« THE STRAIN: SAISON 1 » VS PROCRASTINATION
Lorsqu’une oeuvre résulte d’une adaptation, je mets toujours un point d’honneur à me tourner vers le média d’origine afin de me faire mon propre avis. Qu’il s’agisse d’une bande dessinée, d’un jeu vidéo ou encore d’un film, cela me permet de ne pas dépendre d’un artiste qui imposera sa vision dans l’imaginaire collectif. Il y a également cette sensation de pouvoir avoir accès à une oeuvre en avant-première. Pour The Strain, j’ai donc outrepassé ce principe car il s’agit ni plus ni moins que de l’auteur en personne qui se charge de la direction de la série et de la réalisation du pilote: Guillermo Del Toro. Un gage de qualité dans les salles obscures et son incursion dans la littérature semble avoir converti les fans de son cinéma.
La prise de risque n’était donc pas extrême en occultant la trilogie que composent La lignée, la chute et la nuit éternelle. Tomes que je possède bien entendu mais je n’ai pas pu résister à la tentation de voir l’un de mes cinéastes favoris sur son terrain de prédilection: le vampirisme. Le format série télé lui est par contre moins familier même si il y a fait ses débuts pour vite s’en émanciper. Voir cette trilogie sur le petit écran est ici un juste retour des choses puisque si on s’interesse à la production de la série il s’agissait du média qui devait lui être destiné à la base. Mais la chaine, avec laquelle il est alors en négociation, ne croyant pas en son potentiel, Guillermo Del Toro décide de transformer son pitch en roman.
Pour se faire il s’est octroyé les services du romancier Chuck Hogan afin d’y insuffler une dimension procédurale. Succès en librairie oblige, les choses s’inversent et il voit les propositions affluer pour porter son oeuvre dans la petite lucarne. Et comme pour son passage à la littérature, il va s’entourer des bonnes personnes en faisant équipe avec Carlton Cuse. Le scénariste à fait ses preuves dans le domaines des séries d’enquêtes policières avec Nash Bridges et son expérience sur Lost font de lui l’homme de la situation. Pourtant dès le début, outre ce point de départ mettant en scène un Boeing et rappelant le vol Océanic 815, la série évoque une autre production de JJ Abrams: Fringe.
Ainsi la situation donne une impression de déjà vu et on s’attend à voir débarquer Olivia Dunam sur le tarmaque de l’aéroport. Une source d’inspiration consciente mais qui se voit vite détourner pour devenir une version moderne du célèbre roman de Bram Stocker. En remplaçant le bateau, qui emmène Dracula sur le continent, par un avion, Guillermo Del Toro fait entrer la figure du vampire dans un cadre contemporain tout en veillant à le garder plausible. Comme à son habitude le cinéaste s’efforce d’explorer l’anatomie de ses monstres afin de les rendre plus vivants que jamais. Sur 1h10 le pilote instaure une ambiance malsaine car ancrée dans la réalité par le biais de preuves scientifiques.
La construction des épisodes conserve également le même procédé que dans la série initié par JJ Abrams afin de situer le lieu de l’action en affichant celui-ci en surimpression à l’écran. Une récurrence que l’on peut toutefois retrouver dans le roman d’origine, preuve en est de la fidélité aux matériaux de bases. Mais dans ce vaste univers qu’est celui de la télévision, si il y a bien une série qui s’en rapproche de part sa thématique c’est bien The Walking Dead pour le coté survie en milieu hostile. Sauf que là, la menace est bien réelle, pas de zombie apte à apeurer les novices de l’horreur venus chercher un petit frisson. Non ici les vampires sont sanguinaires et bestiaux à souhait.
Malgré le fait qu’ils se réclament de Vlad l’empaleur en terme de référence, ils sont bien plus proches de Nosferatu que du Comte Dracula. A titre d’exemple, le huitième épisode ridiculise à lui tout seul toutes les saisons des aventures de Rick Grimes, passées et à venir, en terme de fort assiégé et de défense des positions. Si vous étiez déjà effrayé ou si vous faisiez déjà preuve de dégout devant la série de la chaine AMC, alors ne regardez pas The Strain, c’est bien au delà de tout ça. Rien que leurs langues tentaculaires jaillissant de leur bouche comme du vomi, avec un rendu spectaculaire, devrait suffire à vous donner la nausée.
