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Résilience

Désormais c’est dimanche tous les jours pour la majorité d’entre nous. Ce n’est pas pour autant que l’on se rend à l’église pour prier, au contraire nous sommes priés de rester chez nous. Les rues sont désertes et le jour du seigneur n’est plus une exclusivité pour le prier, peu importe les religions. Que l’on soit croyant ou non d’ailleurs, les esprits cartésiens sont les plus aptes à croire en notre médecine moderne. Les hôpitaux deviennent des lieux de culte et quand on sait que la croyance participe fortement au processus de guérison d’un malade, on se dit qu’on reprendrait bien un peu de placebo.

La science et la foi ne sont plus opposées, elles sont devenues complémentaires. D’autres se sont convertis en faisant voeux de confinement, pour eux la bonne parole n’est plus propagée par l’évangile selon saint Jean mais la médecine selon Didier Raoult. Le secret médical a remplacé la confession dans un parloir, l’eau bénite s’est substituée au désinfectant et le savon reste encore le meilleur moyen de se laver de ses pêchés. Le repentir ne s’accompagne plus d’une pénitence mais d’une ordonnance avec en en-tête le Caducée de l’ordre des médecins. Un crucifix pour repousser le mal. Lucifer / Satan et Covid 19 / Coronavirus, même combat.

En attendant on se met à prier et nos pensées sont entièrement dirigées vers nos proches mais aussi vers ceux qui sont en première ligne. Une armée d’hommes et de femmes de science sont à la recherche du patient zéro comme du messie pour faire baisser le nombre de patient à zéro. Ils sont sur le terrain afin de faire reculer la maladie et donnent de leurs temps pour sauver des vies au risque de perdre la leur. Ils ne s’octroient pas même une seule minute de répit pour reprendre leurs souffles lorsqu’un patient vient à partir car leurs temps est précieux. Cette minute de silence qu’ils ne prennent pas pour honorer la mémoire d’une personne partie trop tôt, nous leur redonnons à 20 heures pour les applaudir. La France est devenue un stade géant où les mains résonnent dans les rues depuis les fenêtres. 

C’est une autre façon de prier puisque joindre les mains et faire le signe de croix ne nous est plus permis à cause des gestes barrières. On ose espérer que certains nous entendent sur le chemin du retour après une journée épuisante ou depuis l’hôpital le plus proche, ils sont devenus nos athlètes du moment dans un sport à haut risque. Mais là où certains continuent la pratique du sport dans les rues en risquant leur santé, d’autres poussent un peu loin le cosplay de leurs nouvelles idoles. Gants de protection et masques de rigueur, la population s’est progressivement transformée en étudiants en médecine sur un campus de la taille d’un pays. 

Les blouses blanches en moins, tous le monde agit en professionnel de santé en faisant de cette panoplie celle du parfait petit interne. Cette collection Printemps est la nouvelle mode du moment. Comme pour le port du voile dans un pays où l’on se doit d’avancer à visage découvert dans un lieu public, cet accoutrement est devenue problématique. Mais dans une république laïque c’est la seule religion vers qui tout le monde peut se tourner sans risquer de subir de la discrimination. Cette forme d’automédication vestimentaire ne fait qu’accentuer le manque chez ceux qui en ont vraiment besoin. Une pénurie à cause d’un gouvernement qui ne leur a pas octroyé plus de moyen et qui maintenant se retrouve devant le fait accompli du jour au lendemain.

Alors oui, même si c’est tous les jours dimanche, celui qui a inauguré le confinement était un jour de vote. Ce devoir de citoyen n’a pas été rempli par une grande majorité des français qui ont choisi l’abstention. A choisir entre des politiciens aux mains sales, faisant des promesses qu’ils ne peuvent tenir en serrant des mains à tout bout de champs, et le risque de tomber malade, ils ont simplement décidé de voter pour leurs survies. Le vote par procuration n’a même pas pu réduire ce taux d’absentéisme pour se rendre aux urnes. 

Désormais c’est tout un mode de vie qui s’organise autour de ce concept. Cette vie par procuration nous la vivons dans notre salon à travers nos écrans. Smartphone, télévision, ordinateur, tablette et autres consoles de jeux sont venus remplacer nos cinq sens en tant qu’intermédiaire avec la réalité. Heureusement pour nous, nous avons plus de cinq chaines pour assouvir notre besoin de divertissement. S’informer sur la météo des jours à venir ne sert plus rien. Il est difficile de prendre la température sur son front lorsque celle qu’il y a dehors est une invitation à sortir. 

