
Hier avait lieu le Free comic book day. Un événement qui célèbre le neuvième art le premier samedi du mois de mai. Pour l’occasion, j’ai donc pris soin de sélectionner 10 bandes-dessinées issues d’horizons divers et qui méritent que l’on s’attarde dessus. Parmi les titres, j’ai essayé d’être le plus éclectique possible en mettant en avant des one shot, mais aussi des séries de quelques tomes, de la BD franco-belge, des mangas…
LA TOUR SOMBRE

Cette oeuvre majeure de Stephen King tient sur huit tomes et cette adaptation se propose d’en retranscrire les prémisses de cette mythologie. Pourtant, même à l’issue des 14 tomes qui ont été traduits en France, on est encore loin de couvrir la totalité de cette saga tentaculaire, au croisement entre science-fiction et western. Pour rendre justice à cet univers, les dessinateurs Jae Lee et Richard Isanove se sont chargés de retranscrire certains des concepts les plus fous de Stephen King. Ce dernier n’est pas pour autant présent au scénario, mais c’est Robin Furth, assistante de l’auteur, qui a assuré une fidélité au matériau d’origine. C’est donc là un excellent aperçu pour ceux qui souhaitent se lancer dans cette saga littéraire. Mon seul regret et non seulement de ne pas avoir eu la suite des tomes traduits, mais aussi tout simplement que ce travail d’adaptation n’ait pas été poursuivi outre-Atlantique. Et ce n’est pas près d’arriver puisque le film de 2017 n’a pas relancé l’intérêt auprès de cette licence, pas plus que le pilote de la série Amazon qui a été annulée avant même sa diffusion.
SEVEN TO ETERNITY

Un titre qui sonne comme une épopée sans fin. Fort heureusement, ça n’est pas le cas. Et même si j’avais voulu avoir sept tomes pour coller à l’intitulé, il n’en faudra que quatre pour connaitre le fin mot de l’histoire. Imaginée par Rick Remender, celle-ci propose un point de départ plutôt intrigant. Dans un univers de dark fantasy, avec une pointe de science-fiction dans certains designs, le maitre des murmures propose un marché à la population du royaume de Zhal: il promet d’exaucer leur voeu le plus cher en échange d’un accès à leur sens. En clair, ceux qui acceptent sont sur écoute permanente. Un clan s’est opposé à cette pratique et s’est exilé, mais la pression se fait de plus en plus forte pour subvenir à leurs besoins… Je n’en dirais pas plus, mais le monde qui nous est dépeint par l’illustrateur Jérôme Opena est absolument incroyable. De plus, la colorisation de Matt Hollingsworth confère à l’ensemble des planches une identité forte. Par moment, cela m’a même rappelé Saga dans cette volonté de proposer un univers psychédélique.
RAI

Mine de rien, le catalogue de l’éditeur Valiant commence à prendre de l’importance sur le marché des comics. Parmi tous ces personnages sur lesquels il faudra compter à l’avenir, un a attiré mon attention: Rai. Scénariser par Matt Kindt et dessiner par Clayton Crain, dont j’avais adoré le style tout en mouvement dans Venom Vs Carnage, je suis parti à la découverte de ce ninja robot évoluant dans un environnement futuriste. D’emblée, on pense direct à un mixe entre Battle Angel Alita et Spiderman 2099. Ici, l’année en question est 4001 et c’est ce qui fait que ce héros est accessible malgré la notion d’univers partagé instauré par Valiant. Cela se passe dans un futur tellement lointain qu’il y a une sorte de détachement avec l’ensemble et c’est ce qui fait la force de cette série en deux volumes. Le second vient clore cette histoire dont Matt Kindt reste le principal auteur, mais voit Clayton Crain se partager l’affiche avec d’autres dessinateurs. Dommage que tous ne soient pas au même niveau. Ou plutôt dans le même style graphique pour garder une sorte de continuité visuelle.
OPUS

Je ne regarde que très peu d’animés et je lis encore moins de manga. J’avoue avoir du mal à me retrouver dans les codes de cette culture. Mais il y a toujours une exception qui confirme la règle et celle-ci n’est autre que Opus. Un diptyque qui met en scène un dessinateur de manga pris au piège à l’intérieur de sa création. Une mise en abime comme je les aime et qui traite des différents processus de création, de l’art, du rapport aux personnages que l’on créait… Des thématiques qui me parlent énormément et qui parcourent l’ensemble des deux tomes.
REQUIEM CHEVALIER VAMPIRE

Chef d’oeuvre inachevé, mais chef d’oeuvre quand même. En effet, du haut de ses 11 tomes sur 13 prévus, la série est en stand-by depuis 2012. Mais cela ne doit pas être un frein pour découvrir cet univers où se mêlent vampire, loup-garous, démons, cannibales… Tous ces êtres démoniaques évoluent sur la planète Ressurection, et pour cause il s’agit de la vie après la mort. Les règles et les lois de la physique y sont complètement différentes, pour ne pas dire inversées, pour ce qui est une leçon de création d’univers. On sent que le scénariste Patt Mills n’a rien laissé au hasard afin d’immerger le lecteur dans cette mythologie sans cesse en expansion au fil des tomes. Un imaginaire débordant qui est canalisé par les dessins de Olivier Ledroit qui livre ici un travail remarquable. Peut-être le meilleur de toute sa carrière.
YIU & YIU: PREMIÈRES MISSIONS

