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Jouer à la roulette russe dans les montagnes russes

Le premier avril est synonyme de blague. Une tradition qu’il est de plus en plus difficile de respecter, car éclipser par l’actualité. Cela fait déjà plus d’un mois que la Russie mène une guerre sans merci à l’Ukraine. On dit que les vainqueurs réécrivent l’Histoire, mais cet oppresseur n’a même pas attendu la victoire pour propager des mensonges à son propre peuple.

Tels des personnages de fiction dont Poutine est l’auteur, les Russes sont aveuglés par des contre-vérités. D’un point de vue extérieur, tout cela ressemble à une blague de mauvais gout. Et comme on dit, les plus courtes sont les meilleures. Mais cette offensive dure depuis bien trop longtemps et le point de non-retour a d’ores et déjà été franchi. Un chapitre de plus dont les livres d’Histoire se seraient bien passés.

Il est donc difficile de rester concentrer sur ses propres objectifs avec ce bruit de fond à base d’explosions, de cris et de pleures. Plus encore de ne pas culpabiliser de vouloir se changer les idées en se réfugiant dans ce qui nous passionne. Il est même possible de relativiser nos propres peurs et d’y faire face lorsque l’on voit avec quel courage des hommes et des femmes se dressent contre la dictature.

J’ai donc continué à écrire malgré les difficultés et les barrières que je me mets. Car s’ils réussissent à tenir tête face à une armée entière, alors je n’ai aucune raison de me laisser aller à la paresse. C’est cette admiration qui m’a permis de passer les caps des 690, 700 et 710 jours de ma routine d’écriture sans la moindre interruption. J’ai quitté une centaine pour une autre et voici le détail de cette transition:

Semaine 09 – du lundi 28/02 au dimanche 06/03: 10598 mots

Semaine 10 – du lundi 07/03 au dimanche 13/03: 10590 mots

Semaine 11 – du lundi 14/03 au dimanche 20/03: 10571 mots

Semaine 12 – du lundi 21/03 au dimanche 27/03: 10601 mots

Bien des textes ont pu voir le jour dans cet intervalle, mais ce passage des 700 jours est surtout la porte d’entrée vers un événement majeur: les 2 ans de cette routine à laquelle j’ai décidé de m’astreindre. Une date symbolique qui sera au centre du prochain édito pour en décortiquer mon ressenti. Mais pour l’instant, tout ce que j’espère, c’est que cette guerre, qui se déroule non loin de nos frontières, n’atteigne jamais cette durée pour laquelle je ne vais pas tarder à me féliciter.

Il faut être bien prétentieux pour s’autoproclamer comme étant LE Batman. Une ambition revendiquée pour The Batman qui entre directement en concurrence avec les précédents films sur l’homme chauve-souris. Et ses différentes incarnations. Là, c’est Robert Pattinson qui passe après Ben Affleck dans le célèbre costume, mais pour une version à l’opposé. En effet, Zack Snyder avait proposé un Bruce Wayne assez âgé tandis que pour celui de Matt Reeves, cela ne fait que 2 ans qu’il en activité dans les rues de Gotham.

Une différence notable compte tenu du fait que le projet de film solo était originellement chapeauté par Ben Affleck devant et derrière la caméra, avant d’abandonner le rôle. C’est donc Matt Reeves qui a repris les choses en main en repartant de zéro, mais sans pour autant en faire une histoire d’origine. Pas un seul flashback ne viendra perturber la linéarité du récit pour nous faire revivre, encore, le meurtre des Wayne. L’intrigue ne fait pas pour autant abstraction de ce traumatisme chez l’héritier qui va découvrir de sombres secrets sur ses parents.

L’aspect enquête est donc au centre du scénario pour renouer avec les racines du comics. Publié à l’origine dans le numéro 27 du magazine Détective Comics, avant d’avoir sa propre série à son nom, Batman redevient ici un détective qui use de son intellect pour résoudre des affaires criminelles. En collaboration avec James Gordon, il va faire face à un tueur en série du nom de Riddler. Avec ce personnage, on est loin de l’interprétation de Jim Carrey dans Batman et Robin. On sent que l’inspiration a été puisée du côté de Zodiac, et plus globalement dans la filmographie de David Fincher.

On pourrait presque croire que c’est le célèbre cinéaste qui a réalisé The Batman tant son cinéma transpire durant les 3 heures de métrage. C’est d’ailleurs typiquement ce genre de montage à rallonge qu’il aurait pu se permettre pour donner sa vision très personnelle de cette icône. Impossible donc de ne pas voir dans cette Gotham City, sous une pluie battante, une ambiance à la Seven. Cela s’applique aussi à la philosophie et au plan du Riddler, héritier de Tyler Durden et de son projet Chaos. Quant à Bruce Wayne, il semble un membre assidu d’un Fight Club à sa manière de donner les coups.

Bien que fan de l’interprétation de Ben Affleck et de sa carrière en tant que réalisateur, on ne peut pas dire que l’on ait perdu au change. En effet, Joe Manganiello, principal opposant à Batman dans la version d’Affleck sous les traits de Deathstroke, avait pu lire le script et l’avait comparé à The game… de David Fincher. S’il y a bien quelque chose qui est resté lors de la reprise de cette production, c’est bien cette influence majeure. Mais bien qu’il se soit inspiré de l’un de ses confrères metteurs en scène, tout le mérite revient à Matt Reeves.

Contrairement à ce que pourrait indiquer son travail sur le reboot de La planète des singes, le cinéaste n’a pas singé Fincher. Son style était déjà visible et bien affirmé lors des aventures de César, plus particulièrement dans Suprématie qui est un chef d’oeuvre de maitrise. Il échange donc la jungle et la nature de son épopée simiesque pour des buildings de pierres et d’acier. Avec lui, Andy Serkis quitte son rôle de leader primate pour celui d’Alfred, serviteur et conseiller du célèbre milliardaire orphelin.

Le majordome fera son possible pour faire office de substitut paternel face à un Bruce que l’on croirait en pleine crise d’adolescence tardive. Ou dont il n’est jamais sorti. La musique de Nirvana, Something in the way, souligne bien cet aspect. Le journal intime qu’il déclame en voix off contribue également à accentuer la personnalité torturée de cet ersatz de Kurt Cobain. Contre toute attente, cette grunge attitude fonctionne bien avec le personnage sans pour autant en faire une tête à claques. Au contraire, c’est lui qui les distribue.

