« NEW SUPER MARIO BROS DS » VS PROCRASTINATION
Sur le terrain de la plate-forme en deux dimensions, rien ne ressemble plus à un jeu Mario qu’un autre jeu Mario. La création de Shigeru Miyamoto a tellement posé les bases en tant que prototype que nombre de softs ont du mal à se défaire des standards qu’il a imposé. Que cela soit au niveau des mondes à parcourir ou des pouvoirs à obtenir pour progresser, il y a toujours cette sensation d’avoir affaire à un ersatz du plombier moustachu.
En donnant du relief à leur icône, Nintendo a réussi à renouveler une expérience de jeu qui devenait redondante même si le plaisir de jeu était intact pour chaque nouvelle génération s’essayant à ces jeux. Pour ma part, je l’ai découvert sur la toute première Nintendo, une époque où il fallait finir un jeu d’une seule traite faute d’avoir un système de sauvegarde intégré à la console. Une difficulté qui a poussé nombre de joueurs à une course au temps record pour venir à bout du jeu en le terminant en moins de cinq minutes.
Même trois tours de circuit à Mario Kart ne permettent pas de faire ce temps, c’est dire le niveau de ceux qui s’adonnent à cette discipline. Un défi qui s’est depuis démocratisé à bien d’autres jeux et qui permet de rivaliser de vitesse avec son concurrent direct: Sonic. Ce dernier ayant toujours eu mes faveurs et mes préférences en tant que jeu de plate-forme ultime, je n’en ai pas pour autant perdu de vue l’initiateur de ce mouvement.
À l’heure où une console de la taille d’un smartphone surpasse la Nes première du nom en termes de puissance, il est surprenant de voir que Nintendo reste sur ses acquis avec cette énième version DS. En effet, pas une seule console de la firme ne va sans sa mascotte pour démontrer ses capacités. Et aussi pour exploser les ventes. Ce fer de lance, qu’il faut battre tant qu’il est chaud et qu’il l’est depuis les années 80, s’est retrouvé une fois de plus sur le line up de départ.
Pourtant la transposition de Super Mario 64 sur ce support portable avait prouvé qu’il était possible d’emmener le personnage iconique vers de nouveaux horizons. Même si il ne s’agissait que d’un remake, cette version en 3D était une première sur console portable. Cette troisième dimension se limitera à l’écran nous permettant de nous rendre d’un niveau à un autre tout en se voulant extrêmement dirigiste puisque l’on ne peut s’éloigner du chemin qui nous est proposé…
Là, on a l’impression que le studio régresse en proposant une version tout en scrolling. Pire encore, Nintendo étant un adepte du recyclage ce New Super Mario Bros sera à son tour transposé sur les consoles de salon comme la Wii à l’époque. Cette dernière a bénéficié de la technologie de capteur de mouvement afin d’ajouter une plus-value ainsi que quelques ajouts pour justifier l’achat de cette nouvelle mouture sur console de salon. En attendant un Super Mario Galaxy bien plus révolutionnaire dans son traitement de cet univers.
Le mode du retrograming étant passée par là, les gamers old school ont donc ouvert les bras à cette nouvelle version qui a tout d’une vieille. En effet, Nintendo n’a jamais caché sa stratégie visant à toucher toute la famille et surtout ceux qui ne jouent que très occasionnellement. Et tant qu’à faire autant que cela soit avec une valeur sûre comme Mario. En bon VRP et ambassadeur de sa marque, le petit bonhomme à la salopette bleue se révèle très convaincant lorsqu’il s’agit de se mettre dans la poche les nostalgiques.
En bon plombier de profession, il s’insinue dans les canalisations de la DS pour en démontrer les performances et les capacités à qui veut bien l’entendre. En cela, graphiquement le jeu est bon même si il reste sur une progression à l’horizontale et ce que cela implique. Mario a certes un beau profil, l’esthétique et les designs ne changent pas par rapport aux anciennes versions. Aucun effort supplémentaire n’est fait comme si il s’agissait de ne pas déroger à une tradition instaurée depuis bien longtemps. Une continuité avec les précédents épisodes, mais à quel prix?
