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« The Unwritten – Entre les lignes: Volume 1 » de Mike Carey et Peter Gross

« THE UNWRITTEN 1 » VS PROCRASTINATION

Saviez-vous que Harry Potter existe vraiment? C’est un garçon de Grande-Bretagne, tout ce qu’il y a de plus normal. Il a très certainement été secoué par tout l’événement médiatique autour de la saga de JK Rowling et a du voir son quotidien totalement chamboulé. Mais il n’est en rien un adepte de la magie et si il le pouvait, il y aurait de grandes chances pour qu’il rejoigne l’armée de Mangemorts de Voldemort ou alors qu’il mette un terme à tout cet engouement autour de sa propre personne. Un sort « d’oubliette » pour refaçonner la réalité et vivre dans un monde tel que celui que l’on peut voir dans le film « Yesterday » de Danny Boyle. Un monde où les Beatles n’ont jamais existé tout comme le célèbre sorcier. Par contre je pense qu’il a tellement la saga en horreur que, contrairement au héros et ses reprises des chansons des Beatles, il ne se livrerait pas à une réécriture de l’oeuvre pour devenir célèbre à son tour.

Saviez-vous que Tom Taylor n’existe pas vraiment? C’est un garçon dont les origines sont remises en question par ses propres fans. Il n’est pas acteur, ni écrivain, encore moins chanteur est pourtant il est l’une des personnes les plus célèbres au monde. Son seul fait de gloire est que son écrivain de père se soit inspirer de lui pour créer le petit sorcier Tommy Taylor, le héros d’une saga littéraire en treize tomes. Et puis l’auteur a disparu du jour au lendemain, laissant derrière lui la perspective d’un quatorzième tome et un fils à la recherche de ses racines dans les méandres d’une géographie littéraire. Disons le tout de suite, le sous-titre de ce tome aurait pu s’intituler: « Harry Potter et l’identité factice ». Remplacez le nom du célèbre petit sorcier à lunette par son ersatz de Tommy Taylor et vous obtenez le titre du premier arc de quatre numéros que compte la première partie de ce tome.

Tout comme Alan Moore et ses Watchmen avant lui, l’auteur Mike Carey créait son propre personnage afin de ne pas être encombré par une mythologie préexistante dont il n’aurait pas érigé les règles et surtout, dont il ne détient pas les droits. JK Rowling a beau être souple sur les fan-fictions en ayant créé le site Pottermore à l’intention des fans et de leur créativité, elle n’en demeure pas moins une femme d’affaire redoutable lorsqu’il s’agit de protéger ses intérêts. Et son petit protégé. Et si il y en a bien un qui serait légitime à porter plainte et à recevoir des royalties c’est bien son homonyme. Mais le jour où les noms de famille deviendront des marques déposés n’est pas encore arrivé tout comme la popularité de la saga n’est pas prête de s’estomper. C’est sur cette vague, comme de nombreux autres, que le créateur à donc décidé de surfer sans pour autant faire preuve de plagiat puisqu’il est ici question de méta-fiction.

Libéré de toutes contraintes, le scénariste prend un malin plaisir à décortiquer le phénomène littéraire que nous connaissons tous mais sous un nouvel angle. Les codes de ces romans jeunesses sont analysés tout comme leurs répercussions sur notre propre monde. Le personnage principal voit ainsi sa propre existence totalement remise en question. C’est à partir de là que la popularité de Tom Taylor, bâtie sur ce qu’il est, un fils à papa, va basculer dans une quête sur la vérité. Et c’est un véritable régal de voir les retombés de cet engouement sur notre société de consommation, sur la pop culture, sur le monde entier. En bon anglais, il prend exemple sur ses pairs que sont Rowling et plus encore sur Moore, pour le coté auteur de comics, pour intégrer des pages annexes afin d’enrichir son récit du poids du monde.

Coupure de journaux, blogs et autres historiques de conversations sont donc mis à profit pour théoriser sur le cas de Tommy Taylor mais leur utilisation laisse à désirer. On est loin de la gazette du sorcier et de ses images animées. Ici tout est trop compact, pas forcément interessant, lourd, pas attirant visuellement, cela à tendance à ralentir la cadence d’un récit pourtant trépidant. On en vient même à se demander si le format littéraire n’aurait pas été plus adapté plutôt que celui du comics tant parfois le texte empiète sur le visuel. Ajouter à cela quelques séquences de dialogues interminables et la bonne surprise qu’était The Unwritten aurait pu se transformer en déception. Et il aurait été dans la logique d’enchainer avec un point positif pour contrebalancer ces défauts et justifier le statut de chef d’oeuvre de ce comics mais nous n’en sommes pas encore là puisque nous allons évoquer la partie graphique.

