SONIC THE HEDGEHOG VS PROCRASTINATION
Quel que soit le produit, le marché a toujours été, et sera toujours, dominé par deux adversaires rivalisant toujours plus d’ingéniosité pour le plus grand bien de leurs consommateurs. C’est la loi du marché et ce qui a du succès attire forcément la concurrence, qu’elle soit inventive ou juste propice à recopier une recette gagnante. En informatique il y a la guerre Microsoft/Apple, dans les comics c’est Marvel et Dc qui s’affrontent à coups de super-héros, les chaînes de Fastfood de Macdonald et Burger King comptent les points pour savoir le nombre de personnes qu’elles rendront obèses et j’en passe. L’industrie des jeux video n’est pas en reste. Concurrent direct de Mario à l’époque des consoles 16 bits, c’est la réponse de Sega à Nintendo sur le terrain du jeu de plate-forme. De cette concurrence acharnée naîtra la mascotte officielle de Sega: Sonic.
Nouveau venu dans le secteur du jeu vidéo et déjà à la traine face à Nintendo, la firme nippone n’avait d’autre choix que d’innover pour se démarquer. Et pour rattraper son retard en la matière, il lui fallait bien un personnage rapide, très rapide pour faire face au plombier moustachu. Déjà bien installé grâce à une trilogie sur la toute première génération de console pour le grand public, ce n’est pas Mario et son étoile d’invincibilité qui allé pouvoir y faire quoi que ce soit face au raz-de-marée qui se préparait. Continuant son petit bonhomme de chemin sur la Super Nintendo, tandis que la Megadrive est déjà disponible avec son jeu phare, le héros de Shigeru Miyamoto se rend compte que son boss final ne sera pas l’éternel Bowser mais bien ce petit hérisson bleu.
Jouant sur le même terrain, c’est donc un jeu de plate forme à ceci près qu’il a la particularité de jouer sur la rapidité du personnage. On est à la limite du jeu de course en 2D à un détail près, le bolide en question est un hérisson. Les équipes de Nintendo auront beau mettre tout leur personnage dans des karts pour rattraper leur perte de vitesse, cela ne changera rien. Non, le seul véritable concurrent sera F-zéro et son mode 7 pour simuler de la fausse 3D dont Sonic viendra voler le concept pour les stages spécial de son deuxième opus. Mais n’allons pas plus vite que la musique, revenons en 1990, Sonic n’a pas encore passé la seconde et pourtant il a déjà briser le mur du son. Il est tellement grisant de traverser un niveau à une vitesse phénoménale et tout ça sans le moindre ralentissement.
C’est grâce à ce concept que le jeu n’a pas vieilli et reste encore à l’heure actuelle une valeur sûre. En effet les niveaux défilent tellement vite que les graphismes limités par la Megadrive passent au second plan. Une façon intelligente de la part des développeurs de faire abstraction de la technologie au profit du plaisir de jeu. Sans être horribles, ils conservent le charme de l’époque et l’inventivité des développeurs pour créer des environnements toujours plus originaux les uns que les autres y est pour beaucoup. En effet Sonic a beau se réapproprier les codes chers aux jeux de plate-forme et ses passages obligés comme le monde aquatique, en pleine forêt,…, il n’en oublie pas pour autant de proposer de l’inédit. Les stages sont très bien construits et assez innovants avec des loopings et autres joyeusetés de ce genre.
La construction des différents environnements apportent une nouvelle ambiance et renouvelle le plaisir de jeu d’un monde à un autre. Mention spéciale au monde Spring Yard Zone dans lequel on se croirait dans un flipper faisant du joueur une balle subissant le moindre choc. Ca reflète bien l’état d’esprit du jeu dans son ensemble et donne une identité propre au hérisson bleu. Ce n’est pas pour rien que cette marque de fabrique est reprise lors des niveaux spéciaux accessibles en fin de parcours, complètement psychédéliques. On a l’impression d’évoluer au sein d’un kaléidoscope et si jusque là le jeu n’a pas provoqué de malaise chez vous, il pourrait en être autrement pour les épileptiques. Chaque monde est divisé en trois niveaux avec au bout un boss qui est toujours le même, Eggman alias Dr Robotnik, mais sous une forme différente bien que la façon de s’en débarrasser soit toujours la même.
Pour autant le jeu est loin d’être répétitif et ne vous laissera pas souffler une minute, la seule occasion que vous aurez pour respirer sera en début de partie lorsque votre jeu ne démarrera pas au premier lancement. Années 90 oblige, c’est le temps où on soufflait dans une cartouche pour en enlever la poussière, comme dans un harmonica. Heureusement les sonorités sont un peu plus poussées que cet instrument. Les musiques elles sont assez simples dans l’ensemble mais pas prise de tête pour autant, la meilleure étant celle de Starlight Zone. Cette mélodie a vraiment réussi à capter ce que j’estime être l’essence même du jeu et du personnage ce qui est plutôt rare pour un premier opus.
L’animation du Sonic est exemplaire même si il ne possède pas une grande panoplie de mouvements. C’est dommage car les trois boutons de la manette servent tous à la même chose: faire des sauts. Au moins cela à le mérite de rendre la jouabilité extrêmement simple et épuré, réduite à son strict minimum. Cela n’empêche pas le hérisson de jouer les équilibristes lorsque l’on se trouve trop près d’un rebord ou de s’impatienter lorsque l’on reste immobile. Une impatience à mettre sur le compte de la personnalité de notre héros, véritable bolide ambulant et donc responsable de la faible durée de vie de son aventure. Victime de ses propres caractéristiques, cet anti-Mario permet aux gamers frustrés ou impatients de terminer le jeu en un temps record.
Pour les amateurs de speedrun c’est le jeu par excellence afin de se lancer des défis. Toutefois au fur et à mesure de l’avancement dans les niveaux, les pièges se font de plus en plus présent et sournois. De ce fait on se surprend à ralentir ou à adopter une vitesse plus modérer afin de progresser. Cela permet de récolter des anneaux et autre items afin de profiter de divers pouvoirs. Paradoxalement la vitesse du personnage est aussi un plus car en l’absence de sauvegarde il y a un sentiment d’urgence pour terminer le jeu sans devoir y passer des heures et des heures. Au final, Sega a toujours fait figure d’enfant terrible dans le paysage vidéoludique et Sonic est un représentant de cette punk-attitude de l’époque. Et ce n’est pas cette crête bleue qui viendra me contredire.
SONIC THE HEDGEHOG WINS!





