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« Underworld: Nouvelle ère » de Mans Marlind et Bjorn Stein

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« UNDERWORLD: NOUVELLE ÈRE » VS PROCRASTINATION

Twilight a fait beaucoup de mal au genre du fantastique. Ce mal s’est étendu de la littérature au cinéma, mais l’un comme l’autre s’en est remis. Ceux qui ont eu du mal à se remettre de cette injure sont les principaux concernés: les vampires et les loups-garous. Leur image d’être bestial en a pris un coup et peine à se remettre de cette mode. Et cette épidémie s’est étendue au reste du bestiaire évoluant dans les sphères surnaturelles.

Il suffit de regarder du côté du petit écran pour s’en convaincre: Teen Wolf, The vampire diaries, Les nouvelles aventures de Sabrina, Beauty and the best, True blood, The originals, Shadowhunters… Le phénomène est vraiment persistant à travers la télévision. Il y a bien eu des contre-propositions comme The Strain de Guillermo Del Toro pour enrayer la machine de l’intérieur, mais la série n’a pas rencontré le succès malgré ce nom prestigieux. Et surtout sa qualité.

Ce désintérêt s’illustre par l’absence de romance chère à la catégorie Young adult. Car c’est avant tout de cela dont il est question dans Twilight, plus que d’une lutte entre deux espèces sanguinaires. Un concept tout droit hérité de Roméo et Juliette et que la romancière Stephenie Meyer a repris à son compte. En 2005 sort donc Fascination en librairie, mais l’on peut déjà voir des affrontements entre vampires et lycans depuis 2003 dans Underworld, sous couvert de romance shakespearienne.

Et puisqu’il faut bien s’adapter pour survivre dans cette industrie du divertissement, la saga initiée par Len Wiseman n’a eu d’autre choix que de suivre cette mode. Plus encore lorsque la Twilight-mania a investi le cinéma. Pour autant, Underworld attendra la fin du règne de Bella et Edward en 2012, avec Révélation partie 2, pour se décider à revenir sur le devant de la scène la même année. Plus précisément entre la première et la seconde partie pour ne pas entrer en concurrence directe.

Une stratégie commerciale qui consiste à tirer profit de l’engouement de cette nouvelle ère. Une nouvelle ère qui se traduit jusque dans le sous-titre français de ce quatrième opus, qui reflète bien plus cette modernisation des vampires et des loups-garous, que le contexte dans lequel s’inscrit l’histoire. Celle-ci débute 6 mois après les événements du deuxième opus, puisque le troisième était une préquelle, et nous sert un résumé avec la voix off de Selene.

Cette rétrospective est illustrée par des images des deux premiers volets, avant de raccrocher les wagons avec ce qui va servir de base à cette nouvelle histoire: l’extermination des vampires et des lycans par les humains. Ces derniers dépassent enfin leur statut de figurants pour prendre part à ce conflit dont ils ignoraient tout. Hélas, la purge en question est expédiée en 2 minutes, comme une sorte de bande-annonce, alors que c’est ce que le spectateur aurait préféré voir durant 2 heures.

C’est une occasion manquée de voir les ennemis de toujours s’allier face à une menace commune. Après tout, les humains ont bien réussi à mettre leurs différends de côté, en arrêtant de s’entretuer pour des raisons politiques ou économiques, afin de combattre ensemble ceux qui les considérés comme de la simple nourriture. Même si cela peut sembler contradictoire avec la mythologie d’Underworld, ce contre-pied scénaristique reste une formule utiliser par les meilleures suites.

Il n’y a qu’à voir Blade s’allier aux vampires pour combattre les Reapers ou le Terminator devenir gentil. Le dilemme de cette union dans l’adversité restera donc inexploré. À la place, on aura le droit à quelque chose de très différent lorsque l’on assistera au réveil de Selene après 12 ans de captivité. Capturer par les humains et mis en hibernation cryogénique, suspendue la tête en bas comme les cercueils des ainés, d’où elle sera tirée de son sommeil avant de prendre la fuite.

Bien entendu, elle laissera quelques cadavres derrière elle avant de rejoindre l’extérieur. Mais quitte à faire évoluer l’héroïne plus d’une décennie plus tard, il aurait été judicieux de choisir pour cadre une cité futuriste. Là, il y a beau y avoir un bond dans le temps, on a du mal à voir la différence avec l’époque actuelle. Pour le coup, cela concorde avec la manière dont notre paysage évolue, mais il est toujours bon de rappeler qu’il s’agit d’un film mettant en scène des vampires et des loups-garous. Donc pour le réalisme, on repassera.