Les dessins de Peter Gross souffrent immanquablement de la comparaison avec les couvertures de Yoko Shimizu qui donne un cachet asiatique et onirique à la série. Illustrant chaque début de numéro, on a l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise lorsque l’on feuillette les pages. Les couvertures sont intercalées entre chaque épisode et provoque un sursaut qui fait plaisir aux rétines. Chacune de ces pleines pages sont une fresque à la composition inventive et au partie pris assumé quant à aux origines de cette illustratrice. Au moins c’est raccord avec la thématique à défaut de l’être avec celle des personnages plus typés caucasiens. On aurait clairement aimé la voir dessiner chaque cases ou alors avoir recourt à deux dessinateurs différents. En effet certaines parties illustrées, généralement en ouverture, représentent des extraits des tomes de Tommy Taylor afin de pouvoir accentuer la métaphore.

Pour autant les dessins de Peter Gross sont lisibles, corrects et jamais brouillons. Tout comme les couvertures de Yoko Shimizu, dont le talent semble pleinement s’épanouir au fil des numéros, qui donne ici son identité au titre, le travail fourni par ce dessinateur a beau être loin d’être démentiel, il devient peu à peu la marque de la série au point d’en devenir indissociable. Il fait un travail constant tout au long des numéros qui composent ce premier tome mais c’est surtout par l’illustration de ces concepts que la série brille. L’un d’entre eux est une cartographie mais qui nécessite d’avoir un bagage littéraire. En effet tout les classiques y sont non seulement répertoriés (1984, Frankenstein, Moby Dick,…) mais aussi bien l’endroit dans le monde où les auteurs les ont écrit.

Cette profusion de référence trouve ses limites dans le format du comics book puisque la plupart des lecteurs de bande-dessinées lisent… des bande-dessinées. Loin de moi l’idée de faire une généralité d’un certain type de lectorat, j’en suis moi-même la preuve. Peu importe le support, je vais là où sont les bonnes histoires. Ou en tout cas ce que j’estime en être une comme celle-ci d’ailleurs. Mais il est toujours plus simple de démontrer une théorie un inversant son concept de base. Si un roman avait eu pour cadre une multitude de citations à l’égard du monde des comics, je ne suis pas sûr que les messages seraient aussi bien passé que dans un comic book. C’est le principe même de la mise en abime d’une oeuvre à l’intérieur d’une autre et les exemples de classiques dans le monde du 9ème art ne manquent pas. Alan Moore n’est qu’un des nombreux auteurs que j’ai pu citer plus haut même si celui-ci joue sur les deux tableaux en s’étant aussi livré à l’exercice du roman. 

Toujours est-il que ce concept est plutôt bien trouvé et très intriguant autant pour lecteur que pour le nombre de personnages qui gravitent autour pour pouvoir en découvrir tous les secrets. Ainsi on ne se retrouve jamais à court de rebondissements, de nouvelles idées fusent, les anciennes se renouvellent et prennent plus d’importances, l’existence d’un quatorzième tome prend forme, le tatouage de la boussole est toujours aussi intriguant, des rencontres littéralement littéraires se font,… Entre nouveaux alliés et anciens ennemis, la galerie de personnages autour de Tom Taylor ne cesse de s’agrandir au cours des douze premiers numéros. Mais tous ne sont pas liés à l’intrigue principal et certains font office d’interlude tout en enrichissant l’univers mis en place par Mike Carrey. On a parfois du mal à voir la finalité de certaines de ces histoires annexes assez dispensables mais comme beaucoup d’histoires, leur importance se révèle sur le tard lorsque l’on a une vue d’ensemble.

Une chance puisque il s’agit ici d’une série qui a terminé sa parution pour se voir regrouper sous la forme de volume par Urban Comics. Toutefois l’éditeur semble privilégier les super-héros de son catalogue au profit de cette perle et même si un deuxième tome à vu le jour, le troisième se fait toujours attendre. L’attente est d’autant plus longue que celui-ci se clôt avec un cliffhanger « énorme » pour reprendre l’expression de l’un des protagonistes. Sans en révéler la teneur, je m’interroge: trois jour dans une bande-dessinée, ça équivaut à combien en temps réel? Vous vous souvenez de l’attente interminable pour le septième et dernier tome de la saga Harry Potter? Là c’est pareil avec le troisième tome et le meilleur c’est que ça ne sera pas le dernier puisqu’il a été annoncé que la totalité de cette aventure tiendrait sur cinq volumes. Au final, Harry Potter / Tom Taylor, même combat mais pas le même monde.

« THE UNWRITTEN 1 » WINS!

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