Alors nous zappons sur les chaines d’informations en continue, notre télévision est devenue une fenêtre de plus dans notre logement, relayant et diffusant des images de rues désertes. Sur chacune de ces caméras de sécurité notre ennemi invisible est présent, confinés dehors tandis que nous le sommes chez nous. On nous invite donc à ne pas sortir de notre zone de confort mais plutôt à l’explorer. Il y a bien des façons de s’en évader pour échapper à cette garde à vue nationale grâce à l’introspection. On retrouve le goût des choses simples et lorsque l’on regarde les publicités à la télévision, nous vantant les mérites d’un produit que l’on ne peut se procurer dans l’immédiat faute de pouvoir sortir, on se rend compte que notre pouvoir d’achat s’en trouve grandi.

Sauf pour ceux qui dévalisent les magasins afin de faire des provisions en vue d’une apocalypse. Les grandes surfaces sont dévalisées comme lors des périodes de Noël mais là il n’y a rien à célébrer autour d’un plat de pâtes ou d’une boite de conserve. Les événements festifs se résument à des anniversaires entourés de ceux avec qui nous partageons notre toit ou seul. Une solitude qui n’arrange rien au moral de ceux qui font leurs crises de la quarantaine en pleine quarantaine. Une année de plus dans un monde où ce n’est pas donner à tous le monde de vieillir. Etre toujours en vie, c’est peut-être le plus beau des cadeaux en ces temps où notre existence ne tient qu’à un fil. L’adage veut que l’on ne se découvre pas d’un fil en Avril et c’est loin d’être une blague de premier du mois. Ceux qui ont réussi à passer l’hiver en ont fait une règle d’or et sont loin d’avoir un sens de l’humour aussi développé après une telle hécatombe.

La profusion de mèmes virales qui fleurissent sur internet et les détournements humoristiques ont de plus en plus de mal à tirer des sourires. Tout au plus ressentons-nous une vague euphorie à défaut d’une vague de fou rire. Le second degré n’est plus de mise, ni même le troisième ou le quatrième, quand le virus est sur tous les « fronts ». Les rumeurs sur le prolongement du confinement se transmettent comme le virus, par voie orale. La météo ne nous intéresse plus, la seule carte hexagonale qui nous intéresse c’est celle montrant la contamination par région parmi celles qui sont les plus touchées. Toute en nuances de rouge, de jaune en passant par le orange, ce dégradé de couleurs est une intempérie meurtrière, une force de la nature. 

Les prévisions de cette météo émotionnelle affiche un climat anxiogène. Des crises d’angoisse sont prêtes à éclater à tout moment et la méditation semble être le meilleur paratonnerre. On respire, on expire et on répète ce refrain jusqu’à s’apercevoir que l’on perd peu à peu l’odorat. Palpitation, montée de stress et on reporte notre attention sur la nourriture pour combler ce vide. Une première bouchée puis une deuxième et on réalise que les aliments n’ont plus aucune saveur. Ces madeleines qui avaient permis à Marcel Proust de se remémorer des moments de son enfance sont ici inefficaces. Amnésique, nous ne nous souvenons même plus de la dernière fois où nous avons mis le pied dehors. 

Mais la vie en autarcie est comme une opportunité de rattraper le temps perdu, de se mettre à sa recherche, sans pour autant avoir du temps à perdre pour lire les 13 tomes de ce classique de la littérature. Ecrire le premier jet d’un livre durant cette période serait déjà pas mal. La nourriture n’a plus de gout mais il ne faut pas pour autant perdre le gout de vivre. A l’apparition de chaque symptôme on se persuade que l’on n’est pas malade et on refait le chemin inverse mentalement pour savoir avec qui ou avec quoi nous aurions pu entrer en contact à l’extérieur. Car oui, comme des enfants nous ne sommes pas capable de respecter des règles simples. 

Nous agissons comme si nous étions assignés à résidence avec un smartphone dans la main en guise de bracelet électronique. Par esprit de contradiction on se sent atteint dans notre intégrité et nos droits nous semblent bafoués. On le vit comme une prise d’otage par le gouvernement en espérant ne pas succomber au syndrome de Stockholm. Mais personne ne viendra payer cette rançon et les dettes du gouvernement s’accumulent afin de préserver les emplois, pour ceux qui en possèdent un. Dehors nos faits et gestes doivent être justifiés par une attestation alors on crie à la dictature sans avoir la moindre idée de ce dont il s’agit vraiment. Cette séquestration psychologique nous renvoie directement à notre domicile pour retrouver notre notion biaisée de la liberté.

