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Guillermo Del Toro: en toute subjectivité

À l’occasion de la sortie de Nightmare Alley, j’ai décidé de me replonger dans la filmographie de Guillermo Del Toro pour en établir un classement. Complètement subjectif, il a été bien difficile de mettre un ordre de préférence à une filmographie qui ne compte aucun faux pas. Tous ses films sont d’une grande qualité, mais il est toutefois possible de les diviser en deux catégories avec d’un côté l’aspect auteur et de l’autre le divertissement.

Mais l’un n’empêche pas l’autre puisque sa personnalité transparait même dans ses blockbusters les plus tape-à-l’œil, tandis que ses films plus personnels sont tout aussi divertissants. Toutes proportions gardées. C’est à cela que l’on reconnait un véritable auteur dont chaque film révèle une facette de sa personnalité. Pour ma part, j’ai été réceptif à son cinéma très tôt dans sa carrière et je suis plus que ravi que le monde ait reconnu son talent. 

Toutefois, bien qu’il ait gagné en maturité au fil des ans, je suis beaucoup plus fan de ce qu’il a pu faire dans les années 2000. Une fois la reconnaissance du public acquise, et une période de 5 ans entre 2008 et 2013 sans la moindre sortie à cause de sa version avortée du Hobbit, mon intérêt pour le cinéaste s’est quelque peu dilué. Il demeure toutefois une valeur sûre et l’un des rares artistes qui méritent que l’on se déplace dans une salle obscure pour voir son travail sur un grand écran.


1.BLADE 2 (2002)

Après avoir décliné la mise en scène du premier opus, Del Toro accepte finalement de diriger la suite, non sans arrière-pensées. En effet, il y voit là l’opportunité de montrer son savoir-faire dans le domaine de l’action afin de prouver sa légitimité à adapter Hellboy. Blade 2 est donc une immense répétition où il se permet tout un tas d’expérimentations visuelles. Il mêle ainsi des influences aussi diverses que la japanimation, les comics et les jeux vidéos dans des plans séquences vertigineux. Guillermo Del Toro fait également partie des précurseurs à avoir utilisé des doubleurs numériques lors de cascades parfaitement chorégraphiées. Enfin, il y a aussi les faucheurs, cette race de vampires si particulière dont les trailers n’ont jamais gâché la surprise concernant leur morphologie. Depuis, Guillermo Del Toro en a fait sa marque de fabrique en réutilisant leur design pour sa série The Strain.

2.HELLBOY 2: LES LÉGIONS D’OR MAUDITES (2008)

Son diptyque sur Hellboy ressemble étrangement à celui de Tim Burton sur Batman. Après une entrée en matière excellente, Guillermo Del Toro propose une séquelle aboutie en tout point sans pour autant pouvoir conclure sa trilogie. Dommage lorsque l’on voit à quel point le réalisateur s’est approprié le personnage, au point d’en proposer une histoire inédite par rapport au comics. Ce second opus du diable rouge s’éloigne un peu plus du fantastique pour s’aventurer dans les contrées de la fantasy. Une imagerie qui avait été abordée une première fois dans Le labyrinthe de Pan et qui se développe un peu plus ici avec Les légions d’or maudites. Le soin accordé au bestiaire est tout bonnement ahurissant pour donner vie à ce monde enchanté. Mention spéciale pour le prince Nuada, un antagoniste complexe, mais aussi tragique face à Hellboy.

3.MIMIC (1997)

Second dans sa filmographie, mais première expérience sur une production américaine, c’est avec Mimic que j’ai découvert Guillermo Del Toro. Avec cette histoire d’insectes géants évoluant dans les bas-fonds de New York, il y a déjà toutes les obsessions du réalisateur. Malgré les problèmes en coulisses pour imposer sa vision, qui en font le film le plus détesté par son auteur, j’ai une affection particulière pour ce long-métrage. Il a une sorte de charme issu de la fin des années 90, avant l’omniprésence des CGI, qui me plait beaucoup.