Derrière ce nom à consonance asiatique se cache en fait une héroïne bien française. Créée par les scénaristes Téhy et JM Vee ainsi que le dessinateur Jérôme Renéaume et le coloriste Nicolas Guenet, cette tueuse à gages évolue dans un univers futuriste aux portes de l’apocalypse. La religion ayant une place prédominante, cette imagerie couplée à de la science-fiction participe à donner une identité forte à cette série en 7 tomes. Chacun d’entre eux forme une seule et même histoire, là où le spin-off Premières missions propose des histoires indépendantes et se déroulant dans le passé de Yiu. Ces premières missions, au nombre de sept, approfondissent le personnage, mais font surtout la part belle à l’action plutôt qu’à la réflexion. Dessiné cette fois-ci par Vax, son style correspond totalement au tempérament sanguin de cette redoutable tueuse.
WANTED

Même si j’aime beaucoup l’adaptation cinématographique en tant que plaisir coupable, le comics d’origine est bien différent. Exit donc la confrérie de tueurs à gages et bonjour les super-vilains. Sorti tout droit de l’imagination de Mark Millar, l’auteur égratigne donc un peu plus l’image des super-héros en mettant en avant leur némésis. Ainsi, comme dans le film de Timur Bekmanbetov, Wesley Gibson hérite de la fortune de son paternel qui cette fois-ci était un méchant costumé. Et même si cette histoire ne s’inscrit ni dans l’univers de Marvel, ni dans celui de chez DC, les références à ces deux éditeurs légendaires sont légion. Avec l’aide du dessinateur J.G. Jones, le scénariste écossais prend un malin plaisir à parodier ses anciens employeurs pour qui il a contribué à écrire quelques unes de leurs meilleures histoires. Le quatrième mur est également brisé à de multiples reprises afin de s’adresser directement au lecteur. Malgré tout, cela reste un discours qui ne fonctionne que si l’on a déjà un bagage assez conséquent en termes de culture du comic books.
REBORN

L’équation du Millar World est assez simple: Un concept fort imaginé par Mark Millar et une collaboration avec un dessinateur prestigieux le temps d’un one shot. Encore une fois, cela fonctionne avec Reborn dont l’illustration revient au génial Greg Capullo. J’avais découvert son style dans les pages de Spawn puis dans le run de Batman par Scott Snyder. Ici, il montre qu’il peut dessiner autre chose que des figures gothiques en élaborant de A à Z un monde de space fantasy. Cet endroit n’est autre qu’une sorte d’au-delà auquel on accède après la mort et dans un corps beaucoup plus jeune. C’est ce que va vivre Bonnie Black, morte de vieillesse et prise dans une guerre dont on dit qu’elle est l’élue. L’histoire va à l’essentielle avec son lot de surprises, c’est dynamique dans sa mise en page: un combo gagnant.
THE UNWRITTEN

Éditer dans un premier temps par Panini, puis rééditer par Urban Comics lorsque ce dernier à récupérer les droits du catalogue Vertigo, il n’empêche que je n’ai jamais pu aller au bout de The Unwritten. Pourtant, je recommande cette saga, en cinq tomes selon le prévisionnel d’Urban, sur la simple base des deux premiers volumes. Les suivants sont encore à paraitre du côté de l’éditeur français, même si cette série est terminée depuis 2015, mais il est d’ores et déjà évident qu’il s’agit d’un incontournable. En effet, il est impossible de nier les qualités de ce récit qui s’aventure dans les méandres de la littérature. Je ne pourrais pas en dire autant du côté des dessins, qui ne sont pas à mon gout, mais cela n’entache en rien le plaisir de la lecture.
LOCKE AND KEY

Ces recommandations ont commencé avec Stephen King et elles se termineront avec son fils: Joe Hill. Cette thématique autour de la famille, et plus précisément de l’image du père, est très présente dans Locke and Key. Une histoire en six tomes qui voit une famille prendre du repos dans la demeure familiale après le meurtre de leur père. Cette ancienne bâtisse, du nom de Key house, renferme bien des secrets qu’ils vont découvrir en s’aventurant dans les couloirs. L’illustrateur Gabriel Rodriguez y déploie son trait précis pour magnifier l’architecture des lieux. C’est lisible de bout en bout et l’artiste reste le dessinateur attitré durant la totalité de cette aventure. De quoi avoir une continuité graphique pour savourer ce récit où des clés très particulières ouvrent des portes sur l’inconnu…
Comme vous avez pu le remarquer, il y a de tout, sauf des super-héros de chez Marvel et DC comics. J’estime qu’ils sont suffisamment représentés (sur les étalages des librairies, au cinéma, et même sur mon site) pour que je puisse faire l’impasse dessus. Cela n’enlève en rien l’amour que je porte à ces deux éditeurs concurrents et à leur catalogue respectif. Mais depuis que je travaille dans une librairie, j’ai pu me rendre compte que le public se tournait toujours vers les mêmes valeurs sures. J’ai donc eu à coeur de mettre en avant des titres un peu moins populaires, ou moins grand public. J’espère y être parvenu.
