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« Lock out » de James Mather et Stephen St Leger

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« LOCK OUT » VS PROCRASTINATION

Parfois, on tombe sur un film et on se demande en toute innocence (mais surtout en toute supériorité): mais qui pourrait perdre son temps à regarder un truc pareil? Question rhétorique qui, dans un moment de faiblesse, nous amène tout de même à nous plonger dedans comme un plaisir coupable. Aussi coupable que les prisonniers de cette prison en orbite autour de la terre servant de prétexte à l’intrigue. Aussi coupable que son scénariste surtout, c’est surement ce qu’a dû se dire John Carpenter, célèbre réalisateur américain, lorsqu’il est tombé par hasard sur Lock Out. Ou que l’un de ses avocats le lui a conseillé, surement attiré dans un premier temps par le résumé ayant un air de déjà vu avec le travail de son client. 

Au moins si vous succombez à la tentation de perdre votre temps devant ce film, vous pourrez vous réconforter en ayant eu la réponse à votre question. Non seulement vous êtes ce genre de personne attirée par les navets, personne n’est parfait et puis on n’est pas à l’abri de tomber sur une petite pépite indépendante vu le budget, mais en plus ce réalisateur culte aurait pu être votre voisin de siège au cinéma. À la retraite depuis 2010, son temps est devenu encore plus précieux et s’être fait voler plus d’une heure et demie n’aurait pas été aussi insupportable si au passage il ne s’était pas fait piller l’un de ses classiques.

La frontière est fine entre l’hommage et le plagiat, mais la finesse n’a jamais été le fort de Luc Besson. Ce dernier n’a jamais caché son côté businessman lorsqu’il s’agissait de faire rentrer des fonds dans sa boite de production Europa, même si cela devait empiéter sur son image artistique. Les deux facettes de cet homme n’ont jamais vraiment réussi à coexister au sein du système et surtout aux yeux du public. Lorsque l’on voit son nom apparaitre à l’écran, il est difficile de séparer le producteur du réalisateur. Surtout lorsqu’il produit et scénarise plus de films qu’il n’en réalise pour alimenter sa filmographie.

Néanmoins, Luc Besson est conscient de l’industrie dans laquelle il évolue, il en a compris les rouages afin de l’utiliser à son avantage. Ainsi, le réalisateur sait que pour avoir la possibilité de faire un seul et unique blockbuster sur le sol français, il doit pour cela sacrifier son image de marque afin de vendre des séries B aux États-Unis. En tant que scénariste, il a ainsi rédigé une quantité assez impressionnante de scripts qui usent et abusent de ficelles bien connues, de stéréotypes en tout genre et de clichés flirtant avec le mauvais gout. Une recette qui divise bien souvent le public et la critique à son propos.

On lui doit, entre autres, les films les plus populaires du cinéma français avec la saga des Taxi mais aussi des trilogies entières comme celle du Transporteur ou encore Taken. Ces dernières ont eu un fort impact à l’international en plus d’avoir des têtes d’affiche américaines. De quoi renflouer les caisses d’Europa Corp afin de financer ses propres projets dont on pourrait attendre autant de subtilités. Pourtant à titre comparatif, les films qu’il met en scène n’ont pas, ou que très peu, cet aspect beauf. Le côté grand spectacle est là, mais toujours avec une certaine mesure et une maitrise que sont loin de maitriser les réalisateurs de son écurie.

Il est donc flagrant de constater qu’il ne prend pas le même soin dans la rédaction de ses scénarios, selon si c’est lui qui aura la charge de les mettre en scène ou si cette tâche sera dévolue à quelqu’un d’autre. Ce qui est le cas ici pour Lock Out. Ou plutôt à deux autres personnes puisqu’il s’agit de l’effort commun de James Mather et Stephen St Leger. Deux réalisateurs qui se sont fait remarquer grâce à un court métrage intitulé Prey alone et qui permet de mieux comprendre pourquoi Luc Besson les a choisis pour ce job. De la prison aux courses poursuites, ces 15 minutes semblent contenir l’ambiance générale de cette production qui s’étalera sur un peu plus d’une heure et demie.

Mais cette aisance à pondre des scénarios à la chaine sur des sujets aussi divers que variés, tout de même une cinquantaine de scripts en quarante ans, n’est pas sans faire usage de certaines facilités. Surement séduit par l’adage qui veut que tout ait déjà été écrit, mais pas encore par vous, Luc Besson ne se gêne pas pour reprendre à son compte certaines idées déjà vues ailleurs. Et ce n’est pas parce qu’un film date de 1981 que personne ne va se rendre compte de la supercherie. Au mieux si il ne s’agissait que d’un petit film méconnu, seule une poignée de cinéphiles aurait pu faire la comparaison, mais là il s’agit tout de même de Escape from New York.

