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« Toruk, le premier envol » par le Cirque du soleil

« TORUK, LE PREMIER ENVOL » VS PROCRASTINATION

A part de multiples versions du film, toutes aussi excellentes les unes que les autres, et quelques ouvrages sur la faune et la flore de la planète Pandora, on ne peut pas dire que la franchise brille par ses produits dérivés pour un long-métrage arrivé premier en tête du Box-office. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché tant le film de James Cameron présente un monde tellement dense qu’il mérite d’être exploré sous une forme ou une autre. A l’époque de sa sortie c’est le seul pour lequel j’ai cédé au visionnage en 3D, chose à laquelle je suis allergique, et c’est d’ailleurs ce film qui a réactualisé cette mode à laquelle je n’ai pas cédé depuis cette expérience sur Pandora. Et je pense que lorsque le 2 sortira je ferai de nouveau exception à cette règle.

Mais ici il n’est pas question de suite mais de préquelle. Et nul besoin de lunettes pour en prendre plein les yeux, malgré la présence rayonnante du cirque du soleil, puisque la révolution 3D a fait place ici à un retour aux sources du réel: « Vous n’êtes plus dans le Kansas, vous êtes sur Pandora. » En faisant référence au magicien d’Oz, cette réplique qui introduisait le colonel Qualrish, bad Guy du film, avertissait le spectateur du choc à venir semblable à celui vécu par les spectateurs de cette adaptation lorsque le film passait du noir et blanc à la couleur. Ici c’est pareil et on pourrait reprendre ces mots et les actualiser par « Vous n’êtes plus dans une salle de cinéma, vous êtes sur Pandora ». Le passage de la 3D à la réalité fait preuve de tout autant de magie que celle dont a pu faire preuve Oz et pour le coup, puisque vous n’êtes plus dans un cinéma, on ne vous demandera pas de couper votre téléphone avant le début du show. Bien au contraire.

En effet, par le biais d’une application mobile il vous sera possible de participer au show qui se déroule en parallèle. Une intéractivité faisant appel à la technologie en totale contradiction avec l’art ancestral qui se déroule sous nos yeux. Le spectacle est suffisamment immersif pour mettre de coté son smartphone et profiter des prouesses que nous offre cette troupe. A la rigueur l’application aurait pu être intéressante si elle supprimait les câbles, les personnes qui manipulent les monstres pour leur donner vie, donner de la texture aux créatures,… Bref, de la réalité augmentée, un plus comme le relief lors de la projection d’Avatar venait enrichir l’histoire et non nous en détourner comme c’est ici le cas. Heureusement le spectacle est tellement hypnotique que le coeur de l’histoire s’en trouve intact.

Allant directement puiser dans la mythologie mis en place par le film, cette représentation grandeur nature se propose de nous conter l’histoire derrière celui que l’on a pu découvrir comme étant « la dernière ombre » et qui trouve ici son premier envol. Pour ce faire les artistes du cirque du soleil font appel à différentes techniques telle que la prestidigitation, le cerf volant, la danse, le contorsionnisme,… L’animation de certains monstres se fait même à la manière des immenses dragons que l’on peut voir onduler lors des parades du nouvel an chinois. Les animateurs chargés de créer l’illusion sont habillés en Na’vi à la différence près qu’ils sont intégralement vêtus de noir pour se fondre dans l’ombre. Bien sûr, au début c’est bizarre puis après on se dit qu’il s’agit de l’âme des Na’vis morts se manifestant à travers les créatures présentes pour les hanter et les posséder. Une extrapolation de l’esprit due à la suspension d’incrédulité qui se voit ici catapulté à des kilomètres en apesanteur et qui gravite encore dès que je me remémore les images de ce spectacle.

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Tout ça donne un coté très artisanal et authentique d’autant plus que les comédiens sur scène ne peuvent pas tricher. Ils se doivent d’être dans le jeu en permanence puisque le public est quasiment à 360 degrés, renforçant un peu plus l’impression d’assister à une pièce de théâtre. Une pièce qu’ils vont quitter à quelques occasions pour se faufiler dans le public et le surprendre comme ce fut mon cas. Il faut dire que lorsqu’on voit sur scène des acrobaties délirantes et une gestuelle à base de glissades calquée sur les mouvements que l’on peut voir dans le film, on ne peut qu’être surpris de voir un Na’vi dans son dos s’apprêtant à rejoindre ses congénères. Ce mimétisme par rapport aux personnages de synthèse est réellement bluffant et trouve une explication dans le fait que le cirque du soleil est tout simplement à l’origine de la démarche particulière des humanoïdes que l’on peut voir sur grand écran.