La scène d’introduction, qui se déroule durant la nuit d’Halloween, est d’ailleurs l’occasion de voir le niveau de violence. Pas de prises compliquées ou de chorégraphies millimétrées: chaque coup est porté avec la volonté de faire mal. Un passage à tabac en règle qui offre une superbe introduction à ce reboot. Mais cette scène d’ouverture ne fonctionne que grâce à la montée en tension qui avait été préalablement préparée. La pluie battante, la peur chez les criminels à la vue du Bat-signal, le bruit des bottes qui résonne sur le bitume, puis sur les victimes…

Tout ceci concourt à installer Batman comme un croquemitaine aux yeux des criminels. Mais malgré les multiples bandes-annonces qui m’ont préparé à ce que j’allais voir, j’ai toujours du mal avec ce costume. La forme du masque à un côté cosplay que j’ai du mal à prendre au sérieux. Pour ce qui est de la tenue dans son ensemble, par balle de la tête au pied, je m’interroge toujours sur le fait de ne pas se protéger le bas du visage qui reste vulnérable aux tirs.

Difficile de juger en l’état puisque le cinéaste à une trilogie en tête. Ainsi, la panoplie que je trouve désuète deviendra donc logique dans l’évolution du personnage s’il améliore cette armure au fil des épisodes. De plus, bien qu’éloignée des autres versions cinématographiques, ce design particulier reste raccord avec les comics, notamment Batman White Knight. On y retrouve ce petit col sur sa cape qui lui donne une allure de vampire, et ce n’est pas la seule inspiration du film au support d’origine. 

Un long Halloween figure en bonne position, mais aussi un récit plus récent: l’an zéro. Cet arc narratif présent sur le run de Scott Snyder met le Riddler au centre de l’intrigue pour faire revenir Gotham à l’âge de pierre. Ici, son plan est sensiblement le même, mais ses motivations sont différentes. L’usage de pièges à la Saw en dit long sur son mode opératoire. Son costume reflète d’ailleurs son instabilité émotionnelle et Paul Dano insuffle tout son talent pour lui donner une présence… Sauf lorsqu’il est à visage découvert. Là, il devient trop caricatural. 

En tant qu’homme mystère, il aurait été beaucoup plus logique de ne jamais le démasquer. A contrario, Colin Farrell est méconnaissable derrière les prothèses qui lui permettent de se fondre dans la peau d’Oswald Cobbelpot. Il est loin de l’interprétation de Dany de Vito tout comme Zoé Kravitz s’est approprié le personnage de Catwoman depuis la version de Michelle Pfeiffer. Pour ce qui est du Joker, il est difficile de juger sur un bref caméo. La scène coupée qui a été dévoilée permet d’en voir plus, mais le flou persiste autour de sa présence.

Son temps d’écran est à peu près équivalent à celui de Bruce dans le film centré sur la némésis du chevalier noir: Joker. Ils sont tellement indissociables que le long-métrage de Matt Reeves partage énormément de choses avec celui de Todd Philips, à tel que l’on pourrait croire qu’ils se déroulent dans la même continuité. Bien sûr, il n’en est rien, mais l’aura de film d’auteur est assez troublante. Comme pour Joker, The Batman affiche son titre sur la totalité de l’écran sans plus de cérémonie, avant d’entrer dans le vif du sujet. Et celui-ci n’est autre que l’héritage familial.

Que ce soit le doute suscité autour de l’identité du père d’Arthur Fleck ou la lignée de la mère de Bruce qui était une Arkham (idée héritée du comics Batman: Terre 1 de Geoff Johns), il y a cette recherche de la vérité. Enfin, les deux oeuvres ont en commun une mise en scène brute qui sied parfaitement à Gotham City. La réalisation de Matt Reeves est d’autant plus soignée qu’elle met en évidence le chaos ambiant. La pluie battante offre alors plein d’occasions de réfléchir la décrépitude de cette ville à l’agonie.

Chaque plan se transforme alors en tableau, dont un de Hopper qui est explicitement cité: Nighthawks. Lorsque l’on voit qu’une énigme du Riddler tourne autour d’un oiseau, on se dit que cet hommage n’a rien de gratuit. Pas plus que la manière de filmer de Reeves ne cède au surdécoupage. Le cinéaste a l’intelligence d’utiliser le moins de plans possible en jouant avec la profondeur de champ. Cet effet de flou qui passe du premier à l’arrière permet d’éviter d’utiliser des inserts. Le montage en ressort épuré et fluide, malgré ses trois heures au compteur.

Peu de scènes d’action viennent ponctuées cette durée hors norme, sans pour autant que la mise en scène en souffre. Matt Reeves use alors de caméras embarquées pour offrir une sensation d’immersion totale. La tentation était sans doute grande de tourner ces passages avec une caméra à l’épaule, lui qui avait tellement bien géré cet aspect dans le found footage Cloverfield, mais à la facilité, il a opté pour l’efficacité. Pour preuve, la course-poursuite avec la Batmobile fait preuve d’une énergie et d’une lisibilité incroyable.

De son apparition, iconisée à la manière du bolide dans Christine de Stephen King, jusqu’au carambolage final, tout est parfaitement cadré. Pourtant, je n’avais pas été conquis lors des premières images de cette Batmobile, à des lieues des autres véhicules de la franchise, mais la voir en action révèle tout son potentiel. Elle s’adapte à cet environnement et l’absence de fioritures lui permet de se fondre dans le décor, tout en le détruisant. Un parti pris réaliste qui n’est pas respecté pour la moto et même si elle n’apparait que lors d’une scène, cette forme de chauve-souris sur le devant n’était pas forcément nécessaire.

Pire, elle m’a rappelé le design de celle de la série Batman de 66, ce qui est loin d’être un compliment. Cette faute de gout vient rejoindre le peu de reproches que j’ai à faire pour The Batman. De petits détails qui n’ont en rien gâché mon plaisir lors du visionnage. Un bonheur à la fois visuel, mais aussi auditif grâce à la musique de Michael Giacchino, totalement épique. Cela promet de belles choses pour la suite compte tenu des qualités de cette première aventure pour celui qu’il faut désormais nommé Vengeance.

Pas mal de pistes ont été semées pour la suite, dont une qui a retenu mon attention. À vrai dire, c’est plutôt une théorie à propos de la substance verte que Batman s’injecte dans le climax. Dans le cadre du récit, tout indique qu’il s’agit d’adrénaline afin de se donner un coup de fouet et faire face, mais il pourrait tout aussi bien s’agir du venin qu’utilise Bane. C’est de ce composé qu’il tire sa force et les comics en ont déjà dévoilé les origines avec Batman en guise de patient zéro. Une possibilité qui sera donc peut-être exposée dans un deuxième volet.