4.LE LABYRINTHE DE PAN (2006)

C’est avec ce long-métrage que le nom de Guillermo Del Toro a véritablement commencé à se faire connaitre. Dans la lignée de L’échine du diable, le réalisateur propose ici un conte sur une toile de fond historique. L’Espagne des années 40 se voit donc réquisitionner pour se mêler à une mythologie où règne la magie. Malgré tout, la véritable menace ne viendra pas de ce monde souterrain, ou même du fameux Pallman, mais bien d’un simple capitaine de l’armée franquiste. Incarné par Sergi Lopez, il livre une performance terrifiante qui impose ce méchant comme l’un des meilleurs que Del Toro ait pu créer. Sa manière d’aborder la Dark Fantasy, à travers les personnages du Faune et de l’homme pale, confirme l’attrait du cinéaste pour les monstres en tout genre. Les trop rares décors dans lesquels ils évoluent sont un aperçu de ce qu’aurait pu être sa version du Hobbit avant que Peter Jackson ne reprenne le flambeau…

5.HELLBOY (2004)

Des nazis, des monstres lovecraftiens, un démon surgi des enfers, une agence gouvernementale spécialisée dans le paranormal: Hellboy est un blockbuster généreux, mais aussi très humain. Derrière le maquillage de ce géant rouge aux cornes limées se cache Ron Perlman, acteur fétiche de Guillermo, qui accède enfin à un premier rôle après une longue carrière. Son interprétation immature contraste grandement avec sa stature, ce qui forge l’attitude de ce personnage. Loin d’être aussi populaire que les héros de chez DC ou Marvel, Del Toro déploie tout son savoir-faire pour que cette première adaptation soit à la hauteur des fans du comics. Dont il fait lui-même partie.

6.PACIFIC RIM (2013)

Le rythme de production de Guillermo Del Toro d’un film tous les deux ans s’est vu enrayer après le développement de l’adaptation du Hobbit, sans pour autant réussir à la voir aboutir de sa main, ainsi que celle des Montagnes Hallucinées. Ces échecs successifs participeront au retour derrière la caméra avec le défouloir Pacific Rim. Un divertissement tout ce qu’il y a de plus libérateur à base de méchas et de monstres géants qui se foutent sur la gueule pour le bien de l’humanité. On peut y voir là une envie de s’amuser avec des jouets démesurés, réduisant le cinéaste à la taille d’un enfant. Ce long-métrage n’est pas pour autant adressé à ce public, mais c’est l’un des plus accessibles de sa filmographie. Del Toro y rend hommage à l’animation japonaise qu’il affectionne tant à travers des rapports d’échelles impressionnants.

7.LA FORME DE L’EAU (2017)

C’est le film de la consécration. Une reconnaissance de la part de la profession avec quatre oscars, dont celui du meilleur film. Des récompenses entièrement méritées pour ce récit d’une femme muette qui va s’éprendre d’un humanoïde amphibien détenu dans une agence gouvernementale où elle est employée pour faire le ménage. Résumé de la sorte, cela pourrait tout aussi bien être un spin-off de Hellboy centré sur Abe Sapiens, à défaut d’avoir un troisième opus, mais c’est bien plus que ça. La forme de l’eau flirte avec la poésie grâce à la bande originale d’Alexandre Desplat qui fait des merveilles pour sublimer cette idylle hors du commun. Au contraire, le colonel Richard Strickland fera tout son possible pour les séparer et disséquer la créature. Formidablement interprété par Michael Shannon, c’est là le second meilleur méchant a avoir été imaginé par Del Toro. Un avis que ne partage pas forcément Jean-Pierre Jeunet puisque ce coup de projecteur sur ce film a amené son lot d’accusations de plagiat. Et il est vrai que cette ambiance onirique partage de nombreux points communs avec Amélie Poulain et Delicatessen

8.CRIMSON PEAK (2015)

Même si pour l’instant il s’est toujours refusé à réaliser un film du MCU, Guillermo Del Toro n’échappe pas aux stars bankables qui en sont issues. Pour ce faire, il s’octroie les services de Tom Hiddleston, génial Loki, afin de donner la réplique à Jessica Chastain, Mia Wasikowska et Charlie Hunnam. Hormis quelques apparitions de fantômes vraiment bluffantes, ce film vaut surtout pour l’architecture hors norme du manoir qui sert de lieu à l’action. Sa toiture éventrée offre un puit de lumière ainsi qu’une ouverture où la neige peut s’engouffrer jusque dans l’entrée: sublime. Cela donne des plans irréels qui font la magie de Crimson Peak.

