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L’équilibre de la terreur

Je ne m’imaginais pas passer la fête du travail sans en avoir un. Et encore moins en confinement. De toute façon l’humeur n’est pas à la fête et beaucoup de nos peurs sont devenues réalité en peu de temps. Maintenant il faut apprendre à les surmonter, les vaincre pour les faire revenir à l’état de pensées. C’est ce que je m’efforce de faire chaque premier du mois ici-même. J’ai pris l’habitude de donner la priorité à des sujets divers mais gravitant la plupart du temps autour de cet espace d’écriture. Mais mon petit monde est lui aussi impacté par ce qu’il se passe à l’extérieur. Enfin, l’extérieur est un bien grand mot lorsque l’on voit la taille de nos intérieurs.

Les restrictions sont partout alors, temps qu’il n’est pas encore interdit de rêver, on se plait à imaginer un logement plus spacieux dans lequel il serait nécessaire d’élever la voix afin de se faire entendre de son concubin. Et non pour se livrer à des réprimandes sur la difficulté de vivre en couple et les violences que cela engendre. Le choix d’avoir un toit sur la tête n’est pas à la portée de chacun tout comme le raisonnement qui en découle lorsque l’on est enfermé entre quatre murs. La psychologie est fascinante et nous pousse à faire certains actes pour assurer notre survie.

Les personnes en surpoids auront tendance à vouloir mincir pour augmenter leur maigre espace vitale. Les personnes bénéficiant d’une surface importante seront amenées à vivre dans l’opulence et à se nourrir plus que de raison jusqu’à voir leurs murs comme un étau qui se resserre. Et puisque l’aiguille de la balance n’a plus d’importance, comme celle de l’horloge qui défile en roue libre, cette perte ou cette prise de masse est visible grâce à la taille de nos vêtements que nous avons déjà renommé en « tenue de confinement ». Toujours les mêmes habits dont les marques sont le sponsors officiels participant à nous sentir prisonnier d’une boucle temporelle.

Les mêmes fripes que le veille et demain. Les mêmes que ceux du dimanche. Avant les habits du dimanche servaient à festoyer maintenant c’est ceux qui nous servent à chiller devant la télé. Nos valeurs se sont inversées, du moins elles le sont pas rapport à celles de nos anciens. On se compare à eux à cause de phrases comme « nous sommes en temps de guerre » alors que dehors le temps à l’air plutôt clément. On a l’impression d’être sous occupation, à la recherche d’une occupation. Pourtant nous n’avons que l’embarras du choix mais aussi le choix de notre embarras.

Pour cela il suffit de mettre les informations. D’ailleurs le journal télévisé n’en est plus vraiment un. On appuie sur le bouton de la télécommande non pas dans l’optique de s’informer mais en se demandant quelles types de mauvaises nouvelles il y aura au menu aujourd’hui. Tout comme on peut voir des parasites sur son écran lorsque l’on a une mauvaise réception, il en est de même dans notre quotidien où l’on voit des interférences de ces images de guerre, de famine, de souffrance, de bêtise politique, de désorganisation, de non respect des règles,… Il suffit de choisir son pêché.

Ces images subliminales hantent nos journées alors on les chasse à travers des films, des séries, des jeux vidéo qui sont eux-même le reflet de notre société. C’est pour cette raison qu’ils ont autant de succès. Alors il ne tient qu’à nous de faire la part des choses et de se protéger. Si nous sommes capable de respecter tout un protocole avant de pouvoir sortir, pourquoi ne le saurions-nous pas également dans notre propre intérêt personnel? Nous nous plions aux règles afin de sauvegarder notre santé physique, pourquoi n’en ferions nous pas autant pour notre santé mentale? Parce que personne ne nous l’impose.