Il y a pire que de devoir rester chez soi en temps de guerre comparé à nos ainés et nos aïeux. Surtout à l’ère de la vidéo à la demande, du binge watching et du nombre de divertissement à notre portée d’un simple clic. Les exploits d’antan de nos ancêtres sont enjolivés et dépeints à travers des productions à grand spectacle à coup de punchline en guise de dialogues. On peut voir leurs témoignages sous la forme de film d’auteur et par rapport à ce que nous vivons nous sommes bien loin d’un film d’action. Au contraire, il s’agirait plutôt d’un film intimiste où les moments de tension seraient d’aller se réapprovisionner à l’épicerie du coin.

Généralement les studios doivent débourser des sommes astronomiques pour vider la population et les touristes d’un lieu public afin de pouvoir y tourner juste une scène, là c’est chose faite avec la menace d’une simple amende. Et si il est difficile de croire qu’en restant chez nous nous allons sauver des vies, il suffit de se mettre dans la peau des héros des films que l’on regarde et de s’imaginer à leurs places. De vivre leurs aventures par procuration avant que la face du divertissement ne se mette inévitablement à changer.

En effet, les long-métrages et les séries qui sont sensés nous faire passer le temps sont eux-même passés d’époque. Cette épidémie n’a pas attendu l’obsolescence programmée de nos chefs-d’oeuvre de la science-fiction pour nous montrer un avenir dystopique. Ces classiques ont vu leur scénario visionnaire mis à l’épreuve et bien que certains puissent se dérouler dans un avenir lointain, leur date de péremption a été revu à la baisse. A 2020, année charnière sur le calendrier. Il y aura un avant et un après à cette épidémie pour l’industrie Hollywoodienne qui voit la plupart de ses tournages paralysés. Certaines histoires post-apocalyptiques d’hier sont nos documentaires d’aujourd’hui et la science-fiction n’a jamais été aussi proche. 

Mais lorsque viendra le moment de relancer la machine du Box Office, les artistes devront se lancer dans une mise à jour de leurs oeuvres. La réalité a depuis rattrapé la fiction et nous en sommes les personnages bien malgré nous. En tout cas ce qui est sûr c’est qu’une fiction en sera tirée de cet événement. Et rapidement avant une prochaine fin du monde histoire de capitaliser sur les pertes que cela aura engendré pour ce secteur. Alors on se rabat sur les comédies mais même « Un jour sans fin » nous renvoie à notre quotidien. Nous sommes comme dans une boucle temporelle, prisonnier de notre routine bien loin du métro, boulot, dodo.

Alors on remarque que le virus n’est pas si différent de son hôte puisque lui aussi met en place des cycles de répétition, tous les siècles. Une première fois en 1720 avec la peste bubonique, le choléra a marqué 1820 et enfin la grippe espagnole en 1920. De quoi mettre en place des prophéties pour l’avenir de notre société mais pour l’heure c’est aux professeurs d’Histoire de rajouter ce nouveau chapitre à leurs programmes pour les générations suivantes. Du moins pour celles qui auront la chance de survivre à cette épreuve. Pour des parents qui n’ont pas réussi à passer celle du brevet, ils se rendent compte que professeur est un métier à part entière.

Ils réalisent maintenant que l’apprentissage des instituteurs n’est pas à remettre en compte mais plutôt leurs propres éducations. Ces cours par correspondance, pour ceux qui ont la chance de bénéficier d’un soutien scolaire à distance, ou à domicile sont l’occasion de prise de conscience. Les leçons à en tirer de ces cours dispensés par l’école de la vie sont simples et l’on a pu en voir les effets en à peine une semaine de confinement. Les répercussions positives sur la pollution se font déjà sentir, littéralement. Quelques jours auront suffit pour voir chuter le taux de particules fines et émettre l’hypothèse que la pollution favorise la propagation du virus.

Vrai ou faux, c’est l’occasion pour nous de mettre en place les mesures qui s’imposent en prenant exemple sur ce que nous vivons actuellement. L’idéal serait d’instaurer un confinement une fois par an afin de voir des résultats significatifs sur notre planète et son rétablissement. Nous devons vivre en symbiose avec elle. Si ce genre de confinement est prévu et organisé à l’avance cela ne peut qu’être bénéfique sur les dommages que nous lui infligeons. Si l’on s’engage dans cette voie c’est le fonctionnement de notre pays qui va être mis à l’épreuve. Autant nous nous livrons à une remise en question individuelle autant la réponse se trouve peut-être dans une organisation collective.