Là où la gueule des faucheurs était une prouesse technologique dans Blade 2, ici on peut voir cet effet beaucoup plus souvent en action. C’est dire le budget alloué à cette série qui ne s’embarrasse pas de compromis et, par conséquent, n’est absolument pas destiné à tous les publics. Et plus on avance, plus on enchaine les chocs visuels comme cette séquence de maquillage absolument bluffante. On y voit un vampire se maquiller devant son miroir, passant progressivement, et grâce à des prothèses, d’un être en décomposition à une apparence humaine saisissante.
Dans un même ordre d’idée, l’histoire n’hésite pas à décortiquer l’anatomie des vampires lors de séances d’autopsie comme il en existe tant dans le cinéma de Del Toro. Son obsession à vouloir faire en sorte que chaque élément surnaturel trouve une contrepartie réaliste se voit ici assouvie à nos dépends. Il n’hésite pas à les montrer dans le plus simple appareil, ou plutôt sans appareil de reproduction, totalement dépourvus de sexe. Cette absence, du à leur métamorphose, pose immédiatement la question de la censure et de la façon de la contourner. En temps normal c’est quelque chose qui est caché à l’écran mais cela entraine ici un paradoxe, le fait qu’il n’y ait rien à montrer permet de le faire. Et puis de toute façon ils en ont une bien plus grande qui leur sort de la bouche.
Toute cette imagerie est sexualisée au possible sans que le spectateur ne puisse savoir réellement d’où vient cette gène. Rien que pour ça, il n’y a vraiment pas de restrictions, c’est gore, cru, immoral et lorsqu’il s’agit de tuer un enfant contaminé, il n’y a aucune hésitation. On reconnait tout de suite la patte de Guillermo Del Toro avec sa prédilection pour les images dérangeantes mais aussi pour son style visuel. Les éclairages ambrés et bleutés qui ont fait sa marque de fabrique imposent ici la direction artistique de la série. Ainsi même si il n’est en charge de la réalisation que du pilote, cette impression d’assister à une série entière réalisé par ses soins se poursuit durant les treize épisodes que compte cette première saison.
Tout génie du septième art qu’il soit, la série n’est pas exempt de défauts comme la fâcheuse tendance de Del Toro a recyclé ses idées d’un projet à un autre. Cela ne pose en aucun cas problème si le projet en question n’a pas encore vu le jour, par contre c’est un peu plus déstabilisant lorsqu’il s’agit de l’une de ses précédentes réalisations. A tel point que l’on se demande si il ne s’agit pas d’un dérivé de Blade 2 en série TV. Guillermo Del Toro dispose d’un univers tellement identifiable qu’il est permis de se demander si ces deux oeuvres n’évoluent pas dans le même univers qui est le sien.
L’utilisation de la langue tentacule, ça passe encore. C’était tellement révolutionnaire à l’époque de la sortie de la suite des aventures du Daywalker que l’on en redemande volontiers. Mais lorsqu’il s’agit d’utiliser le même ressort scénaristique, à savoir les bombes à UV comme moyen de défense ou encore ce commando de vampires, dont les apparitions restent néanmoins mémorables, là c’est du recyclage. En tant que fan c’est un peu difficile de voir ce cinéaste tourner en rond mais heureusement cela n’empêche en rien d’avoir un fond aussi réussi que la forme.
Les personnages principaux sont plutôt bien développés, riche en surprise et en évolution. Le plus vieux d’entre eux, Abraham, ayant même le luxe de se voir un offrir des flashbacks durant la seconde guerre mondiale, rendant l’histoire un peu plus complexe. Et ce n’est pas peut dire lorsque l’on conserve dans son sous-sol un coeur dans un bocal évoquant immédiatement la légende de Davy Jones dans Pirates des Caraïbes. Mais son passé traverse les âges puisque le vieillard se voit tourmenter par le même individu alors qu’il rencontre ce qui va devenir le noyau dur de la série. Outre le maitre que l’on peut apercevoir de manière ponctuelle, cet homme incarné par Richard Sammel, qui jouait déjà un nazi dans Inglorious Basterd, se voit la charge d’être le principal visage de cette menace lors de cette saison.
Ce petit groupe que rien ne prédestiné à être ensemble se trouve être convainquant dans leur traitement. Chaque personnage disposent de suffisamment d’espace pour s’exprimer et se développer pour cette adaptation du premier tome. Pas mal d’intrigues sont ainsi esquissées et des pistes intrigantes sont soulevées comme cette éclipse que tout le monde attend et qui fait penser aux prémices de la série Heroes. En espérant que cette série éclipse les autres malgré un season final pas aussi spectaculaire que prévu. Cela annonce tout de même une apocalypse grandiose et des futurs saisons, je l’espère, dans la même lignée.
« THE STRAIN: SAISON 1 » WINS!







