau. Cette confrontation entre les deux mondes évoque bien sûr Matrix mais aussi Tron dans cette façon d’appeler les humains « les maitres constructeur » là où Flynn était vénéré dans ce monde virtuel comme étant « le concepteur ».

Le film arrive à nous faire sortir de l’ennui par le biais de ces scènes lives qui représentent à peine 1/10 du montage mais rendent le film bien plus humain. Logique me direz-vous mais pas forcément lorsque l’on voit le nombre de film d’animation qui arrivent à nous faire ressentir toute une gamme d’émotions contrairement à un long-métrage traditionnel. La faute à des personnages à l’aspect trop rigide au niveau des points d’articulation ce qui limite grandement leurs actions, émotions et interactions avec le public. Il y a bien ce pirate nommé barbe d’acier qui bénéficie d’une plus grande liberté de mouvement avec son corps digne d’un mécha mais cela ne représente qu’une poignée de minute sur l’ensemble.

A plusieurs reprises je me suis imaginé en train de regarder le film avec un enfant, le mien ou pas, mais ce film ne semble pas avoir vocation à les rassembler. Pourtant je suis loin d’avoir perdu mon âme d’enfant mais passé une certaine tranche d’âge, si vous n’êtes pas collectionneur de Lego vous ne risquez pas d’y trouver votre compte. L’histoire a beaucoup de mal à transmettre des émotions, tout au plus une scène sort du lot: celle de l’interrogatoire où le méchant flic passe une vidéo des collègues du héros qui lui font comprendre qu’il n’est rien. J’essaye de m’y prendre avec un peu plus de tact concernant ce film mais c’est très difficile tant la déception est présente.

Même visuellement cela aurait pu être interessant puisqu’il part sur un terrain inédit. Mais l’effet escompté n’est jamais au rendez-vous, le coté oldschool mis en avant par le concept de départ n’est jamais exploité. Les vagues de briques ou autres éléments rendent bien en animation mais on atteint jamais cette pixelisation qui pouvait donner un coté abstrait à l’ensemble pour en faire une oeuvre à part. Résultat elle l’est, à part, mais du mauvais coté. Heureusement le film semble avoir trouvé son public qui a grandi avec les adaptation de différentes licences sous forme de jeux vidéo comme Lego Star Wars, Lego Harry Potter,…

J’ignore si c’est le tandem de départ et leurs oeuvres profondément barrées que m’ont fait voir là une promesse non tenue ou si inconsciemment cette couleur jaune m’a fait voir un lien de parenté avec les Simpsons, mais toujours est-il que la déception est là. Cette dernière famille cherchaient à déranger et à parodier et il y avait là un terrain d’expérimentation de folie et c’est rageant de voir qu’ils n’ont fait qu’en effleurer la surface. Alors oui, les Legos sont devenus tendance, à la mode et en pleine hype mais c’est bien pire qu’une lobotomisation, c’est une légotomisation.

Et la suite s’annonce bien pire si l’on tient compte du pseudo-cliffhanger avec les Duplos qui sonne plus comme une blague qu’autre chose. En espérant qu’un film Playmobil ne soit pas en préparation pour le bien de toute une génération qui a pu grandir avec. Cette grande aventure Lego que l’on m’avait promis n’en est pas une. En tout cas cela m’aura permis de me remémorer avec nostalgie cette période où cette boite bleue était ce que j’avais de plus important. Un temps où la marque n’avait pas encore acheté toutes les licences possibles et imaginables et où il n’appartenait qu’à moi de le faire.

Cela me permettait non seulement de mettre à l’épreuve ma créativité mais aussi mes repères dans l’espace. C’est surement toutes ces heures passées devant ce jeu de construction qui m’ont finalement orienté vers des études d’architecte. Même si cela s’est avéré être une erreur de parcours, lors de cette période je me suis rendu compte qu’il me manquait le coté créatif, chose que ne m’offrait absolument pas ce cursus. Toutefois je suis convaincu que, selon si votre cerveau dominant est le droit ou le gauche, ce simple jeu de construction peut susciter bien des vocations. Je reste persuader que cet empilement de briques a grandement contribué au développement des fondations de mon imaginaire.

Pour moi il s’agissait d’un puzzle dont l’image n’était présente que dans mon esprit et qui prenait forme au fur et à mesure de l’assemblage. Il était bien inutile de commencer par les bords puisqu’il n’y avait aucune limite si ce n’est le nombre de pièce à disposition. Ce puzzle en trois dimensions pouvait remplacer tous les jouets puisque tout était possible avec eux. Construire une maison, une voiture, un personnage,… Alors puisque ce film n’a pas d’autres buts que de vendre un peu plus de sets Lego, épargnez-vous cette publicité mensongère et passez directement en magasin.

PROCRASTINATION WINS!

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