C’est simple à part pour la construction des niveaux, à première vue on a parfois l’impression d’avoir entre les mains un vieux jeu aux graphismes rehaussés par une nouvelle génération de console rétrocompatible. Une version plus fluide aussi, mais c’est le minimum que l’on est en droit d’attendre de chaque nouvelle version. La taille de l’écran n’aide pas non plus à se faire une bonne idée du travail effectué par les développeurs, mais ce n’est pas une raison pour délaisser les détails de cet univers coloré à souhait.
Partisan de la rengaine voulant que ce soit dans les vieux pots que l’on fasse les meilleures confitures, on se demande encore ce que fait Nintendo dans cette course technologique aux consoles next-gen si ce n’est pas pour offrir des jeux graphiquement évolués. Mais la firme n’a jamais brillé par ses graphismes, toutes consoles confondues et aussi évoluées soient-elles à leur sortie, et n’a jamais eu cette envie de rivaliser avec la concurrence sur ce terrain.
Son catalogue en est un exemple indéniable avec au hasard Zelda, Kirby, Metroïd,…Aucun d’entre eux n’a la prétention de se vouloir réaliste et joue la carte du dessin animé jouable. Son point fort se trouve donc ailleurs, dans le plaisir de jeu, le fun, l’expérience, la convivialité en mode multijoueur… Le studio a toujours eu à coeur d’innover dans ces domaines au mépris d’un bel emballage. Ce qui prime avant tout c’est l’expérience que l’on vit lorsque l’on parcourt les mondes qui s’offrent à nous, même si rien ne justifie leur exploration.
Là où la saga Zelda à toujours eu à coeur de proposer des scénarios toujours plus élaborés au fil des épisodes, au point de mêler différentes timeline, Mario se trouve à l’opposer. Il n’y a donc toujours pas d’histoire à proprement parler, juste un semblant d’intrigue pour justifier les événements. Et si l’on est un joueur assidu de cette franchise, on sait à quoi s’en tenir avec un énième kidnapping de la princesse Peach. Encore. Pour l’originalité on repassera, mais après tout c’est peut-être la dernière franchise qui fait de la résistance face à cette armée de jeux ultra-scénarisés.
C’est surement pour cette raison que cela en fait un personnage toujours aussi difficile à adapter à l’écran, preuve en est le film de 1993, mais qui peut se décliner à l’infinie d’une console à une autre sans aucune difficulté. Il faut dire aussi que faire cohabiter des châteaux médiévaux, une princesse, des champignons qui parlent, des dinosaures et deux plombiers italiens dans un univers cohérent n’est pas chose aisée même pour un scénariste aguerri. Aux dernières nouvelles, seule la drogue a réussi cette prouesse, mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer.
Malgré tout, le caractère hallucinogène d’une substance illicite se retrouve à l’écran à travers la débauche de couleurs. Toute la palette y passe pour dépeindre les niveaux habituels que sont les champignons, le château de lave, îles, glace, rocailleux, paradisiaque, Égypte, forêt fantômes et j’en passe. Malgré tout, on arrive quand même à être surpris dans cette routine par des levels designs construits intelligemment sur la destruction en se servant de la carapace des ennemis pour briser le décor ou des bombes pour pouvoir déblayer le terrain.
Ce même terrain est toujours aussi stressant lorsqu’il se fait mouvant, particulièrement lors des phases dans les châteaux lorsque la lave soulève le support sur lequel on se trouve et qu’il faut sauter tout en évitant des obstacles. Tous ces tests de réflexe sont répartis dans huit mondes avec autant de niveaux chacun. Nous sommes donc ici en terrain connu comme si il s’agissait d’une compilation de tout ce qui a pu se faire précédemment sur les autres opus.
Et cela, on peut l’appliquer à d’autres aspects comme la musique qui reste très old school dans ses bruitages. On retrouve les fantômes qui, à l’instar des anges pleureurs dans Doctor Who, se figent dès qu’on les regarde. L’espèce de monstre marin présent dans Mario 64 est à nouveau présent sur cette mouture. Les combats contre les boss, les enfants de Bowser, restent également inchangés puisqu’il faut les frapper trois fois afin d’en venir à bout. En somme, faire du neuf avec du vieux.
De ce retour aux sources dont il n’est jamais parti, il y a tout de même des mises à jour. Parler de nouveautés serait un bien grand mot pour évoquer des pouvoirs qu’il est possible d’obtenir pour venir à bout de ces ennemis de toujours. Boules de feu, costume carapace bleue ou encore un Mario géant plutôt bienvenu compte tenu du format de l’écran. À l’opposé, on peut aussi être réduit à la taille d’un pixel, de quoi nous rappeler de quoi était fait le personnage lorsqu’il évoluait sous un processeur 8 bits.
