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« Transformers » de Michael Bay

« TRANSFORMERS » VS PROCRASTINATION

Michael Bay n’a pas attendu le nombre des années pour faire parler de lui. Surtout pour donner son opinion sur le travail des autres. Alors qu’il n’a que 15 ans et demi et travaille chez Lucasfilm, il va avoir l’occasion de voir en avant-première à quoi va ressembler le prochain Spielberg. Durant ce job d’été, il est chargé de classer des documents relatifs aux productions en cours, dont les story-boards des Aventuriers de l’arche perdue. À la vue de ces documents, son verdict est sans appel lorsqu’il en parle à l’un de ses amis: ça va être nul.

Plus tard, lorsqu’il commencera à se faire un nom dans l’industrie cinématographique, Michael Bay rencontrera son idole et lui fera part de cette anecdote. Non sans s’excuser et ajouter un petit détail. Lorsque le film en question est sorti, l’adolescent qu’il était l’a vu tous les dimanches lorsqu’il était à l’affiche. Un revirement qui en dit beaucoup sur ses impressions, mais qui va aussi jusqu’à lui faire avoir une révélation sur sa future carrière: c’est ce qu’il veut faire. Et c’est ce qu’il fait depuis des années en régnant sur les blockbusters à grand spectacle.

Mais de cette entrevue ne naitra pas forcément une relation de maitre à élève. Du moins, pas tout de suite. Michael Bay formera d’abord un duo avec le producteur Jerry Bruckheimer qui l’amènera jusqu’aux cimes du box-office. Une fois au sommet, le réalisateur changera de binôme en s’associant avec le célèbre Steven Spielberg. Pourtant, ce dernier a beau être l’idole de Bay, les deux cinéastes ont des filmographies très différentes. À tel point que l’un est considéré comme un génie du septième art, et l’autre son opposé.

Autant dire qu’ils se complètent. Ces deux sensibilités artistiques se retrouvent ainsi mêler dans Transformers premier du nom. Et lorsque l’on voit les deux fortes personnalités impliquées, on remarque que cette super-production porte la marque de ce duo atypique. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, derrière ce blockbuster se cachent à la fois un film de producteur, Spielberg, et un film d’auteur, Michael Bay. Et non l’inverse. Car oui, malgré une filmographie riche en testostérone et très peu portée sur la subtilité, le réalisateur de Bad boys est un auteur.

Au même titre que son idole, le cinéaste a lui aussi un style très identifié, des thèmes récurrents, une famille de cinéma, des plans signatures… N’en déplaise aux cinéphiles les plus fermés d’esprit, Transformers trouve autant sa place dans la carrière de Michael Bay que dans celle de Steven Spielberg. Pour faire coexister ce couple d’artistes aux antipodes au sein d’une même histoire, les scénaristes Roberto Orci et Alex Kurtzman ont eu la bonne idée de faire prendre deux chemins différents à l’intrigue, avant de les regrouper pour le grand final.

Tout commence lorsque soudainement la Terre devient le point de rassemblement de robots ayant la faculté de se transformer en véhicule. L’armée américaine se retrouve alors aux prises avec les Decepticons, tandis que Sam Witwicky est sous la protection des Autobots. L’ancêtre de cet adolescent et sa rencontre avec un homme des glaces géant semblent être la clé qui les conduira au Allsparks, un cube à l’origine de la vie des Transformers. Deux trames pour un même objectif. Et chacune de ces intrigues ne laissent planer aucun doute quant à où va la préférence des deux cinéastes à la barre.

La partie consacrée à l’armée a donc clairement les faveurs de Michael Bay. On retrouve son cinéma guerrier et bourrin qui lui a valu sa renommée. C’est un véritable condensé de sa filmographie avec des soldats dignes de la section TNT dans Bad Boys 2 qui vont se confronter à une espèce de scorpion robotique dans le désert suite à la destruction de leur base. Une séquence impressionnante qui donne toute la démesure de ces engins de destruction que sont les Decepticons. À l’opposer, l’arrivée des Autobots sur Terre n’a rien à envier à Armageddon.

Le long-métrage est d’ailleurs explicitement cité par un badaud en train de filmer la catastrophe avec son téléphone. S’en suivront des transformations à tout va en véhicule pour échapper aux regards indiscrets. C’est là que Michael Bay montrera toute sa maitrise des effets spéciaux avec des transformations où fourmillent des centaines de milliers de détails. Des détails, il y en aura tout autant dans le discours d’Optimus qui expliquera à Sam les raisons de leur venue sur sa planète et pourquoi il est si important.