Peut-être que de cette suite ultra attendue émergera LE film ultime sur Batman, exempt du moindre défaut. Jusqu’à maintenant, le second opus de Tim Burton avait cet honneur à mes yeux. Coïncidence, on y retrouve deux personnages en commun que sont le Pingouin et Catwoman. Une réplique de cette dernière dans le film de 92 était d’ailleurs annonciatrice de mon dilemme entre Batman: le défi et The Batman. Alors que Selina Kyle vient d’être secouru par le Dark Knight, elle tente de lui faire la conversation.

Vous êtes LE Batman? Ou vous êtes juste Batman? À vous de choisir bien sûr!

Difficile de choisir lorsque même le principal concerné n’a pas tranché sur la question. Il va être compliqué de les départager et pour cela, je vais être obligé de les revoir. Encore. Mais qu’importe qui sera en pole position, ou ex aequo, j’aime tous les films mettant en scène Batman pour des raisons différentes. Celui-ci ne fait pas exception.

La France est assez forte pour les titres à rallonge. Du moins en ce qui concerne les comédies et plus globalement les drames humains. Là pour le coup, il s’agit d’un film de genre intitulé La nuit a dévoré le monde qui récolte la palme du titre le plus poétique. Bien qu’il s’agisse d’une production centrée sur une apocalypse zombie, chose assez rare dans l’hexagone, le mérite en revient surtout à l’auteur Pit Agarmen. C’est le roman de ce dernier qui sert de base à cette adaptation cinématographique réalisée par Dominique Rocher.

Outre son titre, la superbe affiche annonce elle aussi une oeuvre loin des blockbusters décérébrés. Pourtant, ce ne sont pas les personnes décérébrées qui vont manquer dans le paysage, mais ça n’est pas pour autant synonyme d’action trépidante. La majorité de l’intrigue prend la forme d’un huis clos très routinier où l’on suit Sam, isolé dans un immeuble parisien suite à une soirée lors de laquelle il était venu récupérer des affaires chez son ex-petite amie. À son réveil le lendemain, tous les occupants ont non seulement la gueule de bois, mais ils ont en plus été zombifiés.

Aucune explication ne sera donnée quant à ce nouveau statu quo, on assistera juste à une démonstration d’instinct de survie du personnage principal qui sera forcé de s’adapter à cette situation. Ce point de vue ne se soucie guère de ce qui se passe du côté de l’armée, ou des hautes instances, pour se concentrer uniquement sur le quotidien de Sam. Ce dernier s’approprie l’espace environnant tout en se laissant gagner par la solitude. Pour autant, la narration ne tombe pas dans certaines facilités puisque le personnage ne se parle que très peu à lui-même. À peine l’entend-on murmurer.

C’est ce mutisme ambiant qui donne ce cachet de film d’auteur à ce long-métrage. On est donc loin des codes du genre et pour le coup, malgré une certaine lenteur, ce fut plutôt bienvenu. Bien sûr, il y a tout de même quelques morsures et de l’hémoglobine, mais ce n’est pas là le propos. Pour quelque chose d’un peu plus dérangeant, il faudra se tourner vers The Neon Demon de Nicolas Winding Refn. Il y a là quelques séquences bien malsaines capables de rivaliser avec un film de zombies. Situant son intrigue dans le milieu de la mode, on suit la jeune Jesse qui cherche à se faire une place en tant que mannequin.

Elle va alors faire plusieurs mauvaises rencontres et découvrir l’envers du décor de ce monde d’apparences. Incarnée par Elle Fanning, qui était la préposée au maquillage dans la mise en abime du film Super 8, ici c’est elle qui se fait maquiller pour hypnotiser les autres de son innocence. Malgré tout, j’ai eu du mal à m’immerger dans cette histoire. L’actrice principale est trop fade et son évolution est beaucoup trop rapide par rapport à ce qu’elle était au départ. Au contraire, Jenna Malone, qui interprète l’une de ses amies, accomplit une performance au moins aussi impressionnante que dérangeante.

Keanu Reeves l’est tout autant, même s’il n’est présent que dans un second rôle. À contre-emploi, il fait des merveilles et profite même de l’une des scènes les plus marquantes du film pour imposer son personnage de connard. Tous ces protagonistes évoluent dans un cadre savamment disposé par le réalisateur de Drive. Les plans sont tous très travaillés en usant de symétries et de figures géométriques. Une mise en scène qui est l’évolution logique d’Only god forgives et qui ici atteint ses limites.

Loin d’avoir une petite opinion de sa personne, on a l’impression que le cinéaste se regarde filmer, perdant ainsi toute mon attention. Une scène en particulier en devient même épileptique, mais pas à cause du montage. Au contraire, on reste sur le même plan avec une lumière qui flashe par intermittence pour une migraine garantie. Je pense qu’un réalisateur comme Tom Ford, qui est aussi styliste, aurait pu y apporter une vision plus pertinente en s’appropriant un sujet qu’il connait très bien pour y avoir évolué.

Au final, ce film est une sorte de version moderne de Blanche-Neige, sans les sept nains. Et sans happy ending. Mais de la part de Nicolas Winding Refn, ce dernier point n’a rien de très surprenant. Rien de révolutionnaire non plus du côté de Michael Bay à la production de Projet Almanach.  Un found footage qui met en scène une bande de jeunes ayant trouvé le moyen de remonter le temps pour faire tout ce qui leur passe par la tête. C’est-à-dire créer plus de problèmes qu’ils n’en résolvent et ce, en toute insouciance.

Et il faut bien avouer que la dynamique entre les personnages fonctionne plutôt bien, c’est souvent drôle et les dialogues sont bien écrits. Cet esprit de groupe à la Chronicles est ce qui a permis à son réalisateur, Dean Israelite, d’être sélectionné pour le reboot de Power Rangers que j’avais vu précédemment. Ici, sa mise en scène est bien plus inventive lorsqu’elle se retrouve soumise à la contrainte d’une caméra dépendante des protagonistes. Mais ce point de vue subjectif n’est pas sans créer des incohérences dans la narration.

Rien d’étonnant à cela lorsque l’on choisit de traiter du voyage dans le temps et donc, par extension, des paradoxes temporels. En effet, cette logique du found footage s’annule d’elle-même lorsque le groupe modifie un événement du passé, ce qui est censé aussi modifier le contenu de ce qui a été filmé précédemment. Ou tout simplement l’effacer. Plus on avance dans l’intrigue, plus les incohérences temporelles s’accumulent. Et je ne parle même pas des faux raccords. À part ces derniers, l’indulgence est de mise puisque cela fait partie des règles du jeu lorsque l’on s’attaque au récit du voyage dans le temps.