Pour ma part, j’ai fait le choix en ce début d’année de moins me confronter au fil d’actualité. Cette exposition perpétuelle était comme l’être à un produit radioactif ou nocif pour la santé, c’était trop anxiogène pour moi au point de me pousser dans des états de stress tout au long de la journée. Je n’imagine même pas mon moral si je n’avais pas pris les devants face à cette crise que personne n’a vu venir. Cela faisait partie de mes résolutions en début d’année, c’est là que j’ai compris que l’on ne pouvait pas seulement ajouter des objectifs à faire sur cette liste mais que l’on pouvait aussi en retirer. Les informations étaient en tête pour soulager la mienne de ce trop plein.

Pour se faire la technique de développement personnel des « petits pas » s’est révélée extrêmement efficace sur ma personne. Bien que son appellation incite à se déplacer, même si il nous est impossible de mettre le nez dehors, elle consiste surtout à faire de petites actions tous les jours plutôt qu’une grosse action une fois par semaine. J’ai adapté cette règle à ma façon en l’inversant pour pouvoir me débarrasser de cette addiction dont je n’avais même pas conscience. J’ai alors réalisé que regarder les informations midi et soir ne m’avancerait à rien mais qu’une fois par semaine serait amplement suffisant.

Tout ça a fonctionné pendant un temps et j’ai réellement pu me rendre compte de l’emprise que pouvait avoir les journaux télévisés sur notre moral et notre perception de la réalité. Dans un gouvernement qui peine à communiquer clairement, il est clair que je ne peux plus me contenter de me renseigner sur l’état du monde de façon hebdomadaire au vue des circonstances actuelles. Petit à petit, j’ai appris à refréner ma consommation d’actualités mais je pense que ce n’est pas notre rôle de faire de la rétention d’informations. Sans parler de théories du complot visant à modifier la façon de penser de la population, il appartient aux chaines de télévision de changer leur ligne éditoriale. 

Comme je le disais plus haut, même nos sources de divertissement sont le reflet de notre société et même dans une société de consommation il est possible d’y voir un peu d’espoir. Même si une entreprise capitaliste comme Disney fait du forcing auprès de l’Etat français pour imposer son service de streaming, celui-ci est tout de même porteur de nombreuses pépites dont une qui est très hautement sous-estimé: A la poursuite de demain. Tomorrowland en version originale, le message est le même d’une langue à une autre et l’éternel couplet du méchant en fin de film, expliquant son plan diabolique, est ici remplacé par un constat flagrant sur la situation dans le monde.

Loin de redouter leur propre fin, ils l’ont recyclé. Ils s’en repaissent dans les jeux vidéos, les émissions de télé, les livres, les films… Résultat : soudain, le monde entier vénère l’apocalypse, et se rue dans les bras du néant avec une joyeuse inconscience ! Et pendant ce temps-là, votre Terre commence à pourrir sous vos yeux, et les gens à mourir simultanément : les uns d’obésité, les autres de faim. Si quelqu’un est capable de m’expliquer ça, ça m’intéresse !

Cet extrait choisi, d’une tirade bien plus longue et révélatrice du monde dans lequel nous vivons, a de quoi être déprimant et pourtant ce n’est que la vérité. Simplifiée certes, mais pas moins véridique. Le personnage joué par l’ancien Docteur House n’est pas aussi cynique que celui qu’il incarnait dans la série télévisée du même nom, il est juste réaliste. Contrairement « A la poursuite de demain », nous regardons du mauvais coté, le regard vers le passé nous sommes à la poursuite d’hier, quand tout était encore possible. Cette nostalgie du temps passé nous empêche de voir de meilleurs lendemains.

Je ne suis en rien capable d’expliquer ce paradoxe qui gouverne notre existence au méchant du film, mais moi aussi ça m’intéresse. Ce discours complexe, bien plus lucide que ne l’aurait voulu cette corporation politiquement correct représenté par Mickey, force à la réflexion. Des personnes meurent de faim tandis que d’autres d’obésité et dans les extrêmes il ne s’agit rien de moins que de l’anorexie et de la boulimie. Des maladies mentales alimentées par l’anxiété, et bien d’autres facteurs, dont les informations se font le relais. Alimentant un peu plus cette dépression.