Entre-temps, le jeune ado aura embrigadé dans sa cause Mikaela, dont il est éperdument amoureux. Ou plutôt très attiré sexuellement. L’occasion pour le réalisateur de faire étalage de son légendaire humour douteux. Entre les allusions sexuelles sous couvert de vocabulaire mécanique, quand elles ne sont pas clairement explicites, et autres blagues bien beaufs, la gent féminine en prend pour son grade. Mais la palme du mauvais gout revient à Bumblebee qui fait sa vidange sur le chef de la section 7 pour l’intimider suite à l’arrestation de son propriétaire.

C’est très gênant de voir cet Autobots s’illustrer de la sorte, lui qui avait été très bien iconisé jusque là. C’est en sauvant Sam des griffes d’un Decepticons, qui comme dans Terminator 2 est symbolisé par la police, qu’il se révèle pleinement. Cette inspiration du chef d’oeuvre de James Cameron n’a rien d’anodin dans le cinéma de Bay puisque lui-même utilise aussi la structure en triple climax. Il n’y a qu’à voir le troisième acte, monument d’action débridé, pour s’en convaincre.

À l’heure où la plupart des films mettant en scène des super-héros cherchent à s’éloigner du centre-ville pour faire le moins de victimes possible, là c’est tout l’inverse. Mais le spectacle est au rendez-vous dans cette guérilla urbaine. Le cinéaste y déploie une parfaite gestion de ses personnages, leur offrant à chacun son moment de bravoure. Que ce soit Mikaela qui remorque Bumblebee, Sam qui court pour mettre le cube à l’abri jusqu’à être rattrapé en pleine chute libre par Optimus, ou encore le major Lennox qui se jette de sa moto pour passer entre les jambes d’un Decepticon, tous ces moments ne font qu’un.

Mais cette générosité dans l’action ne va pas sans dommages collatéraux. Pour les éviter sur un plateau qui privilégie les effets réels et la pyrotechnie, Michael Bay a donc pris soin de protéger sa caméra dans une boite en verre pare-balle. S’il y avait donc un cube à mettre en sécurité sur le tournage, ce n’était pas forcément le allsparks. Et tout cela au détriment des acteurs comme le lui fera très justement remarqué son rôle principal. Une remarque d’autant plus pertinente que ce déluge d’explosion ne fonctionnerait pas sans un minimum d’attachement aux personnages.

C’est là que la contribution de Spielberg se révèle bénéfique. Sa patte transparait dans toute l’intrigue consacrée à Sam Witwicky et sa rencontre du troisième type. Un point de départ qui n’est pas sans rappeler celui de E.T. l’extraterrestre, faisant de Bumblebee l’alien en question. Une comparaison assez facile qui n’a échappé à personne, pourtant il existe un autre film produit par Spielberg qui entretient bien plus de points de correspondances: Small Soldiers. Réalisé par Joe Dante, cette production Dreamworks et Amblin Entertainement accumule les similitudes avec Transformers.

Ces deux histoires mettent en scène un stéréotype de l’ado ayant des vues sur une jolie fille, mais bien sûr celle-ci sort déjà avec le garçon le plus populaire. Jusque là, rien d’extraordinaire. Par contre, plus le film se déroule, plus il est difficile de faire l’impasse sur les correspondances. Ainsi, le paternel du héros est joué par le même acteur, Kevin Dunn, en plus d’avoir un caractère similaire. Les humains ont tous des personnalités similaires à leur homologue, et il en de même pour les deux forces qui s’opposent au centre de ce récit.

Les Gorgonites contre les Commandos dans Small Soldiers, les Autobots contre les Decepticons dans Transformers: même combat. On retrouve beaucoup d’Archer dans Optimus Prime, tout comme Chip Hazard n’est pas différent de Megatron. Ces derniers ont le même objectif de domination et d’extermination de leur ennemi. Chez les soldats, cela passe par l’implantation de puces informatiques dans des poupées pour se constituer une armée, exactement comme le fera le leader des Decepticons avec le allsparks en donnant vie aux objets environnants.

Pour contrer leurs adversaires, les Gorgonites adopteront le même état d’esprit que les Autobots en étant prêts à aller jusqu’au sacrifice de leur vie. Autant que puisse en avoir cette technologie. Toujours est-il que les scénaristes semblent s’être inspirés de la structure de ce film sorti en 1998 pour leur blockbuster. Le fait qu’ils aient jeté leur dévolu dessus tient sans doute au fait que Joe Dante y met en scène des jouets, or les Transformers sont à l’origine une marque de jouet conçu par Hasbro.

Dès lors, le film aurait pu être complètement différent si la structure narrative avait été conservée telle quelle. Cette puce de l’armée, qui donne leur background aux Gorgonites et aux Commandos, aurait pu être implantée dans les figurines Transformers pour un résultat qui laisse songeur. Ce discours méta ne verra jamais le jour au profit d’un développement de la mythologie de ces êtres venus de la planète Cybertron. La taille des jouets sera donc convertie des centimètres aux mètres pour un rendu démesuré.