En somme, il s’agit là d’une version légère de Primer, et aussi beaucoup plus accessible. Toujours sur la thématique du temps, on monte d’un cran niveau complexité avec Tenet. Vu lors de sa sortie au cinéma, j’ai redécouvert ce film dans le contexte actuel ce qui fut assez troublant. En effet, l’Ukraine et la Russie y sont évoquées avec la peur d’une troisième guerre mondiale. À croire que l’entropie inversée qui anime ce film a réellement profité à Christopher Nolan qui y a puisé son inspiration.

Mais revoir ce long-métrage une seconde fois, c’est aussi prendre son concept au pied de la lettre. On le revoit en connaissance de cause comme si l’on était passé par le fameux tourniquet qui permet d’aller en sens inverse. J’y ai revu un Robert Pattinson avant qu’il ne soit Bruce Wayne et déjà très prometteur. Il participe à créer une forme d’humour au sein d’une histoire complexe où deux timelines s’entrecroisent, et s’entrechoquent. J’ai d’ailleurs lâché prise sur les bons conseils de la scientifique de service à l’intention du spectateur.

Quoi qu’il en soit, on reste en terrain connu pour quiconque a vu la filmographie de Nolan. De la réalisation à la musique en passant par un montage bourré d’ellipses, la marque de fabrique du réalisateur est présente de bout en bout. Il va même jusqu’à faire de son héros une sorte de James Bond, en la personne de John David Washington. Il est la révélation de cette super-production et porte le film par sa simple présence. L’alchimie avec Robert Pattinson et au moins aussi palpable que le duo qu’il forme avec Adam Driver dans BlacKkKlansman: j’ai infiltré le Ku Klux Klan.

Un titre un peu racoleur, à cause de son affiche qui induit en erreur sur le véritable rôle du personnage principal, mais pour une histoire qui n’en reste pas moins vraie. Cette production de Jordan Peele et réalisée par Spike Lee m’a fait penser aux Infiltrés dans le sens où elle s’attarde autant sur le White Power que sur le Black Power. Deux courants de pensée opposés qui sont traités de manière égale, même si les personnes impliquées dans les coulisses démontrent une certaine prise de position.

Mais quiconque doté d’un minimum de bon sens saura faire la part des choses grâce à des personnages superbement interprétés. En tête Adam Driver qui offre une sacrée performance en tant qu’agent infiltré obliger de renier ses origines pour faire illusion. C’est tellement improbable que cela en devient drôle. Ce récit, aussi invraisemblable soit-il, se clôture sur des images d’archives qui nous montrent que, malgré les années, rien n’a changé. Ce film est donc autant un témoin de son époque, la fin des années 80, qu’un rappel à l’ordre.

Outre son appartenance au space opera, Star Wars a toujours été identifié par son mélange des genres. C’est un univers tellement vaste qu’il est permis d’explorer différentes cultures, en fonction des planètes que l’on visite, sans risquer d’incohérences. The Mandalorian saison 1 en est l’exemple le plus parlant puisque cette série s’inscrit dans la tradition des westerns. Une ambiance que l’on associe immédiatement à Han Solo, et donc par extension à Boba Fett qui est mandaté pour récupérer cette prime dans la trilogie originale.

Ici, l’intrigue se situe après la chute de l’Empire et met en scène un mercenaire du clan auquel appartenait le célèbre chasseur. Connu sous le nom de Mando, sa mission sera de capturer un individu et de le ramener à ses commanditaires. Une tâche dont il s’acquitte rapidement dans un premier temps, avant d’éprouver des remords à propos de sa cible qui se révèle être un enfant. Mais cette prise de conscience n’est pas totalement visible pour le spectateur puisqu’à la manière du juge Dredd, cet anti-héros ne retire jamais son casque.

On est donc privé du jeu d’acteur de Pedro Pascal dont seuls la voix et le langage du corps permettent de créer un lien émotionnel. Pour une connexion plus poussée, il faudra s’en remettre à ce bébé Yoda qui l’accompagne dans ses déplacements depuis que son ravisseur s’est pris d’affection pour lui. Sorte de croisement entre l’espièglerie d’un chaton et un Mogwai que l’on a envie de câliner, c’est la caution publicité pour du merchandising déguisé. Plus encore lorsque l’on voit à quel point il devient une sorte de Tamagotchi pour Mando qui est aux petits soins.

On ne pourra pas en dire autant de ceux qu’ils croiseront sur leur route. Que ce soit à l’occasion d’une mission ou pour récupérer l’enfant, bien des races extraterrestres sont au rendez-vous. Toutes sont loin du potentiel de séduction de ce bébé Yoda et pour certains, j’ai eu du mal à les voir s’intégrer dans l’imagerie de la saga Star Wars. Je pense notamment à quelques personnages de l’épisode 6 que l’on croirait tout droit sortis de Buffy contre les vampires. Une faute de gout loin de s’étendre aux huit épisodes dont l’ambiance est assez proche des codes de la franchise Riddick.

Mais le déroulement de cette première saison va surtout puiser dans l’industrie du jeu vidéo. En effet, le fait d’accomplir une mission pour ensuite avoir de quoi améliorer son équipement reste le lot de tous gamers. À ce titre, l’épisode 4 pourrait faire figure de quête annexe avant de reprendre le cours de l’aventure. Cette inspiration vidéoludique est tellement palpable que c’est à se demander si la production n’a pas eu accès aux archives des projets inachevés de LucasArt, dont un jeu sur Boba Fett intitulé Star Wars 1313.

Sur cette structure, la série est un pur produit cinématographique malgré son format. La réalisation est à la hauteur du grand écran et les effets spéciaux sont raccords avec les derniers épisodes en date. Un souci du détail que l’on doit au créateur Jon Favreau qui avait déjà mêlé auparavant le western et la science-fiction dans Cowboys & Envahisseurs. Il signe également la plupart des scénarios tandis que Dave Filoni, réalise pour la première fois en live après avoir supervisé la série animée The clone wars.

Mais l’oeuvre de George Lucas se démarque aussi par une musique identifiable dès les premières notes. Bien que John Williams ne soit pas de la partie, Ludwig Goransson parvient à se démarquer de cette marque de fabrique pour trouver sa voie. Sa partition se marie très bien avec les images pour un résultat très encourageant pour la suite des aventures de Mando. Tous ces éléments font que l’on pourrait rapprocher The mandalorian de Rogue One ou encore Solo, que des épisodes numérotés. 