Re-titré New York 1997 dans l’hexagone, les droits sont détenus par une société tout aussi française puisqu’il ne s’agit de rien de moins que Canal +. Ce sont donc ces derniers qui alertent John Carpenter comme quoi Luc Besson vient de faire le plagiat de l’un de ses films ce qui le poussera à mener cette affaire devant la justice. Et à gagner. Fortement influencé par Canal +, pour lui Lock Out n’est rien d’autre qu’un remake déguisé de son film culte. Pour quelqu’un qui dénonçait le système avec un anarchiste tel que Snake Plissken, tout ceci est un peu contraire à ses idéaux. Surtout que Besson est loin d’être le seul à avoir appliqué cette même formule à la lettre.

Avec son budget de 20 millions, on ne peut pas dire que Lock Out ait bénéficié d’une grande exposition médiatique contrairement à XXX avec Vin Diesel ou Suicide Squad mettant en scène les vilains de chez DC Comics. Leur point commun? Exactement la même structure que Escape from New York, à savoir un, ou des individus dangereux, capturés par le gouvernement et contraints d’agir contre leur volonté afin de libérer un otage ou sauver leur pays. Avec le temps, ce schéma est devenu un cliché au point d’être perçu comme de la fainéantise lorsqu’il est utilisé. C’est donc tombé bien bas que de vouloir attaquer un cinéaste fan de son travail dont le but n’a surement été que de lui rendre hommage.

Metal Gear Solid est un autre de ces hommages flagrants sans pour autant que Hideo Kojima n’ait eu à subir de procès. John Carpenter ayant avoué bien aimer cette saga de jeu vidéo, il a ordonné à Canal + de ne pas le poursuivre contrairement à Luc Besson. À croire que c’est juste la chaine cryptée qui en veut à Europa Corps d’empiéter sur ses parts de marché au cinéma. Pourtant, à bien y regarder et même si il y a des similitudes, il n’y a pas de quoi vouloir affilier son nom à celui de Lock Out dans les journaux. Même ceux qui l’ont été par le biais d’un contrat sur cette production doivent amèrement le regretter au vu du résultat final, Guy Pearce en tête.

J’ai du mal à comprendre ce que cet acteur fait dans cette galère. Il a côtoyé les plus grands comme Christopher Nolan ou Ridley Scott donc on est en droit de se poser des questions quant à son attirance sur ce projet. Mais bon Europa Corps avait déjà réussi à avoir Liam Neeson (Gang of New York de Scorsese, La liste de Schindler de Spielberg, ce n’est pas rien) pour sa trilogie Taken alors bon, pourquoi pas. À croire qu’il est aussi amnésique dans le choix de ses rôles que son personnage dans Mémento. Dans ce dernier, son personnage était manipulé par son ami Teddy en orientant sa vengeance vers des cibles bien précises. 

Là c’est un peu pareil au regard de sa filmographie qui oscille entre productions au rabais et blockbusters, au point de me demander si l’agent qui gère sa carrière ne s’appelle pas Teddy… C’est peut-être cette mémoire sélective ou ce déni sur son parcours qui fait qu’il est aussi convaincant comme c’est le cas ici en gros bras. Pearce est loin d’avoir le charisme de Kurt Russel, mais il fait le taf en se rapprochant plus du personnage de Korben Dallas dans le 5ème élément. D’ailleurs la cote de popularité de Bruce Willis n’étant plus ce qu’elle était, Europa Corps aurait pu se payer la star d’antan pour faire une suite à ce chef d’oeuvre de la science-fiction.

Non seulement Luc Besson aurait pu s’épargner un procès, mais en plus il existait déjà un script écrit de sa main pour faire suite au 5ème élément. En effet, le scénario de ce qui est le septième film de Besson avait été coupé en deux et devait être tourné en cas de succès, chose qu’il n’a pas eue aux Etats-unis contrairement au reste du monde où il a acquis le statut de culte. Quoi qu’il en soit, Lock Out ne vaut même pas la moitié de ce chef-d’œuvre daté de 1997 (année où est censé se passé Escape from New York, coïncidence…) et malgré les quinze années qui les séparent et les efforts conjugués de deux réalisateurs pour délivrer leur vision, le film accuse toujours un retard flagrant.

