« ALIENS » VS PROCRASTINATION
Contrairement à ce que l’on peut voir actuellement, cette suite a pris son temps pour arriver sur les écrans. De nos jours les films sont à l’avance programmés en trilogie, en saga et les scripts sont déjà écrits indépendamment du succès publique, ce qui bien souvent enterre dans l’oeuf les suites prévues faute de succès au Box Office. Celle-ci est arrivée presque 7 ans après l’original. Un temps de gestation raisonnable afin de prendre du recul sur le long-métrage de Ridley Scott, et son statut d’oeuvre culte, pour pondre une histoire vraiment prenante.
Ce qui pourrait passer pour une suite tardive à notre époque me semble idéal entre le temps d’attente du public et la mise en chantier de ce projet. Rien que le titre est un coup de génie. Un 2 retourné pour mettre la licence au plurielle, c’est tellement bête qu’il fallait y penser. Une façon intelligente de se réapproprier un film dont on n’est pas l’auteur de l’original sans avoir à le numéroter. Car oui, Cameron est un auteur contrairement à des yesmen dont la filmographie s’embarrasse de suite en tout genre. La sienne n’en est pas exempte pour autant mais elle fait preuve d’une certaine cohérence au regard de ses thèmes de prédilection.
Mais un bon titre ne fait pas tout, l’histoire est elle aussi à la hauteur de l’original. Le script a été écrit par Cameron en même temps que Rambo 2, un duo de films riches en testostérone que l’on peut voir transpirer à l’écran. En effet, le cinéaste prend le contrepied de son prédécesseur en abandonnant le genre de l’horreur en huis clos pour celui de l’horreur de la guerre. Les marines sont là pour nous livrer un Starship Troopers avant l’heure puisque l’équipe se compose entre autre de la Michelle Rodriguez de l’époque, qu’il engagera d’ailleurs pour Avatar, ainsi que Lance Henriksen et Michael Bien de retour sous la direction de Cameron après Terminator. Et pour avoir vu précédemment ce dernier en Kyle Reese dans un futur post-apo, on pourrait croire que les deux franchises sont liées ou que ce Capitaine Hicks qu’il incarne est un descendant de John Connor.
Cette suite a beau être accès sur l’action elle ne met pas pour autant de coté la psychologie des personnages qui est aussi développée que pouvait l’être l’équipage du Nostromo. On apprend notamment que Ripley avait une fille mais son sommeil cryogénique ayant duré 57 ans, celle-ci est morte deux ans avant son réveil. C’est d’ailleurs à partir de cet opus que la facette maternelle du personnage commence vraiment à se developper. Cet instinct maternel trouvera une continuité dans le troisième avec l’Alien qu’elle porte en son sein et une forme de conclusion dans le dernier en étant opposé à la progéniture qu’elle a engendré. Le personnage de la petite Mewt contribue à rendre cet aspect plus tangible tandis qu’au détour d’une séquence on peut voir une vision prophétique du troisième volet, sous forme de cauchemar, où Ripley enfante un Alien.
L’histoire et ses thématiques sont donc explorées dans ses moindres retranchements. Dans son utilisation du triple climax, qui est devenu sa marque de fabrique, et dans la structure de son récit en général, Cameron donne la sensation de presser le récit jusqu’au bout de tel sorte que l’on ressort de ce visionnage complètement lessivé (mais avec la satisfaction d’en avoir eu pour son argent tant le cinéaste est généreux en plus d’être talentueux). Pour preuve, contrairement au premier où l’Alien était un peu ridicule lorsqu’il apparaissait dans le cadre, ici il n’en est rien. Le ridicule aurait pu être augmenté par le nombre conséquent de créatures à l’écran mais l’action frénétique et le mouvement perpétuel permet une meilleure intégration. Idem avec l’utilisation des maquettes pour les vaisseaux qui ont un bien meilleur rendu que dans le film d’origine, à défaut de faire preuve de finesse: le design du Sulaco est littéralement un fusil d’assaut! Ou encore ce combat de méchas annonçant ceux d’Avatar en plus d’être une déclaration d’amour de Cameron à la Japanimation.
Au final, il livre un film supérieur à l’original au point de faire passer celui-ci pour une préquelle. Même si Ridley Scott se chargera de déterrer le passé bien plus tard avec Prometheus comme un dinosaure à la recherche de sa gloire d’antan. Un exercice auquel a failli se livrer le réalisateur puisqu’il faut savoir que Jurassic Park a failli être réalisé par Cameron, surement à la recherche d’un défi technologique à relever (d’où son implication sur Titanic ou Avatar), avant que Spielberg n’en obtienne les droits. Ce film en donne une assez bonne version avec son bestiaire car si on pouvait facilement assimiler les Aliens à des Raptors, la reine est donc un T-rex ambulant. Et pour avoir eu l’occasion de la voir en mouvement dans un musée du cinéma, je maintien mes propos.
Mais le contraire aurait pu être tout aussi intéressant de voir Steven Spielberg à la barre d’un volet de la saga. Surtout lorsque l’on voit la noirceur dont il a pu faire preuve avec la guerre des mondes et surtout minority report. Mais le prochain volet ne sera pas sous-titré « les dents de l’espace » puisqu’il sera confié à l’un de ses poulains ayant oeuvré sur Indiana Jones et le temple maudit, alors en charge des effets spéciaux… David Fincher, le maudit de la saga.
« ALIENS » WINS!