L’absence de Jedi dans le paysage joue également beaucoup dans cette proximité, même si un sabre laser noir vient bourdonner de son bruit si caractéristique. Ça sera d’ailleurs le bruitage le plus utilisé pour Star Wars: visions. En effet, si The mandalorian se réclamait du western, alors cette anthologie de récits animés puise directement dans les films de samouraï. C’est là l’autre facette de Star Wars qui fait la part belle à l’héritage de Kurosawa. Et qui de mieux que des studios japonais pour illustrer leur savoir-faire dans ce domaine.

Un exercice de style qui rappelle celui de la franchise Matrix avec Animatrix et son même nombre d’épisodes plus ou moins connectés à la trilogie. Là, ce n’est pas le cas, rien n’est canon et heureusement au regard des excentricités et des libertés qui ont été prises. Cette anthologie en fait voir de toutes les couleurs, que ce soit pour la luminosité des sabres laser que pour les différents modèles. C’est parfois tellement grotesque que cela rappelle les mèmes qui ont accompagné la découverte du sabre de Kylo Ren dans l’épisode 7.

Les derniers Jedi est lui aussi cité avec la destruction d’un Star Destroyer, mais sans l’aide de la vitesse lumière, juste avec un X-wing et un sabre. Ces derniers sont vraiment l’attraction principale et sont déclinés à toutes les sauces. Les différents styles de dessin ne changeront rien à cette overdose, pas plus qu’ils ne camouflent la pauvreté des récits. Pour preuve, deux d’entre-eux utilisent un point de départ similaire, à savoir un étranger qui arrive dans un village et qu’il va défendre contre l’oppresseur.

De plus, à trop vouloir rendre hommage à leurs racines, les studios ne prennent pas en compte l’univers dans lequel leurs personnages évoluent. On se retrouve donc avec des non-sens comme le fait de rengainer un sabre laser dans un fourreau alors que la lame est rétractable depuis le manche. Et ça ne sera pas la seule incohérence, mais à ce stade il est plus logique de parler de fantaisie. Surtout lorsque l’on voit deux combattants se livrer à un duel au sabre dans l’espace sans aucune combinaison pour survivre dans cet environnement, tout en continuant de parler.

Ceux qui étaient déjà offusqués de voir une explosion dans l’espace peuvent donc passer leur chemin. Pour ma part, même si j’ai trouvé cela trop léger et loin d’être raccord avec Star Wars, ça a le mérite d’être une proposition qui tire parti de son format animé pour faire des choses que l’on ne pourrait pas voir en live. Ou que l’on ne voudrait pas voir en live. Au final, de cette anthologie, je ne garderais que le récit intitulé Le neuvième Jedi. C’est un court-métrage qui apporte beaucoup à la mythologie.

Le reste se contente de recycler ce qui existe déjà ou de singer Miyazaki. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais j’aurais aimé plus de diversité dans les styles visuels et dans les thématiques à aborder. Lorsque l’on voit à quel point la relation entre maitre et apprenti est importante, il est dommage de ne pas avoir saisi l’opportunité de mettre en scène un ronin. Au regard des talents impliqués dans la conception de Star Wars: visions, cette série animée se révèle être une amère déception. Plus encore lorsque l’on voit un court-métrage amateur comme Tie Fighter, mais ça on en reparle dans la catégorie concernée. 

Lorsque Star Wars Visions a été annoncé et que les premières images ont été dévoilées, j’avais l’espoir de voir quelque chose d’au moins aussi qualitatif que Tie Fighter. Un court métrage amateur que Paul Johnson a confectionné quatre années durant et pour cause, il est le seul crédité au générique. Un travail de longue haleine doublé d’un exploit compte tenu du résultat qui nous est proposé.

En un peu plus de 7 minutes, le réalisateur met en scène une bataille spatiale épique du point de vue des pilotes de Tie Fighter. Ça fuse de partout pour ce vibrant hommage aux animés des années 80. Il est d’ailleurs bon de rappeler que le fruit de cet effort est sorti en 2015 et reste encore à ce jour une référence dans la catégorie fans films tirer de l’oeuvre de George Lucas. Une production amateur qui concurrence directement les studios derrière Star Wars: visions qui date de 2021.

Derrière ce défi technique, on sent l’envie de proposer quelque chose d’énergique. La caméra reste alors en mouvement le plus possible pour nous embarquer dans cette lutte face aux rebelles. Mais peu importe le camp, les hommes et les femmes qui prennent part à cette guerre sont très peu montrés. Un parti pris que l’on comprend assez vite lorsque l’on voit l’animation de ces personnages. Cela ne semble pas être le fort de Paul Johnson, mais dont le talent explose lorsqu’il s’agit de faire virevolter des vaisseaux.

Le fait d’avoir centré cette courte intrigue sur une escarmouche permet au réalisateur de concentrer ses efforts sur ce qu’il maitrise. Bien que les mouvements des personnages et leurs proportions ne soient pas du même niveau, il n’y a là rien de déshonorant. Et cette impression s’estompe un peu plus lorsqu’on les voit aux commandes de leur engin. La caméra passe alors d’un cockpit à un autre avec une fluidité folle pour garder ce rythme trépidant.

Moins de dix minutes plus tard, Tie Fighter vient rejoindre la série Clone Wars de Genndy Tartakosky dans le haut du panier de l’animation sur la franchise. Une prouesse réalisée par un amateur qui a sans doute dû passer beaucoup d’heures à jouer à Rogue Squadrons ou encore à X-wing Vs Tie Fighter.

Les animaux fantastiques 3: les secrets de Dumbledore

Plus les trailers se succèdent, moins l’envie est présente. Pourtant la réalisation est toujours à la hauteur grâce à David Yates qui connait maintenant cet univers par coeur pour avoir aidé à le façonner depuis Harry Potter et l’ordre du Phénix. Depuis ce cinquième volet, il a été à l’oeuvre sur tous les épisodes jusqu’à celui-ci. On ressent donc une certaine maitrise devant ses images, mais aussi une lassitude. Autant il serait bienvenu qu’un nouveau cinéaste apporte sa vision à ce monde magique, autant j’aimerais voir David Yates sur un autre projet tant il a beaucoup de choses à apporter au cinéma. À cela, il faut ajouter que le fait de revoir Poudlard pour la énième fois ne suscite pas mon enthousiasme. La franchise des Animaux fantastiques a été conçue pour progresser non seulement à travers le temps, mais aussi à travers le monde. Ce lieu familier et symbolique des sorciers provoque une sensation de déjà vu là où de l’inédit est attendu. À voir ce qu’il en sera une fois en dehors des murs de la célèbre école.