Pour preuve, cette course poursuite du début qui affiche des effets spéciaux vraiment ridicules, notamment dans l’effet censé donner l’impression de vitesse, à tel point que l’on pourrait croire qu’ils n’ont pas passé l’étape de la prévisualisation. C’est dommage car le design de la moto utilisé par le héros avait au moins pour lui d’être original sinon intéressant. Ce manque de moyen évident est compensé par une mise en scène qui a le mérite d’être punchy et pas totalement dépourvue d’intérêt. De bonnes idées se trouvent dans les mouvements de caméra ou au contraire dans des plans fixes comme c’est le cas lors de la séquence d’ouverture.

On assiste alors à un interrogatoire plutôt musclé dans lequel Snow, antihéros de cette histoire, subit les coups de son agresseur afin qu’il daigne se mettre à table. Face caméra, il rentre et sort du cadre au gré des droites tandis que cela fait apparaitre le titre et les noms du générique qui s’inscrivent en surimpression à l’écran. Efficace, ingénieux et littéralement percutant comme entrée en matière, mais surtout prometteur compte tenu des noms qui s’affichent pour annoncer le casting. L’un d’entre eux n’est rien de moins que Peter Storemare, une gueule de cinéma qui a trainé son charisme dans de nombreux blockbusters et qui se trouve ici sous-exploité.

On ne peut pas en dire autant de Maggie Grace qui est ici en terrain connu puisqu’elle se faisait kidnapper dans Taken et qui se fait ici prendre en otage. Là au moins, il y a une cohérence dans les choix de carrière de cette actrice qui avait été révélée au public dans la série Lost et qui semble définitivement perdue. À l’image du procès à l’issue duquel Europa Corps aura été contraint de payer ce que John Carpenter réclamait pour violation de droit d’auteur. Pour autant, Luc Besson mérite-t-il de finir dans cette prison tel que celle qu’il a imaginée dans Lock Out?

Se voir demander de l’argent par l’une des personnes qui l’a inspiré a dû être un sacré coup dur pour le cinéaste, c’est un fait. Surtout lorsque l’on constate que ce n’est pas la première fois qu’il cite Carpenter dans ses scénarios. Banlieue 13 et ses suites sont tout aussi flagrants, mais n’ont pas pour autant bénéficié du même traitement impartial. Les enjeux financiers dont il est question autour de Lock Out semblent donc trouvé leur source entre Canal + et Europa Corps et non entre John Carpenter et Luc Besson. Ce sont deux artistes dans un monde où aucune idée n’est originale et dont personne ne peut s’en revendiquer le propriétaire.

Si tel devait être le cas, alors il serait plus légitime de reprocher à Lock Out d’être un mélange entre Fortress et Dante O1. Quoique moins soporifique que ce dernier, on y retrouve une prison à la dérive dans l’espace et tout ce que ce point de départ implique lorsque des prisonniers sont détenus dans ce genre d’endroit. Encore que dans le scénario de Luc Besson les malfrats sont plus proches de ceux de Démolition Man, mais en définitive, un feu reste un feu. Et le président de Europa Corp aura beau cherché à l’éteindre après avoir fait appel de la décision rendue par la justice, il perd une seconde fois et est condamné à payer une somme encore plus grosse que celle qu’il devait à la base.

En effet, entre temps de nouvelles pièces sont venues s’ajouter à son dossier dont celle d’avoir indirectement empêché la réalisation du remake de Escape from New-york, puisqu’ayant un sujet similaire. Ce dernier est en chantier depuis des années avec Jonathan Mostow à la barre et pour le coup on peut constater des similitudes avec son script. Le président fasciste de New York 1997 devient une femme libératrice comme c’est le cas ici et Snake Plissken doit se la coltiner pendant une bonne partie du métrage. Bref quitte à copier sur son voisin autant que cela soit pour faire mieux plutôt que le contraire. Et cela vaut autant pour ce remake qui ne s’est jamais fait que pour Lock Out.

En cela, ce dernier a plutôt rendu service à John Carpenter en lui apportant la preuve qu’il s’agissait d’une mauvaise idée de remettre son classique au gout du jour. Au moins, son honneur reste sauf et son film culte reste inviolé par la mode des remakes. Du moins jusqu’à nouvel ordre. Après tout, c’est Snake Plissken qui a dit dans Escape from Los Angeles que plus les choses changent, plus elles restent les mêmes. Il faut comprendre par là que plus on essayera de modifier une oeuvre afin d’avoir des points de différences avec celle d’origine, plus on va lui ressembler à l’issue de ce cycle. C’était là l’argument mis en avant au tribunal et qui aura mis à mal la défense de Luc Besson: une contrefaçon ne s’apprécie par sur ses différences, mais sur ses ressemblances. Subtile.

PROCRASTINATION WINS!

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