Cette participation au film de Cameron depuis sa pré-production fait donc d’eux les plus légitimes à donner vie à ce spectacle. Evoluant dans des décors tous plus magnifiques grâce à des lumières et des projecteurs qui en modifient la surface, le mariage de l’artisanat le plus rudimentaire et de la technologie la plus avant-gardiste trouve ici un parfait équilibre. D’une certaine façon, la scène étant devenue une toile comme celle sur laquelle on projette un film, les acteurs ne mettent pas seulement les pieds sur Pandora, ils piétinent littéralement le format d’origine que fut le cinéma. Ce mélange organique pousse dans leurs derniers retranchements les arts scéniques et les dernières révolutions en matière d’illusion. Le décor se modifie sous nos yeux sans que l’on ne s’aperçoive du changement, les projecteurs et autres artifices s’arrangeant pour rediriger l’attention du spectateur ailleurs.

Et ce n’est pas bien difficile de distraire le public puisque celui-ci est sollicité de partout en permanence, seul un entracte lui permet de reprendre ses esprits. En tout cas, l’esprit d’Avatar est bien là, c’est indéniable. Les musiques participent à retrouver l’ambiance du film jusqu’à prendre la forme d’un concert dans la langue des Na’vis. Cela rappelle la performance de la Diva Plavalaguna dans le 5ème élément, pas forcément pour la ressemblance de couleur de peau, mais bien pour les chansons très rythmées. Une cadence impressionnante durant 2 heures digne d’une production hollywoodienne, on sent l’investissement de James Cameron dans cette attraction afin d’en livrer un spectacle digne de son dernier film. Pourtant ce n’est pas la première fois qu’il s’adonne à ce type de spectacle, Terminator 2 3D Battle Across Time, la suite direct de son propre film, était une attraction mêlant déjà 3D et comédiens sur scène pour un spectacle détonnant. 

Une immersion renforcée par les décors de Cyberdine au sein du parc Universal Studios et dont aurait pu profiter ce show en s’intégrant directement à l’histoire. Je m’explique. L’histoire qui nous est relatée ici est sous forme de conte, un instant suspendu dans le temps que rien ne vient gâcher une fois les lumières éteintes sauf la salle dans lequel on se trouve qui dénote complètement avec ce que l’on voit sur scène. Il aurait pu être intéressant d’axer le tout sur une mise en abime des deux camps qui s’opposent dans le film: les Na’vi face aux humains de la Compagnie. Cette entité aurait pu être utilisée sous la forme de soldat patrouillant dans le public tandis que les humanoïdes, capturés à l’issue du premier film puis ramenés sur Terre, seraient là pour divertir les humains ou sous forme de jeu du cirque. Cela aurait permis d’intégrer l’infrastructure de la salle au spectacle pour en amplifier la mise en scène. 

Bien sûr ces suggestions sont faites par le fan qui sommeille en moi et qui a été tenu éveillé durant cette soirée. C’est un ressenti tellement abstrait de ce qui m’a été donné de voir et qui prend en compte de nombreux paramètres comme la place dans les gradins, l’état d’esprit des artistes à cet instant T et qui influe forcément sur leur performance,… La renommée du cirque du soleil apporte avec elle son lot de difficultés pour se procurer des places, il est donc plutôt difficile de se faire un second avis à cette expérience qui restera donc unique en son genre. Pour ma part j’ai été subjugué par ce que j’ai vu ce soir là et en sortant j’avais la tête dans les étoiles. Moi qui me plaignais de ne pas avoir de produit dérivé depuis la sortie du film, j’ai été servi au delà de mes espérances en me permettant de tenir jusqu’à la suite. Et puis sinon, il y a tout un stand merchandising à la fin. 

« TORUK, LE PREMIER ENVOL » WINS!

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