Je n’ai pas la prétention de trouver le coeur du problème mais un équilibre pourrait être trouvé dans la ligne éditoriale comme je le mentionnais il y a de cela quelques paragraphes. Un équilibre entre les mauvaises et les bonnes nouvelles. Lorsque l’on nous montre la dévastation d’une foret par les flammes, ne serait-il pas plus constructif d’enchainer sur un reportage ayant pour sujet la plantations d’arbres par les hommes et les femmes d’un village? Lorsqu’une espèce disparait, la peine de la voir s’éteindre ne pourrait-elle pas être contrebalancée par quelques images d’une naissance dans un zoo?

Parce que nous aurons toujours des mauvaises nouvelles, c’est une utopie basée sur la troisième loi de Newton: à chaque action, une réaction égale et opposée. C’est de la physique qui peut influer sur le notre et par extension sur notre mental. J’ai mis du temps à comprendre que les deux étaient liés, qu’ils pouvaient s’influencer l’un et l’autre, et c’est à ce prix que nous pourrons retrouver un équilibre. Certains diront que je suis un idéaliste mais je me considère plus comme un rêveur. Je n’ai jamais cessé de l’être, de faire des rêves et comme la plupart d’entre eux sont basés sur des souvenirs, il y en un qui me revient en mémoire.

Dans cette période qu’est l’enfance, la plupart des mots qui sortent de notre bouche sont destinés à former une question et comme pour la loi de Newton, je n’ai pas échappé à cette règle. L’une d’entre elles m’a toujours apporté plus de questions que de réponses et lorsque je l’ai posé à mon père, je ne suis pas sûr que lui même savait où il voulait en venir. J’ignore dans quelles circonstances cela est arrivé mais un jour, alors que nous regardions probablement les informations, je lui ai demandé ceci: Papa, qu’est-ce qui se passera si un jour il n’y a plus rien à raconter dans le monde?

Mon père m’a alors dit que tout serait terminé si il n’y avait plus rien à raconter. Tandis que de mon point de vue j’ai interprété ça comme une allusion à la paix, j’ai appris plus tard que lui avait sous-entendu le chaos. Si il n’y a plus rien à raconter c’est que la fin du monde à eu lieu et il n’y aura plus personne pour la raconter. Deux visions des choses opposées, celle d’un adulte et celle d’un enfant. Mais je reste persuader que l’on naît avec un état d’esprit positif et que les informations nous corrompt à long terme si l’on se contente d’avaler aveuglement ce flot continu.

Il faut appliquer des gestes barrières, appuyer sur le bouton off de notre télécommande, baisser le son pour entendre à nouveau nos pensées. Ne plus prêter attention à ces paradoxes illustrés d’images de pays archaïques forçant les plus civilisés à avoir recours à de plus en plus de technologie afin de se protéger des attentats. Même au risque d’empiéter sur la liberté de tout un chacun et de s’en révolter alors que dans ces mêmes pays qui nous font la guerre, les droits de l’homme sont bafoués et les femmes n’ont que des devoirs. Cet Ouroboros ne se contente pas de se mordre la queue, il se dévore.

Mais si le virus nous a bien été transmis par un animal, il ne s’agit en rien de ce serpent imaginaire. Pas plus que celui qui a incité Eve à manger la pomme n’est responsable de notre malheur. Notre superstition nous a amené à ériger des règles et selon certaines religions certains animaux sont proscrits ainsi que certaines habitudes alimentaires. Ainsi les musulmans ne mangent pas de porcs, le poisson est consommé le vendredi saint pour les catholiques et j’en passe. Alors combien de temps faudra t’il avant que n’émerge un nouveau système de croyance de cette situation et que ce fameux pangolin ne soit interdit à la consommation? Pourquoi s’en préoccuper, nous serons sûrement tous devenus cannibales d’ici là.

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