9.NIGHTMARE ALLEY (2021)

À mon sens, ce film marque un tournant dans la carrière de Guillermo Del Toro. Contrairement aux apparences, il n’y a là aucun aspect fantastique sur lequel puisse se reposer l’intrigue. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un homme qui rejoint une fête foraine pour ensuite s’en émanciper après s’être spécialisé dans l’art du mentalisme. C’est cette ascension que nous allons suivre jusqu’à la fatidique chute. Guillermo Del Toro y dirige Bradley Cooper dans l’un de ses plus grands rôles tandis que la mise en scène franchit un nouveau cap. Dès les premiers plans, on sent que le cinéaste est en pleine possession de ses moyens et profite d’un montage assez long pour laisser respirer son histoire.

10.L’ÉCHINE DU DIABLE (2001)

Sortie en France à peu près en même temps que Blade 2, L’échine du diable représente une facette plus calme et arty de Guillermo Del Toro. Sachant que j’ai placé la suite de Blade en numéro un de ce classement, cela n’a rien d’étonnant à retrouver celui-ci en avant dernière position. J’ai toujours préféré son côté grand spectacle aux récits plus posés sous couvert d’ambiance glauque. Il n’empêche que L’échine du diable reste un excellent film de fantômes prenant place durant la guerre d’Espagne. Un retour aux sources nécessaire pour le cinéaste après la déception que fut Mimic, et qui lui permettra de revenir en force.

11.CRONOS (1993)

Vu sur le tard afin de compléter mes connaissances sur le cinéaste, ce premier film de Guillermo Del Toro aborde la thématique de la vie éternelle à travers une relique en forme de scarabée. Un insecte qu’il voulait utiliser pour son film suivant Mimic, avant que la figure du cafard ne lui soit imposée contre sa volonté. Toujours est-il que Cronos souffre de son faible budget ainsi que du syndrome des premiers films. Sa patte visuelle n’est pas encore tout à fait reconnaissable en dépit de la présence de Ron Perlman, le traitement du vampirisme… Voir ce film clore ce classement n’est pas pour autant une mauvaise chose puisque cela prouve que Guillermo Del Toro n’a cessé de se perfectionner depuis ce premier film.


Mon podium est donc composé des deux seules suites que le réalisateur a réalisées, pour l’instant, ainsi que de son film le plus détesté sans pour autant le renier de sa filmographie, comme David Fincher avait pu le faire avec Alien 3. Mais Guillermo Del Toro ce n’est pas seulement des films, mais aussi des courts-métrages et des séries télé comme The Strain. Je les ai volontairement occultés tout comme les autres domaines dans lesquels il s’est illustré, notamment en tant que producteur, scénariste, romancier, acteur dans Death Stranding… Une condition nécessaire afin de mener à bien les différents projets qu’il accumule au fil du temps.

On peut citer entre autres Les montagnes hallucinées, une version western du comte de Monte-Christo, une adaptation de la Justice League Dark chez DC Comics, le jeu vidéo Silent Hills, 3393, La belle et la bête, Sleepless Night, Metal Hurlant, Superstitious, un pilote pour une série Hulk, Le voyage fantastique… Et bien d’autres! Il y aurait largement de quoi remplir une seconde filmographie pour ces projets en cours de développement ou abandonner. Prochainement, c’est Pinocchio, un film d’animation co-réalisé avec Mark Gustafson et à destination de Netflix, qui permettra d’avoir un aperçu supplémentaire de son génie.

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