Un peu de distance n’aurait pas fait de mal pour transposer le récit dans un avenir plus sombre et technologique. Cela me fait d’autant plus regretter le fait que Len Wiseman ne soit pas de retour derrière la caméra. Quand on voit l’imagerie qu’il a déployée sur Total Recall: mémoires programmées, je ne peux m’empêcher d’y voir là une opportunité manquée de poursuivre son travail. Le duo de réalisateurs choisi pour lui succéder, après l’interlude de Patrick Tatopoulos sur la préquelle, ne parvient pas à faire illusion.

C’est d’autant plus visible dans la reprise des plans iconique du premier opus, et qui ont contribué à forger l’identité de la saga. À cela, il faut ajouter des tics visuels persistant tout au long du métrage. Notamment cette manie de mettre des éclairages défaillants, ou des éclairs, dès qu’il y a une scène d’action. Et le film est riche en action ce qui veut dire que la plupart du temps, on ne voit qu’une image sur deux. Du moins, lorsque l’on ne cligne pas des yeux au même moment.

C’est là une astuce pour camoufler une mise en scène peu inspirée, ainsi que la qualité médiocre des effets spéciaux et des chorégraphies lors des combats. Toutefois, on peut au moins reconnaitre à Mans Marlind et Bjorn Stein une meilleure gestion des acrobaties. On ressent moins cette impression de câble pour les sauts durant les affrontements. La vitesse de Selene est également bien rendue, faisant d’elle une prédatrice plus meurtrière que jamais. Enfin, le gimmick des tirs pour aller à un autre niveau est ici inversé avec un ascenseur qui est en chute libre dans sa direction. Impressionnant.

Entre autres fulgurances, il y a aussi cette scène où Selene interroge un scientifique en le plaquant contre la fenêtre de son bureau. La pression de son corps provoque alors des fissures sur la vitre jusqu’à ce qu’elle ne se brise. Une bonne idée de mise en scène qui illustre la tension de manière littérale. Mais cette séquence est surtout l’occasion pour la vampire de récupérer des informations sur le fameux sujet 2. Étant le sujet 1, elle est persuadée qu’il s’agit de Michael, son bien aimé.

Une conviction alimentée par le lien qu’elle semble entretenir avec l’hybride, mi-vampire, mi-lycan. En effet, depuis son échappée belle, Selene reçoit des visions en vue subjective dont tout indique qu’il s’agit de sa moitié. Mais cette observation à hauteur d’homme et au souffle soutenu n’est qu’une fausse piste. C’est là que l’influence de la saga Twilight se fait le plus ressentir. Non pas sur ce couple donc, pourtant loin d’être aussi fade que Bella et Edward, mais sur leur progéniture.

Cette engeance porte le nom de Eve, comme c’est original, et Selene remonte sa piste grâce à ce lien entre mère et fille. La raison d’être de cette dernière trouve son origine dans la pseudo-scène érotique du 2. Un acte charnel qui porte donc à conséquence pour le reste de la franchise. C’est d’autant plus handicapant que Selene n’a pas le moindre soupçon d’instinct maternel. Cela se manifeste par un passage assez ironique où suite à une attaque de Lycans, elle s’inquiète que sa fille ne cicatrise pas, mais ne se gêne pas pour la mordre dans la foulée afin de voir ses souvenirs.

Mais cette enfant est en mesure de contre-attaquer puisqu’elle est capable de se transformer en une espèce de monstre dont le maquillage est digne d’un épisode de Scary Movie. Ni vampire, ni lycan, cet aspect grotesque ne nous en dit pas plus sur ce qu’est Eve, si ce n’est une aberration dans la lignée de Renésmée. Au final, c’est bien la digne fille de son père, Michael, qui est la grosse blague du film. Aucune ligne de dialogue, une brève apparition et c’est tout. Ce n’est pas pour déplaire tant le personnage est d’une inutilité affligeante. 

L’absence de son interprète, Scott Speedman, au générique en dit beaucoup sur le traitement de Michael Corvin. Reléguer au rang de figurant, il n’apparait que par l’intermédiaire d’images d’archive que l’on voit à travers le viseur d’un fusil. Une ligne de mire à laquelle il échappe, mais le laisse néanmoins présumer mort à l’issue de la scène d’introduction, et cela aurait dû rester tel quel. En effet, peu avant la fin, on apprend que Michael avait lui aussi été cryogénisé avant de s’évader. Voilà qui relance à nouveau l’attention sur sa personne en guise de cliffhanger.