Obi Wan Kenobi

Jusque là, les productions Disney autour de la licence Star Wars s’étaient surtout tournées vers la trilogie originale. Un terrain fertile sur lequel s’appuyer également les derniers épisodes en date. Avec Obi-Wan Kenobi, on change d’ambiance avec un retour à la prélogie. Du moins, pour ce qui va servir de transition entre ces deux époques. Dès les premières secondes, le thème musical Dual of the fates de John Williams résonne et la nostalgie s’installe. Mais l’utilisation de cette musique, qui illustre le combat de fin de l’épisode 1 face à Darth Maul, ne marquera pas pour autant le retour de cet ennemi. Dommage. De toute façon, son arc narratif avait été clôturé dans la série animée The clone wars d’une bien belle manière. Il était donc inutile de faire revenir ce personnage, tout comme il est permis de se demander les raisons derrière celui de Dark Vador. En effet, Hayden Christensen est annoncé au casting alors que l’épisode 4 stipulait que les deux frères ennemis ne s’étaient pas revus depuis La revanche des Sith. Peut-être ne se croiseront-ils pas pour garder un minimum de cohérence. De toute façon, Obi-Wan aura déjà fort à faire avec la milice de Vador pour traquer les derniers Jedi suite à l’ordre 66: les inquisiteurs. Voilà qui promet un spectacle à la hauteur et pour les avoir découverts dans les comics consacrés à Dark Vador, j’ai hâte de les voir en action. Plusieurs plans montrent certains de ces membres dans une ville qui ressemble à Coruscant, sinon l’intrigue globale devrait se dérouler sur Tatouine. On peut notamment y distinguer le même acteur qui jouait Owen Lars et qui a adopté Luke dont on peut voir une version enfant. Reste maintenant à savoir si Liam Neeson sera lui aussi de retour puisque l’exile d’Obi-Wan Kenobi était dans le but de communiquer avec Qui-Gon Jinn…

The boys saison 3

Pour ce premier aperçu de la saison 3, The Boys a décidé de se passer de mot. C’est vrai qu’il n’y a pas grand-chose à dire tant ce trailer laisse bouche bée. C’est la promesse d’assister à un spectacle gore et violent à base de super-pouvoirs. Même Butcher se voit doter de rayons dévastateurs qui sortent de ses yeux. De quoi avoir un combat équilibré face à Homelander.

Halo

Jusque là, les bandes-annonces de Halo m’avaient toutes convaincu et celle-ci encore plus que les autres. Une impression peut-être erronée à l’heure où les premiers avis sur la série commencent à tomber et font état de critiques mitigées. Cela concerne surtout la narration et le ton, chose que l’on peut difficilement cerner avec un trailer. Par contre, visuellement c’est plutôt réussi entre les différentes races extraterrestres, les parasites en action, la célèbre épée ou encore les vaisseaux et autres jeeps. Même si les jeux n’ont jamais vraiment su m’épater, je reste confiant.

Miss Marvel

Pas particulièrement attiré par le personnage, dont je ne lus aucune des aventures, ces premières images ont tout de même suscité mon intérêt. Sur la musique de The Weekend, on retrouve une ambiance proche de Spider-Man: Homecoming avec l’apparition d’inscriptions sur l’écran. Reste à savoir si tous ces effets sont juste là pour les besoins de la bande-annonce, où s’ils vont s’appliquer à l’ensemble de la série. Si c’est le cas, le résultat pourrait être proche de ce qu’a fait Edgar Wright avec Scott Pilgrim Vs the world.

Top Gun: Maverick

C’est là une séquelle non seulement tardive (le long-métrage original date de 1986), mais aussi maintes fois reportés depuis l’annonce de sa sortie. On n’est donc plus à quelques mois près pour un film que l’on aurait dû voir depuis juillet 2019. Et peut-être même qu’il aurait du être repoussé au-delà du 25 mai, afin de ne pas rentrer en concurrence avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness qui sera déjà dans les salles depuis le 4 mai. La présence de Tom Cruise risque de ne pas suffire face au blockbuster tant attendu de chez Marvel. Son nom n’est plus forcément une garantie de faire un bon score au box-office depuis que les franchises de super-héros ont pris le dessus. Tom Cruise en sait d’ailleurs quelque chose puisqu’une rumeur persistante annonce sa présence en tant que variant d’Iron Man dans la suite des aventures du sorcier suprême. Top Gun: Maverick se pose donc en tant qu’outsider avec un sujet loin d’être à la mode, mais qui pourrait créer la surprise. Et c’est tout ce que j’espère étant donné qu’il s’agit de Joseph Kosinski derrière la caméra. Ce cinéaste a un talent fou pour créer des images saisissantes et il est plus que temps pour lui d’être reconnu à sa juste valeur.  

Visitors

Première série française produite par Warner TV, celle-ci sera l’occasion pour Simon Astier de rester dans le registre de la comédie tout en explorant le genre de la science-fiction. Pour ma part, je le connais surtout pour la série Hero Corps et cette volonté de vouloir rester dans le domaine de l’imaginaire fait plaisir à voir. Et plus encore à la vue de ces premières images qui promettent une ambiance intéressante, saupoudrée de quelques touches de comédie. Le casting affiche d’ailleurs pas mal de noms du milieu, notamment le duo du Palmashow.

Je n’aime pas trop lorsqu’une bande-dessinée est trop bavarde. Comme pour bien d’autres arts visuels, ce médium est toujours l’occasion de faire passer des informations par le biais des illustrations. En littérature, on appelle ça le show don’t tell et cela s’applique pour alléger la narration. Il n’y a rien de pire que de rentrer dans un tunnel de dialogues dont on ne voit pas la fin alors que quelques cases auraient suffi pour nous exposer une situation.

Mais comme toute règle, il y a des exceptions. Les 4 tomes d’Animosity font partie de cette catégorie qui exige d’avoir recours à des pavés de descriptions, car c’est là le coeur de son sujet. Comme tout concept accrocheur, celui-ci est plutôt simple: du jour au lendemain, les animaux se mettent à parler. À partir de là, il est plutôt difficile de se passer de bulles pour laisser s’exprimer ces personnages, sous peine d’être hors sujet. 