L’import n’a plus court alors on se tourne vers nos producteurs locaux, les entreprises vont surement se rendre compte que leurs employés sont plus productifs en télétravail,… Gardons ces bonnes habitudes que nous prenons. C’est à ce prix que la Terre entrera en phase de rémission. Il ne tient qu’à nous de ralentir le réchauffement climatique, métaphore d’une violente fièvre à l’échelle de notre corps. Pour la planète ce virus, dont nous sommes la proie, n’est rien d’autre qu’un anticorps visant à détruire le notre. Une maladie dont nous avons surement provoqué l’apparition en accélérant la fonte des glaces, libérant ainsi les virus qui y étaient prisonniers.

Ces glaciers sont des congélateurs en panne, des gardes manger remplis d’aliments périmés et de viandes avariées prêt à nous rendre malade. Mais notre gouvernement, en bon procrastinateurs professionnels, préférera instaurer un jour férié en mémoire de cette triste période comme ils l’ont fait pour la première et la seconde guerre mondiale. Nous sommes en guerre comme l’a dit et répété notre président et pourtant notre quotidien ressemble à celui d’un jour férié qui n’en finit plus. On fait le pont jusqu’au prochain jour ouvrable, on le traverse de part et d’autre en prenant garde de ne pas tomber dans la rivière du Styx. Le passeur est probablement le seul dont l’activité soit en plein boom mais la maison ne fait pas crédit.

L’économie aura du mal à repartir pour les entreprises cotées en bourse mais cela ne doit pas nous empêcher de prendre ce genre de disposition pour le bien commun. Pour ma part j’ai déjà vécu ce genre de moment en huis clos dans mon précédent emploi. Je devais m’acquitter d’une période d’astreinte durant laquelle il m’était interdit de quitter mon logement de fonction pour une durée plus ou moins longue pouvant aller jusqu’à 3 semaines non stop. Cela a durée pendant plus de 6 ans et évidement j’en sortais avec une semaine de vacances où j’en profitais pour prendre l’air un maximum. Je m’aérais l’esprit à l’air libre autant que possible mais il ne l’était pas vraiment et moi non plus.

Je crois que le plus triste est de se rendre compte pour certains que ce confinement ne diffère pas grandement de leur mode de vie habituel. Et puis il y a ceux pour qui c’est un supplice. Dans cette immense expérience collective les claustrophobes doivent rester chez eux, les hypocondriaques deviennent encore plus asociaux, les violences conjugales se transforment en accidents domestiques, nos remèdes de grand-mère sont emportés avec elles, les sans abris préfèrent encore être ignorés par les passants plutôt que de ne plus les voir circuler,… Et tandis que l’horloge de l’apocalypse passe à l’heure d’été, on se dit qu’on aura une heure de moins à rajouter à notre peine.

Le seul moyen de ne pas perdre la tête est de se recentrer, de faire l’état des lieux de soi-même comme on pu faire celui de notre logement. On explore les pièces, on scrute le moindre détail, on reste pensif devant une tache de moisissure sur un mur en réalisant qu’elle a toujours été là depuis l’emménagement. On pense au prochain déménagement dans l’optique où cela serait amené à se reproduire. Plus d’espace, plus lumineux, on fait des listes de critères, on se projète dans l’avenir tout en veillant à ne pas être trop optimiste par les temps qui courent. Il faut bien garder en tête que le seul endroit dont on ne pourra jamais déménager c’est de notre planète. Une prise de conscience qui ramène au moment présent et à le vivre pleinement.

Alors dans l’attente d’une reprise d’activité on tue le temps comme on peut. Je participe à ma façon à l’effort de guerre en posant des mots les uns après les autres. L’écriture est ma bouffée d’air frais mais je ne vais pas pour autant tomber dans le cliché des mots qui soignent les maux. J’ai depuis longtemps dépassé ce stade de l’écrivain maudit, celui qui croyait qu’être écrivain c’était d’écrire en vain. Quoi qu’on en pense on a tous hâte de pouvoir faire preuve de civisme en joignant à nouveau le geste à la parole, et vice versa, lorsque viendra le moment de répondre aux formules de politesse. On a tous hâte de pouvoir répondre que ça va comme un lundi et ça sera déjà pas si mal.

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