C’était pourtant l’opus idéal pour se débarrasser de ce personnage dont personne ne semble savoir quoi faire. Même le principal intéressé qui l’incarne a eu la décence de ne pas participer à cette suite. Surement la faute à un rôle consistant à faire de la figuration, alors qu’il y avait tellement de possibilités pour le faire évoluer. Ce n’était pas les options qui manquaient pour en faire plus que l’animal de compagnie de Selene. Recaster purement et simplement Michael Corvin, pour un comédien plus charismatique tant qu’à faire, en était une.

Le voir reprendre les affaires de son ancêtre en était une autre. Après tout, il est tout à fait légitime de le voir à la tête de cette organisation suite à l’assassinat d’Alexander Corvinus dans Underworld: évolution. À partir de là, deux alternatives: le développement de cet arc narratif, ou se servir de ce prétexte pour lui faire prendre le large et embrasser ses nouvelles responsabilités hors champ. De quoi laisser la porte ouverte à un potentiel retour, sans pour autant le laisser dans l’incertitude comme c’est le cas ici. Cette manière de faire est un manque de respect pour les fans qui répondent encore présents à l’appel, malgré des qualités de plus en plus rares dans la saga.

La mythologie d’Underworld est tellement riche que cette tournure est difficilement acceptable. Cette nouvelle ère aurait pu tout aussi bien signifier la consécration de Selene et Michael en tant que nouveaux ainés. Une solution toute trouvée en mettant cet amant maudit en sommeil grâce au fameux jeu de saute-mouton instauré par les précédents ainés. Cela aurait assurément rajouté de la tragédie à leur romance. Toujours dans un même ordre d’idée, faire de Michael le grand méchant de ce quatrième volet aurait du être considéré. Un choix osé et surprenant en plus d’être directement connecté au deuxième opus.

À l’issue de celui-ci, Michael sortait victorieux de son combat contre William, le premier des loups-garous. Il n’était alors pas impossible de mentionner le fait que durant cet affrontement, l’hybride avait mordu son ennemi et que son sang ait altéré son organisme. Au point de l’empêcher de reprendre sa forme humaine, comme c’était le cas pour le proto-lycan. Avec ce subterfuge, la production n’aurait pas eu à s’embarrasser d’un acteur ne souhaitant plus intégrer le casting en utilisant sa forme bestiale, et en clôturant son arc narratif d’une manière un tant soit peu satisfaisante.

Toutes ces pistes resteront donc inexplorées, malgré leur potentiel. C’est d’autant plus regrettable que 4 scénaristes sont crédités sur le script, dont Joseph Michael Straczynski. Un nom prestigieux a qui l’on doit la série Babylon 5, monument de la science-fiction, mais aussi la série Sense8 en collaboration avec les Wachowski. En tant que fan de comics, sa plume est également associée à son long run sur The Amazing Spider-Man. Un CV qui compte donc désormais Underworld: Awakening, et difficile de ne pas le voir comme une erreur de parcours.

Cette production a tout d’une pure commande à honorer. À aucun moment on ne retrouve le style de l’auteur, à se demander ce qu’il a pu apporter au produit fini. Ou si son travail a été réécrit par les trois autres scénaristes. Ce quatuor a tout de même trouvé le moyen de passer sous silence des éléments qui auraient mérité des explications. Je pense notamment à l’existence même des lycans et des vampires dont les lignées auraient dû s’éteindre avec la mort de William et Marcus. Cette incohérence aurait mérité une justification, peu importe laquelle.

En l’absence de ces figures à l’origine du mythe, les humains font bien pâle figure en comparaison. On suit leur point de vue par l’intermédiaire d’un duo de flic qui mène l’enquête sur les agissements du laboratoire Antigen. Cette intrigue parallèle est loin d’être palpitante et le seul intérêt à cette cohabitation forcée avec l’humanité, c’est de voir tout ce monde interagir ensemble. Il n’est plus question de se cacher dans les ombres pour ne pas attirer l’attention des hommes, et c’est plutôt bienvenu. 

Voir un lycan bondir de voiture en voiture pour poursuivre Selene fait donc office d’innovation au sein de la saga. Comme quoi, on se contente de peu. Toujours est-il que la venue de Straczynski sur ce projet était synonyme d’une orientation plus comics, étant donné sa carrière dans le milieu. Pour exemple, dans les X-men, Selene est une mutante qui dispose de pouvoir psychique vampirique. L’évolution de la vampire dans la saga Underworld tend à aller dans ce sens. Ou plutôt aurait dû aller dans ce sens pour lui conférer d’autres pouvoirs.