Il ne leur manque que la parole.

Une pensée qui a déjà traversé l’esprit de tous les propriétaires d’animaux domestiques afin de mieux comprendre leur compagnon. Le premier tome explore donc cette possibilité tout en conservant un point de vue humain à travers le regard de Jesse. Une petite fille qui va se mettre en quête de son frère à l’autre bout du pays et dans un monde redevenu bestial depuis cet éveil. Un prétexte pour explorer ce nouveau statu quo loin d’être suffisant.

C’est un point de départ que l’on a déjà vu des centaines de fois et ce contexte n’apporte aucune nouveauté. Dès le départ, j’ai eu l’impression que l’on ne me racontait pas la bonne histoire dans un univers pourtant intéressant. Paradoxal. Mais aussi frustrant. Tout comme ce manque d’équilibre entre parlote et action qui n’aide pas à s’investir. Malgré des bases posées précédemment pour ensuite pouvoir entrer dans le vif du sujet, le deuxième tome confirmera cette lourdeur.

Néanmoins, l’auteure Marguerite Bennett développe son propos en évoquant la croyance et le fait que les animaux aient une âme. La question mérite d’être posée tout en s’appuyant sur la fameuse arche de Noé comme argument. Jesse s’étoffe quant à elle un peu plus même si elle peine à trouver un semblant de charisme pour mener à bien sa quête. La faute à des flashbacks intempestifs qui font perdre le fil d’un récit pourtant simple.

Le tome 3 reste dans la même lignée tout en se focalisant sur les insectes, plus particulièrement les abeilles. Une piste intéressante à suivre lorsque l’on sait que sans elles, le monde verrait ses chances de survie réduites à néant. L’une des rares bonnes idées avant de repartir vers quelque chose de plus conventionnel pour le quatrième et dernier tome en date.

D’autres sont encore à venir, mais en ce qui me concerne, je n’aurais pas continué ma lecture si je n’avais pas eu tous les tomes. Il est donc peu probable que je poursuivre au-delà. Et ce malgré l’incursion de la magie en guise de potentielle piste pour les causes de cet éveil. D’autres cliffhangers du même genre s’étaient avérés décevants et au final on en revient toujours au même discours: l’homme est un loup pour l’homme.

Ce n’est un secret pour personne. On a déjà eu des tonnes d’histoires sur le fait que l’humain était mauvais de nature. Il n’y a qu’à allumer la télévision sur la chaine des infos pour s’en rendre compte. Walking Dead avait déjà le même sous-entendu en montrant que les survivants étaient bien plus dangereux que les zombies. Animosity n’en est qu’une variante de plus.

Les dessins de Rafael de Latorre ne parviennent pas à relever le niveau. La faute à un découpage des planches parfois illogique en ce qui concerne le sens de lecture. Du reste, les bulles de dialogue empiètent trop sur les illustrations pour pouvoir en profiter pleinement. La solution aurait été de trouver un équilibre entre les répliques et le langage corporel des animaux qui en dit tellement plus sur leur état d’esprit. 

C’est de cette manière que l’on interagit avec les bêtes dans la vie de tous les jours et cela aurait pu convenir à condition de bien les représenter. Mais la scénariste a préféré miser sur une humanisation à base de « putain » dans la gueule des animaux. Voilà qui en dit long sur notre manière de nous exprimer. Cela ne les rend guère supérieurs à la race humaine malgré des siècles passés à nos côtés et à apprendre de nos erreurs.

Ils ne sont pas si différents de nous malgré ce don de la parole. Lorsqu’ils n’ont plus d’arguments pour alimenter une discussion, les paroles laissent place aux actes. À la violence. Après tout, c’est dans le titre. Inconsciemment, j’étais persuadé que j’allais assister à une sorte d’utopie animalière dans la veine de La ferme des animaux. Une fable moralisatrice à notre égard. Il n’en est rien. Et si les animaux de notre monde avaient la capacité de lire en plus de celle de parler, je doute qu’ils se reconnaissent dans Animosity.

Sur l’exemple de la saga Arkham, le troisième opus est réalisé par un studio qui était là en sous-traitance sur les deux premiers opus. Mais contrairement à la préquelle de Batman, ici il s’agit du volet chargé de conclure une trilogie. Aucune chance donc de revoir Crystal Dynamics aux commandes après The Shadow of the Tomb Raider qui est ici développé par Eidos Montréal. Et dès les premières minutes de jeu, la différence se fait sentir.

Le savoir-faire qui m’avait tant plu dans les précédents volets n’est plus qu’un lointain souvenir. Pourtant, c’est bien cette dernière (mauvaise) impression qui restera pour le fan du reboot de Tomb Raider que je suis. Là où les deux premiers nous immergés en pleine action dès le début, ici on a le droit à un bain de foule durant la fête des Morts au Mexique. Je ne compte volontairement pas le faux départ avec l’exploration d’une caverne qui n’a rien de palpitant.

Ce prologue n’a que pour but de nous rappeler les commandes, ce qui est un comble puisque ce dernier épisode s’adresse directement aux joueurs des deux premiers. Quitte à faire un saut dans la narration, le jeu aurait eu tout à gagner à débuter son aventure par la spectaculaire inondation du village. Un passage vraiment prenant, bien qu’un peu court, mais suffisamment stimulant pour susciter l’intérêt.

Emporté par le courant, j’aurais aimé qu’il en soit de même pour la suite des événements. Hélas, on retrouve la moiteur de la jungle comme dans le premier opus, ce qui forme une boucle pour cette trilogie, mais aussi une redite. Seule la mythologie change puisqu’il est question ici des Mayas. Pour nous aider dans notre quête, Jonas sera beaucoup plus présent. Pour ne pas dire envahissant. On se le coltine pendant une bonne partie de l’aventure ce qui n’a pour effet que de nous ralentir. Et le rythme aussi.

De manière générale, on perd ce sentiment d’urgence qui rendait l’histoire si excitante. Là, on a juste l’impression que le jeu se complait dans ce qu’il propose sans laisser au joueur l’occasion d’y prendre part. C’est notamment le cas dans les cinématiques riches en action que j’aurais préféré jouer plutôt que de rester passif devant. Même un Quick time event aurait pu faire l’affaire si les développeurs tenaient à tout prix à conserver leur mise en scène. Qui soit dit en passant n’a rien d’extraordinaire.