De temps en temps, des cases avec des ailes en forme de vif d’or apparaitront sur la carte du monde donnant accès aux levels. Idéal lorsque l’on est à court d’items et que l’on s’apprête à entamer un état des lieux chez Bowser et fils, puisqu’une fois le niveau en question sélectionné, cela permet d’avoir un pouvoir dès le début. C’est souvent utile lorsque l’on sait que chaque point de sauvegarde intervient une fois le boss vaincu.
Mais toute cette débauche de démonstration de force ne sera pas forcément utile. En effet, on veut toujours arriver surarmé face aux boss et pourtant les plus courageux sont récompensés lorsqu’ils prennent des risques et notamment en mini-Mario. Même si il est impossible de tuer ses ennemis sous cette forme, il saute tout de même super haut comme en état d’apesanteur. Une compétence à ne pas sous-estimer lors de ces fins de niveau où les réflexes sont mis à rude épreuve.
Mais si l’on est suffisamment adroit avec cette version haute comme trois pommes, alors certains mondes cachés s’ouvrent à nous. Visibles sur la carte, mais inaccessibles autrement, cela ne fait qu’ajouter du contenu pour une durée de vie déjà assez conséquente. De nombreuses heures sont à prévoir si l’on souhaite terminer le jeu dans sa totalité en récupérant les trois grosses pièces par niveau, toutes les pièces ainsi que celles en rouge, faire les meilleurs sauts au drapeau, réaliser le meilleur temps, découvrir tous les mondes, les passages secrets,…
À l’image d’un fan de Mario qui voudra avoir tous les opus en sa possession, une collectionnite aiguë s’empare très vite de nous pour compléter chaque monde dans sa totalité. Je me suis prêté au jeu pour au final m’y abandonner et la magie opère toujours autant. C’est addictif au possible et le double écran n’y est pas pour rien. En effet, il permet d’avoir une vue d’ensemble sur ce qu’il reste à parcourir ou à débloquer selon si l’on se trouve à un carrefour entre plusieurs niveaux ou si l’on est dans le level en question.
Le second écran de la DS est donc pleinement exploité pour les informations annexes en plus d’être tactile ce qui en fait un prolongement pour les commandes. En ce qui concerne la prise en main, Nintendo a eu le temps de peaufiner la jouabilité avec les anciens opus en 2D ce qui fait de celui-ci un modèle du genre. Il faudra tout de même éviter de mimer le bond du personnage avec la manette afin de réussir à franchir un précipice, il est toujours bon de rappeler que l’on se trouve sur une console portable et que par conséquent, on perd en visibilité lors de ce mouvement.
Ce genre de réflexe et de gestuelle sont réservés à la Wii, et sa Wiimote qui capture les mouvements, sur laquelle on retrouvera une sorte d’adaptation qui n’aura pas attendu les années pour être transposé comme cela avait pu être le cas pour Super Mario 64. Cette autre version s’adapte à son support sans pour autant faire d’efforts supplémentaires pour offrir une expérience de jeu différente, ou au moins une interaction entre les deux.
Au final Nintendo n’a pas la prétention de renouveler un genre qu’ils ont contribué à créer en quelque sorte. Ils se reposent sur leurs lauriers depuis que Shigeru Myamoto met sa créativité au service des opus en 3D. C’est tout de même lui qui s’est servi des contraintes de l’époque pour définir ce personnage que nous connaissons tous en lui donnant une moustache faute de pouvoir représenter une bouche avec les amas de pixels de l’époque. Qui sait ce qu’il aurait pu inventer à partir du double écran de la DS.
Le jeu n’en est pas mauvais pour autant, surtout pour une nouvelle génération de joueurs. Il donne juste l’impression d’être à l’image de ce personnage qui défile dans un décor en scrolling forcé. Il se contente de réagir, plutôt que d’agir. Et même en faisant cela, New Super Mario Bros arrive à être bien meilleur que ses ersatz grâce à une recette peaufinée depuis des décennies.
« NEW SUPER MARIO BROS DS » WINS!