Un gigantisme qui vient directement concurrencer les dinosaures de Jurassic Park. Et si le docteur Malcolm abordait la théorie du chaos au détour d’une scène de ce chef d’oeuvre, Michael Bay passe directement à la pratique avec toute la délicatesse qui le caractérise. Celle-ci a même sa propre appellation: le bayhem. Contraction de son nom et de mayhem, c’est toute l’expertise du cinéaste qui se déploie lorsqu’il s’agit de mettre en action ces colosses de métal. De quoi afficher la fameuse Spielberg face devant ce potentiel de destruction.

C’est Shia Labeouf qui a les honneurs de ce regard si emblématique. Une sorte d’essai qui lui vaudra d’être choisi par le célèbre producteur pour être le fils d’Indiana Jones dans le quatrième épisode de la franchise. Si, plus jeune, Michael Bay avait émis des doutes sur le résultat final à partir des story-boards du premier opus, Shia sera plus catégorique quant à sa participation à la déception que fut cette aventure du célèbre archéologue. Mais sous la direction de Michael Bay, l’acteur a surtout la lourde tâche d’interagir avec du vide.

Les Transformers étant ajouté en post-production et Megan Fox ayant loin d’avoir l’étoffe d’une grande actrice, il ne reste que John Turturro pour égaler son délire. L’interprète de l’agent Seymour Simmons du secteur 7 a d’ailleurs avoué avoir basé sa performance sur celui qui le diriger sur le plateau. De quoi donner une idée de la manière dont se comporte le réalisateur de Bad Boys. Bien que ce dernier insiste sur le fait que ce personnage ne lui ressemble en rien, on retrouve tout de même un peu de sa personne au gré de cette aventure. Et plus qu’il n’y parait si l’on regarde son film de fin d’études, My Brother Benjamin, ou l’histoire d’un ado à qui son frère offre une Porsche jaune pour son anniversaire.

Dans le genre prédestination, on ne fait pas mieux. Et ce n’est pas tout. Son protagoniste principal lui permet d’y projeter son adolescence, notamment lorsqu’il économisait pour s’acheter sa première voiture en travaillant chez Lucasfilm. Une anecdote qui a sans doute permis d’alimenter la prémisse de son film, et qui verra la rencontre entre Sam et Bumblebee. Et comme le dit le revendeur automobile en guise d’argument de vente, c’est la voiture qui choisit le conducteur. Tout comme c’est le producteur qui choisit son réalisateur. Bien que Michael Bay était contre l’idée de réaliser ce film, l’envie de travailler avec Steven Spielberg l’a emporté sur ce qu’il considérait alors comme un stupide film de jouet. 

Sa passion pour les bolides l’a convaincu d’accepter l’offre de son idole. Un cadeau qu’il lui rendra en citant une partie de sa filmographie comme on peut le voir dès le premier teaser. Celui-ci pourrait servir de prologue en prenant place sur Mars, lieu où a été vu le premier des robots. Mais cette planète rouge est aussi celle qui attaque la Terre dans La guerre des mondes que Spielberg a réalisé. Pour aller plus loin, on entend même une phrase de la version radiophonique d’Orson Welles à travers la radio de Bumblebee. Plus qu’une référence gratuite à War of the world, il s’agit surtout d’un hommage puisque la voix de Welles est également audible dans le film d’animation Transformers de 1985.

Comme quoi, la licence attire de grands noms, mais surtout de grands enfants. À leur manière, Michael Bay et Steven Spielberg en font indéniablement partie. Une association contre-nature pour des cinéphiles du monde entier, mais qui fonctionne. Chacun est un hémisphère du cerveau de cette tête pensante schizophrène. L’un est plus émotionnel et cérébral, l’autre tout en muscles et propice à l’adrénaline, le combo parfait. Tout ce qu’il n’a pas su trouver chez Jerry Bruckheimer, son ancien producteur, il l’a trouvé chez le réalisateur Des dents de la mer.

Après avoir atteint les hauteurs d’Hollywood, il est donc devenu un auteur à part entière avec l’appui de Spielberg. Son nom est désormais suffisamment connu pour ne pas avoir recours à des acteurs comme Will Smith pour porter un projet. On dit souvent des blockbusters qu’ils sont des véhicules pour stars, dans le sens où ces super-productions sont conçues pour mettre en valeur une tête d’affiche. Cette formulation est encore plus vraie lorsque ce sont les véhicules eux-mêmes les stars.

« TRANSFORMERS » WINS!

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