Et que dire de ces cinématiques déguisées lorsque le jeu nous force à ralentir le pas en faisant marcher le personnage… Pour au final mener à une autre cut scène. Au final, les temps forts se révèlent peu nombreux, ne laissant en majorité que des énigmes à résoudre et de l’exploration à base de plate-forme. Lors de ces moments, il manque une véritable présence musicale pour supporter les trajets d’un point à un autre sans que l’ennui ne se manifeste. 

Pour ce qui est de la large place laissée aux phases sous-marines, elles auraient pu diversifier cette redondance, si elles avaient été plus limpides. Lara est loin d’être une sirène et reste beaucoup plus agile sur terre. Entre autres nouvelles aptitudes, on peut désormais descendre en rappel, se camoufler en s’aspergeant de boue ou encore se cacher dans les hautes herbes tel un raptor prêt à saisir sa proie. Dans cette configuration, l’élimination silencieuse au couteau est de rigueur en prenant notre ennemi par-derrière puis en le tirant dans les fourrés pour cacher le corps.

Toutefois, il est possible d’éviter la confrontation directe grâce à l’ajout de flèches hallucinogènes. Une fois la cible atteinte, celle-ci se met à s’en prendre à ses alliés et il ne reste plus qu’à les regarder s’entretuer. C’est là une bonne nouveauté, mais qui une fois encore nous prive de la fonction première d’un jeu: jouer, et non regarder un pion faire le ménage à notre place. Shadow of The Tomb Raider n’a jamais aussi bien porté son titre en plaçant le joueur dans l’ombre de Lara, complètement dépendant de ses actions.

Mais cette ombre qui plane sur le titre est aussi synonyme d’une ambiance plus sombre. Dans le genre aventure un peu plus gore et crade que la moyenne, on est sur le territoire d’Indiana Jones et le temple maudit. Le seigneur des anneaux n’est pas loin non plus avec un passage digne des mines de la Moria, à ceci prêt qu’il faut remplacer les orcs par des hordes de cannibales. Une ambiance plus adulte que jamais, mais paradoxalement c’est un niveau qui se situe à l’opposé qui a le plus retenu mon attention.

Loin des effusions de sang et de la spéléologie acrobatique, discipline dans laquelle excelle Lara, il se trouve un niveau spécial en forme de flashback où l’on peut prendre le contrôle d’une version enfantine de l’héroïne. On évolue alors dans les jardins du manoir puis dans la propriété en l’escaladant avant d’y pénétrer. Un jeu d’enfant, littéralement, auquel on se prête grâce aux commentaires de cette future aventurière qui laisse libre cours à son imagination. Un passage qui aurait pu finir dans un DLC, mais qui devient l’un des meilleurs moments du jeu.

Ils sont peu nombreux à m’avoir captivé comme celui-ci en faisant preuve d’originalité et d’un point de vue unique. À quelques exceptions près, le reste n’est qu’une succession d’obstacles, à gravir ou à abattre, jusqu’au climax. Ce dernier est d’ailleurs loin d’être l’apothéose tant attendue. Cette menace de fin du monde, qui plane au-dessus de nous depuis le début du jeu, est traitée avec indifférence. À mesure que l’on s’approche de la conclusion, les protagonistes semblent de moins en moins pressés d’en découdre.

Pour preuve ce changement de lieu de l’action alors qu’un compte à rebours est lancé. À la rigueur pour l’épilogue, c’est quelque chose que je peux concevoir, mais là, on perd toute la tension dramatique. Encore qu’elle était loin d’être à son paroxysme… On est donc coupé dans notre élan avant d’aller en découdre avec le dernier boss, et ce danger imminent est relégué en arrière-plan tandis que l’on s’entretient avec le chef du peuple indigène sur la suite des événements. L’apocalypse peut attendre.

Mais la patience n’est pas forcément requise sur ce type de jeu orienté action / aventure. Les développeurs se doivent de solliciter constamment l’attention du joueur sous peine de voir celui-ci s’ennuyer. Ce fut mon cas à plusieurs reprises. La direction artistique a beau être conforme à ce que le reboot avait posé comme base, le fond diffère sur bien des points. Si le premier prenait exemple sur Uncharted et le deuxième sur Horizon Zéro Dawn, dans une certaine mesure, celui-ci est inspiré par la saga Zelda et son monde semi-ouvert.

Loin d’être une mauvaise référence sur laquelle se reposer, cela ne colle tout simplement pas avec l’identité de Lara Croft. C’est notamment flagrant lorsque l’on accède à différentes tenues qui permettent de se fondre dans la faune locale. Lara est méconnaissable dans ces accoutrements et celui en vert donne juste l’impression de manipuler Link. Le savoir-faire de Shigeru Miyamoto en moins. Mais en l’état, juste le savoir-faire de Crystal Dynamics, le studio d’origine sur les deux premiers opus, aurait suffi.

Il est vraiment dommage que l’équipe en place depuis le début n’ait pas pu réaliser cette suite à leur Rise of the Tomb Raider. Surtout que celui-ci contenait une scène post-générique. Cela veut dire qu’ils avaient des plans et une vision à long terme pour la suite. Au regard de leur pedigree, la collaboration avec Marvel a dû réquisitionner une bonne partie de leurs effectifs pour les forcer à se concentrer sur Marvel’s Avengers. Je n’ai pas encore pu m’y essayer, mais l’accueil critique et public a dû les faire regretter de ne pas avoir privilégié ce troisième opus. Tout le monde est donc perdant.

Ce mois d’avril sera rythmé par les élections présidentielles. J’ai bien l’intention d’utiliser mon droit de vote pour exprimer mes opinions politiques, même si la campagne est loin d’être de qualité. Certains candidats pensent connaitre les priorités des Français, mais ils ont tendance à oublier que nous faisons partie d’un tout. L’état du monde ne se limite pas à la France et il est urgent d’agir pour la planète. Mais je ne vais pas m’étendre sur le sujet et celui qui parle encore le mieux des politiciens, c’est Louis Chappey. Fin de la parenthèse.

Sinon, entre le premier et le second tour, je vais surtout fêter mes deux années de routine d’écriture. Ce droit d’écrire, je l’ai transformé en devoir que je m’impose depuis le 13 avril 2020. Un événement qu’il me tarde de fêter, sans compter qu’à cette même date sortira le troisième opus des Animaux fantastiques: les secrets de Dumbledore. Jusqu’à maintenant, les bandes-annonces ne m’ont pas vendu du rêve, mais je serai tout de même dans la salle pour voir la magie opérée. Côté série, je vais suivre Moon Knight qui a commencé mercredi et qui sera mon rendez-vous durant tout ce mois d’avril.

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