Alors certes, elle peut désormais sortir à la lumière suite à l’absorption du sang de Corvinus, mais rien que Blade ne sache déjà faire. Sans compter que du coup, on perd également en partie le côté nocturne qui faisait tout son charme. Heureusement, on échappe au scintillement lorsque la vampire se retrouve exposée au soleil. Mais Twilight n’est pas la seule inspiration à mettre en cause, puisqu’Underworld commence à sévèrement lorgner du côté de la franchise Resident Evil

Rien d’étonnant si l’on considère qu’il faut s’adapter pour survivre dans l’industrie cinématographique en copiant ce qui fonctionne. Financièrement parlant, j’entends. Difficile donc de ne pas voir Alice dans cette mise à jour de l’héroïne qui a subi des expérimentations de la part d’une organisation de type Umbrella. Et le niveau de beauferie qui va avec. Mais même avec cette influence nanardesque, Underworld: nouvelle ère manque d’ambition. Un jeu vidéo comme Bloody Roar était tout indiqué pour servir d’exemple à de nouvelles hybridations. Au passage, il y avait même surement la possibilité d’emprunter quelques combos pour rendre les chorégraphies de combat plus intéressantes. 

En lieu et place, le laboratoire Antigen, au centre de l’intrigue, est loin d’avoir pris de gros risques durant les 12 années qui séparent le 2 et le 4. On reste donc sur un lycan en guise de méchant principal. Un loup-garou XXL qui sous sa forme humaine est un sosie de Chris Martin, chanteur et leader du groupe Coldplay. Plutôt déstabilisant à l’écran. Son combat final contre Selene dans un parking, anti-épique en terme d’arène pour clore le troisième acte, est loin d’être satisfaisant. Toutefois, la mise à mort, qui prend en compte ses capacités de régénération en les retournant contre lui, se révèle suffisamment astucieuse pour terminer sur une bonne note.

Il aura donc fallu, en tout et pour tout, moins d’une heure et demie à cet opus pour côtoyer les cimes de la médiocrité. Visuellement, c’est le même constat. Il y a une véritable régression jusqu’à flirter avec ce qui sort directement sur le marché de la vidéo. Underworld a encore la chance de passer par la case cinéma et ce grâce à quelques fulgurances qui remontent un peu l’ensemble. Pour preuve, l’assaut final rappelle la scène du building dans Matrix avec une Selene en mode Trinity. Certes, avec plus d’une décennie de retard.

Ce plagiat a au moins le mérite de réutiliser les plans iconiques de la saga. Cela se voit notamment à travers la séquence de l’ascenseur qui reprend le gimmick pour passer d’un étage à un autre en tirant dans le sol. Là, c’est inversé face à un monte-charge en chute libre sur Selene. Mais toutes les effusions de sang et les os brisés ne feront jamais illusion devant un récit indigne de ce qui a été construit auparavant. Dès lors, il est quasiment impossible de bâtir quelque chose de stable à partir de ce semi-reboot.

Cette nouvelle trilogie semble compromise par des fondations pour le moins précaires. Surfer sur la mode du yougn adult n’était pas forcément un bon calcul. Cette orientation va même jusqu’à déteindre dans le choix de carrière de certains acteurs: Michael Sheen apparaitra dans la saga Twilight en tant que Volturie, et Théo James ira de son côté sur Divergente. Des productions loin d’être reluisantes, mais reflétant une certaine idée du divertissement de l’époque. Même un cinéaste prometteur comme David Slade s’est laissé tenter par la mise en scène de Twilight: hésitation avant de sombrer dans l’oubli.

En s’appropriant les codes propres à ce genre, Underworld: nouvelle ère n’a fait que confirmer cette incompatibilité. En définitive, la saga est en train de lorgner dangereusement vers celle de Highlander. Le même schéma en quatre films: les deux premiers du même réalisateur et de très bonnes factures, puis des sous-produits à oublier. Même si l’on peut saluer son retour après la parenthèse que fut Le soulèvement des Lycans, Kate Beckinsale se transforme peu à peu en Christopher Lambert au féminin. Et au vu de la qualité du cinquième opus d’Highlander, je ne suis pas pressé de voir une suite à cette nouvelle ère.

PROCRASTINATION WINS!

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